
Aux abois, asphyxié et fragilisé par un soulèvement populaire généralisé, le régime syrien peine à inverser la situation en sa faveur. Il redoute particulièrement de faire les frais de l’élection prévisible de Vladimir Poutine à la présidence russe et d’un rééquilibrage des politiques de Moscou et de Pékin. La démonstration du Grand Mufti de Syrie en atteste. Le Grand Mufti de Syrie, Ahmed Badreddine Hassoun, dans une interview accordée ce samedi aux médias russes, a vivement critiqué les Américains, qui ” ne pensent qu’à eux, à leur économie. Ils poursuivent leur hégémonie sans prendre en compte les intérêts de l’Homme “. Hassoun a souligné que ” les Américains perdront bientôt cette région, et ce seront la Russie et la Chine qui gagneront “, dans une tentative manifeste d’aiguiser la confrontation et d’encourager les alliés du régime, Russes et Chinois, de poursuivre leur soutien au régime. Pour les observateurs, la Syrie redoute un changement de ton russe au lendemain des élections présidentielles, Vladimir Poutine étant suspecté d’exploiter la crise syrienne pour marquer des points sur la scène nationale. De ce point de vue, Moscou pourrait rééquilibrer ses positions au lendemain des élections, dans le souci de protéger ses intérêts dans le Golfe, notamment. Hassoun a ajouté que ” les Etats–Unis veulent ouvrir leur parapluie au–dessus de la région. Ils veulent détruire notre pays et l’entière région afin de la transformer en un domaine pour leurs investissements. Mais nous, nous ne capitulerons jamais “, proposant ainsi d’ériger le régime syrien comme l’unique défenseur des intérêts russes et chinois dans la région. Notons que la Russie risque de perdre ses privilèges économiques avec la détérioration de ses relations avec les monarchies du Golfe, et plus particulièrement avec l’Arabie saoudite . Rappelons également que Pékin a d’ores et déjà modéré sa politique syrienne . Le Mufti de Syrie, qui avait déjà menacé de lancer des attentats suicides contre l’Occident , change désormais de fusil d’épaule, ses déclarations lui avaient valu les pires critiques. Il a ainsi servi un discours des plus modérés : ” les religieux syriens prônent le dialogue et soutiennent les réformes dans le pays. Car, la lutte et la guerre nous rendent plus faibles (…). Il n’y a pas de lutte entre les Eglises et les Mosquées en Syrie. Nous avons des affrontements entre les forces patriotiques et les forces destructrices “. Selon le Mufti, ” le peuple syrien est uni et c’est à nous–mêmes de décider de notre sort. Notre peuple veut réformer le pays et nous autres, imams et prêtres, nous soutenons ces aspirations. Nous sommes contre la corruption et contre le diktat “. Ces derniers jours, la Syrie avait indirectement reconnu l’installation de stations d’écoute russes sur son territoire (et au Liban), en diffusant les ” émissions brutes ” transmises par les activistes à Homs aux télévisions ” CNN ” et ” Al Jazeera “. La télévision syrienne ” Al–Dunia ” a exploité ces ” données brutes ” pour étayer ” la théorie du complot et des montages fabriqués de toutes pièces par les médias étrangers hostiles au régime, dans le cadre de la guerre médiatique et psychologique tous azimuts “. C’est également grâce aux écoutes que le régime a pu localiser et bombarder le centre d’information des insurgés à Homs, tuant deux journalistes occidentaux et en blessant deux autres ( Des entreprises occidentales sont également accusées de fournir du matériel d’interception des communication ). Ce faisant, Damas met en exergue la valeur stratégique des stations d’écoute russes, tout en exploitant le matériel occidental, et laisse entendre que la chute du régime fait perdre à Moscou ce privilège ! Dario S.

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