Liban : le Hezbollah met en péril le secteur bancaire. Washington saisit 150 millions de dollars

L’annonce par les autorités américaines de la saisie de 150 millions de dollars soupçonnés d’appartenir au Hezbollah, inquiète le secteur bancaire libanais. D’autant plus que le secret bancaire garanti au Liban expose les banques à toutes sortes d’accusations, qu’elles soient fondées ou non. De ce fait, les professionnels redoutent les conséquences de la procédure américaine. La saisie de 150 millions de dollars appartenant au Hezbollah, selon Washington, fait suite à une longue procédure qui a visé la Banque Libano-Canadienne, surveillée depuis plusieurs années au même titre que les réseaux de trafics de drogues liés au Hezbollah, en Amérique du Sud, en Amérique Centrale et en Afrique de l’Ouest. La Banque Libano-Canadienne était en effet soupçonnée de faciliter le blanchiment d’argent pour le compte d’organisations liées au Hezbollah. Le Gouverneur de la Banque Centrale libanaise, Riad Salameh, avait durement défendu ce secteur et le secret bancaire, et réussi à limiter les dégâts grâce à l’achat, en 2011, de la Banque Libano-Canadienne par la Société Générale de Banque (filiale libanaise de la banque française). La transaction avait suscité plusieurs réactions et des protestations… Mais les ramifications financières du Hezbollah, indispensables pour remédier au tarissement des financements iraniens, Téhéran souffrant aussi des sanctions, ont nécessité le renforcement de la surveillance par les Etats-Unis. Washington affirme que l’argent était viré depuis le Liban jusqu’aux Etats-Unis, où il servait à acheter des voitures d’occasion qui étaient ensuite acheminées en Afrique de l’Ouest (qui abrite une forte communauté chiite libanaise), où elles étaient revendues. Les bénéfices étaient ainsi reversés au Hezbollah. Entre 2007 et 2011, près de 330 millions de dollars ont ainsi été transférés du Liban vers les Etats-Unis pour financer ces activités. Or, la Société Générale de Banque au Liban, qui a repris la banque Libano-Canadienne en 2011, servait d’intermédiaire à ce trafic. A Beyrouth, les économistes redoutent les retombées des pressions américaines sur le secteur bancaire. Au moment où l’économie tourne au ralenti en raison de l’instabilité politico-sécuritaire liée à la crise syrienne et aux groupes armés incontrôlables (de l’aveu de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah), l’affaire de l’ex-Banque Libano-Canadienne risque de donner le coup de grâce à la dernière activité encore productive. Rappelons que l’actuel ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, alors dans l’opposition, avait plaidé en juillet 2011 , pour un renforcement des sanctions économiques et financières sur le Liban et l’Iran, et plus particulièrement sur les banques qui contournent l’embargo visant la Syrie et qui servent de poumon économique au régime de Bachar Al-Assad. Les banquiers libanais craignent de faire les frais d’un tel scénario. Mediarabe.info

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