Washington Post 26/07/2012 Adaptation française de Sentinelle 5772 ©
Il y a une génération, c’étaient les trois ‘I’. Le voyage à l’étranger obligatoire d’un concurrent à la présidentielle comprenait l’Irlande, l’Italie et Israël. L’itinéraire de Mitt Romney est légèrement différent : Grande Bretagne, Pologne et Israël.
Ce n’est pas vraiment l’appel ethnique tout cru de jadis. Chaque destination suggère une affinité un peu plus subtile : la Grande Bretagne, jouant sur notre connexion culturelle avec l’Abbaye des gens de Downton qui ont été à nos côtés dans pratiquement chaque combat au cours de cent dernières années ; la Pologne, représentant la « nouvelle Europe », les habitants d’Europe centrale sans vergogne si proaméricains; Israël, attractif pour la majorité des Juifs américains mais aussi pour un nombre infiniment plus grand de Chrétiens évangéliques passionnément sympathisants.
A l’opposé d’Obama, Romney à l’étranger n’admonestera pas son propre pays, en critiquant son président ou en se déclarant un citoyen du monde. En fait, Romney ne devrait rien déclarer de substantiel, uniquement offrir des expressions chaleureuses à ses hôtes – et éviter un contretemps inutile, comme sa critique inexplicablement bête et gratuite sur la prise en charge des Jeux Olympiques par la Grande Bretagne. Tout ce qui compte est de montrer son estime aux plus proches alliés, une chose où le président actuel a remarquablement échoué.
Au contraire, Obama a entamé sa présidence en retournant à l’ambassade britannique le buste de Winston Churchill qui ornait le Bureau Ovale. Puis l’officiel du département d’Etat qui nia l’existence même d’une relation particulière entre les USA et la Grande–Bretagne, disant : « Il n’y a rien de spécial avec la Grande–Bretagne. Vous êtes simplement au même rang que les 190 autres pays dans le monde ».
Le sommet a été atteint pour les Britanniques avec la claque sur les Îles Falkland, question qu’ils avaient considérée résolue depuis qu’ils avaient repoussé l’invasion argentine il y a 30 ans. Ils ne furent pas amusés par la neutralité étudiée du gouvernement Obama entre la Grande Bretagne et l’Argentine, avec à la fois un porte–parole du département d’Etat et le président employant ostensiblement le mot « Malouines », le nom argentin politiquement connoté, de façon équivalente à « Falkland ». (Bien que le président le ratât, les désignant du nom de « Maldives », archipel d’îles de l’océan indien situé à 12.500 km).
De même pour la Pologne, elle fut stupéfiée de l’annulation unilatérale par Obama d’un accord sur un missile de défense signé par le gouvernement Bush (le 43ème président). Ayant défié les menaces vociférantes russes pour aider notre défense contre des missiles iraniens, les Polonais s’attendaient à un meilleur traitement qu’à se réveiller un matin – le 70ème anniversaire de l’invasion soviétique de la Pologne, pas moins – pour se retrouver victimes de la politique de « remise à zéro » d’arrangement avec la Russie. Tout cela pour se protéger d’une intimidation russe, quelque chose qu’ils croyaient avoir enfin gagné avec la fin de la guerre Froide.
Puis il y a Israël, l’exemple le plus flagrant du mépris par Obama pour des alliés traditionnels. Obama a pris ses fonctions avec l’intention explicite de faire entrer « la lumière du jour » entre lui et Israël, croyant qu’en s’inclinant face aux Arabes, ils seraient plus accommodants.
C’est le contraire qui arriva. (Surprise !) Quand Obama insista sur le gel de la construction à Jerusalem qu’aucun gouvernement des USA n’avait jamais exigé et qu’aucun gouvernement israélien n’accepterait jamais, l’Autorité Palestinienne vit clairement comment devenir totalement récalcitrante. Le président palestinien Mahmoud Abbas déclara ouvertement au ‘Washington Post’ qu’il se contenterait d’observer et d’attendre que l’Amérique lui livre Israël.
Résultat ? Abbas refusa de négocier. Pire, il essaya de saper le principe fondamental de la diplomatie des USA au Moyen–Orient – une solution négociée à deux Etats – en cherchant une reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien à l’ONU, sans pourparlers ou accords bilatéraux.
En Israel, sans doute Romney ne dira–t–il rien de nouveau. Il répètera seulement son discours dur sur le programme nucléaire de l’Iran. Mais je soupçonne qu’il fera savoir en privé aux Israéliens que, contrairement à l’idée conventionnelle que son esprit belliciste montre qu’il est prêt à attaquer les installations nucléaires de l’Iran, sa véritable intention est de signaler que, à l’opposé d’Obama, il est vraiment engagé à permettre à Israël ce qu’il doit faire pour se défendre lui–même. Ce seront des nouvelles bienvenues pour une nation qui n’a jamais demandé à qui que ce soit se combattre en son nom, seulement un feu vert pour se défendre sans entraves ou menaces voilées de ses amis.
Le plus important cependant, est seulement de se montrer. Cela représente 80% dans la vie remarqua une fois Woody Allen. Il n’est pas nécessaire d’en dire beaucoup. La seule présence de Romney parlera d’elle–même.
Aux Israéliens: « Nous comprenons votre détresse unique. Si et quand vous accomplissez ce que vous avez à faire, nous nous tiendrons à vos côtés ». Aux Polonais : « Vous pouvez compter sur le parapluie américain. Je ne vous laisserai jamais dans le froid ». Et aux Britanniques « Nous avons de la gratitude pour votre solidarité continue dans des lieux horribles comme l’Irak et l’Afghanistan. Notre relation est vraiment spéciale ».
« Et une chose de plus. Vous avez toujours ce buste de Churchill ? ».
En partance vers Londres jeudi dernier, Romney dit : Je veux Winnie* de retour dans le Bureau Ovale.
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Winnie* = Winston

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