Adaptation française de Sentinelle 5772 ©
Jerusalem Post 19/07/2012
Dershowitz et coll. adhèrent avec bonheur au financement de la relocalisation des Juifs – mais reculent avec horreur devant toute suggestion de financer la relocalisation de Palestiniens.
Le fanatisme consiste à redoubler votre effort quand vous avez oublié votre objectif.
George Santayana, Life of Reason (1905) [“Une vie de Raison”]
Le principal problème n’est pas de [parvenir] à un accord, mais d’assurer sa réelle exécution en pratique. Le nombre d’accords que les Arabes ont violés n’est pas inférieur au nombre qu’ils ont respectés – Shimon Peres, Tomorrow is Now (1978) [Demain c’est maintenant]
Ces extraits traduisent convenablement le caractère fanatique mensonger des avocats du double Etatisme – au moins de ceux qui proclament être des sionistes pro–Israël. Car en redoublant leurs efforts pour parvenir à leur mode de résolution favori de la question palestinienne, ils semblent avoir oublié que le véritable but n’est pas un accord sur l’établissement d’un Etat palestinien, mais la stabilité et la sécurité à long terme pour Israël.
Désespérance, déni et mépris
Apparemment inconscient – ou décidé à négliger – le fait que plus les efforts faits pour parvenir à un tel arrangement à deux Etats, plus la stabilité et la sécurité d’Israël ont été minées, les prêcheurs du ’Double Etatisme’ persistent dans leur requête.
De façon regrettable – en fait tragiquement – nombreux parmi “l’Establishment intellectuel” ont adopté la formule échouée d’un double Etatisme comme corollaire du dogme non prouvé historiquement de la « la terre contre la paix », mettant en jeu leur prestige personnel et leur réputation professionnelle, sur son caractère désirable et accessible.
Ce faisant, ils ont hypothéqué leur intégrité intellectuelle à une politique que l’on peut démontrer nulle.
Non seulement il est impossible de justifier le double Etatisme sur le fondement d’une cohérence logique ou d’une validité empirique, mais encore sa poursuite continue comportera presque inévitablement une situation qui réfutera directement les valeurs invoquées pour son adoption, et précipitera des conséquences à l’antithèse de celles dans les intentions de ses avocats.
Imperméables aux faits et à la raison, ses partisans de haut vol s’y accrochent obstinément – certains diraient obsessionnellement – négligeant l’accumulation massive de preuves contradictoires en niant sa signification sans équivoque.
Confrontés au refus résolu de la réalité à se plier à leur volonté, les prêcheurs du double Etat commencent à promouvoir des propositions qui semblent de plus en plus désespérées et détachées du monde réel.
Ces défauts étaient clairement évidents dans la récente proposition d’Alan Dershowitz, dont j’ai entamé l’analyse dans l’article de la semaine dernière poursuivie cette semaine – non pas comme une attaque ‘ad hominem’ contre ce bon professeur, mais parce que, comme je l’ai souligné, « avec son influence publique significative et son accès considérable aux media, ses propositions de bonne volonté mais mal avisées ne doivent pas ne pas être remises en question ».
L’insistance d’experts autoproclamés pro–Israël comme Dershowitz concernant l’attractivité et la faisabilité du modèle à deux Etats a sans doute fait plus que tout autre chose pour nourrir la délégitimation actuelle de l’Etat juif et de l’entreprise sioniste.
Brève récapitulation
Les lecteurs se souviendront que Dershowitz a suggéré que la Rive Occidentale soit divisée de façon réaliste en trois zones effectives :
- • Celles qui resteront de façon relativement certaine partie d’Israël
- • Celles qui deviendront de façon relativement certaine partie d’un Etat palestinien.
- • Celles relativement en discussion (qui pourraient bien rester partie d’Israël, mais sujettes à des négociations d’échanges de territoires).
Il propose qu’il n’y ait pas de construction israélienne sur les zones qui feront probablement partie d’un Etat palestinien, « sans aucune limite de temps à la construction israélienne dans les zones qui feront probablement partie d’Israël », mais il ne dit rien au sujet des contraintes des Arabes sur ces zones – faisant l’hypothèse bien sûr que tout négociateur palestinien serait a priori d’accord pour qu’il n’y a pas de telles zones – constituant un bond géant de croyance optimiste.
Son attitude sur les zones « disputées » est particulièrement révélatrice. Il déclare que « le gel [sur les constructions israéliennes] se poursuivrait sur les zones disputées jusqu’à ce que l’on décide lesquelles continueront de faire partie d’Israël et celles qui feront partie du nouvel Etat palestinien ».
Pourtant, il semble préjuger du résultat de la « discussion » sans imposer un gel semblable aux Palestiniens.
Et pour éliminer tout doute persistant sur la façon dont Dershowitz voit vraiment comment déterminer le destin de ces zones « disputées » – dans lesquelles il inclut « certains des grands blocs d’implantation comme Ariel », il déclare : « Un gel absolu de la construction serait un compromis douloureux mais nécessaire. Il pourrait aussi encourager des résidents de la Rive Occidentale à partir vers des zones qui feront partie d’Israël, en particulier si le gel était accompagné d’incitations financières pour se reloger ».
Clairement, si les Palestiniens sont autorisés à construire sur ces zones où les Juifs se voient non seulement interdire de le faire, mais « incités » à évacuer, estimant que leur « conflit » n’est rien de plus qu’une ruse.
Car si le développement palestinien est autorisé, alors que le développement juif est bloqué, l’intention évidente est que la zone soit finalement transférée aux Palestiniens.
Il est peu probable que Dershowitz ait acquis sa formidable réputation comme avocat en conseillant un pareil défaitisme, ou inversement, une largesse aussi bienveillante, à ses clients.
Préjudiciable, partisan et pervers
La question des incitations financières aux les résidents de Judée et de Samarie pour se délocaliser est d’une importance particulière, car la proposition a été soulevée avec une fréquence accrue par nombre de prêcheurs proéminents du double Etatisme, autant Israéliens que non israéliens.
En dehors de Dershowitz, elle a été suggérée par l’ancien président de l’Union pour le Judaïsme Réformé Eric Yoffie, le chef de l’Appel Juif Unifié d’Israël Mick Davis, l’ancien diplomate américain Dennis Ross, l’expert américain Peter Beinart, l’ancien conseiller d’Ehud Barak Gilead Sher et l’ancien chef du Shin Bet et politicien travailliste Ami Ayalon, pour n’en citer que quelques uns.
Pourtant, bien que les prêcheurs du double Etatisme semblent n’avoir aucune inhibition éthique concernant le principe de donner des incitations économiques pour pousser des gens à partir, concernant son application pratique, leurs préférences semblent largement préjudiciables, partisanes et perverses.
Alors qu’ils ne voient aucun mal à financer la relocalisation de Juifs pour faciliter l’établissement de ce qui, selon toute probabilité deviendra un micro Etat en faillite offrant un havre à des groupes terroristes islamistes radicaux, ils repoussent avec horreur l’idée de financer la relocalisation de Palestiniens pour empêcher son établissement. Où est la perversion !?
Après tout, la seule façon pour qu’un Etat palestinien putatif ne devienne pas un havre pour des organisations terroristes arabes, c’est que les Palestiniens se comportent de manière diamétralement opposée à celle de leur conduite depuis sept décennies – sans doute même depuis plus longtemps.
Les prêcheurs du double Etatisme doivent encore produire des arguments convaincants – plutôt que des espérances ferventes – sur pourquoi cela est tout à fait probable.
Jusque là, ils ne doivent pas être surpris de ce que beaucoup lient leur proposition – au mieux – à un pari hasardeux et irresponsable ; et – au pire – à ce que Barry Rubin a nommé : « la glorification de la trahison ».
Incompréhensible et indéfendable
A mesure que le temps passe, continuer à prêcher le double Etatisme, par de prétendus pro sionistes, comme une option politique réalisable pour Israël, devient de plus en plus incompréhensible logiquement, et indéfendable moralement.
Car à moins que nous ne soyons préparés à adopter la formule bizarre, récemment proposée par Shimon Peres, qu’il faut rechercher la paix « avec nos yeux fermés », en détruisant tout souvenir du passé de nos mémoires ; à moins que nous ne soyons préparés à écarter totalement les leçons de l’expérience, un soutien clairement poursuivi au double Etatisme est lourd de risques et dépourvu de rationalité.
Le double Etatisme est fatalement vicié dans sa logique, parce que ses partisans n’offrent aucun mécanisme convaincant de son exécution réussie.
Leur seule formule est une répétition de ce qui a déjà échoué, sans apporter la moindre explication convaincante de la raison pour laquelle elle a des chances de fonctionner dans l’avenir alors que ça n’a pas eu lieu dans le passé.
Le double Etatisme est fatalement vicié dans sa moralité parce que ses partisans insistent sur l’exécution de mesures qui exposeront des millions d’Israéliens (et finalement de Palestiniens) à des extrêmes dangers, régulièrement survenus dans des tentatives antérieures, du fait de l‘exécution de semblables mesures. La seule formule qu’ils fournissent pour faire face à ces dangers est d’espérer qu’ils ne surviendront pas, sans fournir la moindre explication à cela.
Malgré la mince probabilité de succès et le coût désastreux d’un échec, les prêcheurs du double Etatisme s’accrochent à leurs notions hautaines mais écervelées, prétendant que leur adhésion à une folie en faillite leur confère quelque supériorité intellectuelle et éthique. N’est–ce pas bizarre ?!
Et quel est le Plan B ? Selon tous leurs pronostics réfutés, leurs prédictions non réalisées et leurs promesses non tenues, on ne peut que se demander ce qui, si c’est possible, peut induire les prêcheurs du double Etatisme à rétracter – ou du moins à reconsidérer – leur position.
Après tout, au cours des deux décennies passées, pendant lesquelles l’objectif du double Etatisme a été vigoureusement recherché, avec une immense adhésion internationale et un soutien financier massif, tous les avertissements des dangers par ses opposants se sont révélés vrais, alors que les promesses de bénéfices de ses partisans se sont révélées fausses. Pourtant, non déstabilisés par l’évidence – cf. Santayana ci–dessus – ils ont insisté sur leur unique manière d’aller de l’avant.
Ce faisant, les prêcheurs du double Etatisme échouent doublement dans leur devoir moral.
D’abord, en échouant à mettre debout le moindre argument convaincant sur la raison pour laquelle leur doctrine jusqu’à présent désastreuse va maintenant réussir et comment cette métamorphose miraculeuse aura lieu.
Ensuite, en ne parvenant pas à prescrire les mesures qu’ils proposent si une telle métamorphose miraculeuse ne se produit pas et si les Palestiniens – quelle qu’en soit la raison – ne modifient pas énormément leurs modèles de comportement, mais continuent de se conduire comme ils l’ont fait au cours de demi–siècle passé et au–delà ? Que sa passera–t–il si – comme par le passé – un territoire concédé est utilisé par eux pour monter des attaques contre Israël ? Quel est le Plan B des prêcheurs du double Etatisme ? Quelle réponse israélienne, et quelle politique ad hoc, Dershowitz et autres prêcheurs du double Etatisme soutiendront–ils alors ?
Ces questions deviennent encore plus pressantes et pertinentes, en particulier depuis qu’après tous les développements du Printemps Arabe à travers la région ont encore éloigné la perspective d’un succès du double Etatisme, et rendu un échec encore plus périlleux que jamais.
Un Mega Plomb Durci ?
Mais même si nous supposons, malgré les risques et l’évidence, que les prêcheurs du double Etatisme ont raison, et qu’il soit possible de trouver quelque Palestinien modéré mythique préparé à signer un accord avec Israël de bonne foi et qui a vraiment l’intention de l’honorer, comment assurer son exécution ? Après tout Peres, à une époque plus lucide, a souligné : « La principale question n’est pas de parvenir à un accord, mais d’assurer sa véritable exécution en pratique ».
Qu’advientra–t–il si pour des raisons de survie politique – ou physique, ce Palestinien modéré était obligé de revenir sur l’accord ? Qu’en serait–il s’il était incapable/ou ne voulait pas contenir des radicaux rebelles soutenus par des régimes ou des organisations du refus ? Qu’en serait–il s’il était chassé du pouvoir – que ce soit dans les urnes ou par balles – et remplacé par des successeurs dont la raison d’être était le rejet de la reconnaissance d’Israël ? Après tout, comme Peres l’a observé : « Le nombre d’accords que les Arabes ont violés n’est pas inférieur au nombre de ceux qu’ils ont respectés ».
Qu’en sera–t–il, après qu’il aura été établi, s’il s’avère que les Palestiniens font ce qu’ils promettaient vraiment – que la fondation d’un Etat palestinien soit (seulement) un nouvel outil pour continuer la guerre contre Israël ? Qu’en sera–t–il s’ils croient vraiment que leur Charte Nationale, déclarant que la « Partition de la Palestine en 1947, et l’établissement de l’Etat d’Israël, sont totalement illégaux, quel que soit l’écoulement du temps ? ». Qu’en sera–t–il s’ils agissent pour promouvoir cette conviction ? Qu’en sera–t–il si les résidents de la plaine côtière sont soumis à quelque chose approchant même de loin à ce que les résidents de Sderot subissent depuis des années ? Cela n’est pas une perspective improbable et les prêcheurs du double Etatisme ont le devoir moral d’apporter un plan de secours crédible pour y répondre.
Exigeront–ils que la souveraineté palestinienne soit révoquée et que l’Etat palestinien soit annulé, parce qu’il a été établi sur des faux–semblants ? Soutiendront–ils une campagne militaire massive sur la « Rive Occidentale » pour étouffer la violence qui a rendu impossible le maintien du quotidien socioéconomique à Tel Aviv ? A une échelle et une intensité bien plus grandes que l’Opération Plomb Durci que Tsahal mena à Gaza en 2008/09 ? Sur un front bien plus long (environ 400 km de long à comparer à environ 50 km) ? Sur un terrain topographique bien plus désavantageux ?
Fanatisme fou ou folie fanatique ?
Il est étonnant que celui qui revêt le manteau de la rationalité éclairée puisse presser vers une politique au succès aussi improbable et infliger si certainement des conséquences épouvantables aussi bien aux Israéliens qu’aux Palestiniens.
De fait, confrontés aux efforts répétés et mal avisés pour la promotion de mesures ayant un potentiel tragique aussi manifeste, on se rappellera la définition de la « folie », attribuée diversement à Albert Einstein, Benjamin Franklin et Mark Twain selon qui : « La folie, c’est refaire encore et encore la même chose en s’attendant à des résultats différents ».
Ceci, associé à la description du « fanatisme » de Santayana mentionnée ci–dessus, nous maintient dans un dilemme déplaisant : Le comportement des prêcheurs du double Etatisme doit–il être diagnostiqué comme « fanatisme fou » ou bien « folie fanatique » ?
www.martinsherman.net

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