Liban : peu innocent, Hassan Nasrallah appelle à manifester contre le film Innocence de l’Islam. Le soubresaut de la mort ?

Dans une allocution diffusée par la télévision ” Al-Manar “, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah vient d’appeler ses partisans à manifester au Liban dès lundi contre le film islamophobe Innocence de l’Islam. Nasrallah exploite ainsi ce film blasphématoire pour restaurer l’image de son parti, particulièrement dégradée par une succession de scandales et de trafics en tous genres. S’agit-il du soubresaut de la mort ? Depuis sa cachette qu’il ne quitte plus depuis l’été 2006, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a appelé dimanche dans une allocution télévisée, à une série de manifestations dans les villes libanaises afin de dénoncer le film hostile à l’islam. Il a invité les fidèles à ” manifester lundi, à Beyrouth, mercredi à Tyr (Tsor) (Tsor), vendredi à Baalbeck, samedi à Bint-Jbeil (…) “. Si Nasrallah appelle à organiser des ” manifestations ambulantes “, c’est que le parti craint d’échouer à rassembler la foule dans une manifestation centrale. Sa popularité est en effet particulièrement affectée par les scandales. A celui lié à la banqueroute de ses argentiers s’est ajouté celui de la fabrication et à la distribution de drogue , puis se sont ajoutés les enlèvements et les demandes de rançons, pratiqués par ses partisans, et la participation du parti dit de la Résistance à la répression en Syrie. Plus récemment, Nasrallah a reconnu avoir perdu le contrôle sur les familles Moqdad et Jaafar, poursuivies par l’armée et la justice libanaises. Leurs ailes militaires ont débordé le parti de Dieu… Nasrallah estime que ” le film Innocence de l’Islam est un acte extrêmement dangereux et sans précédent “. Pour lui, ” le pire c’est que les sites Internet continuent de diffuser cette vidéo et refusent de la retirer. Cela nécessite une prise de position de la part de la Oumma (nation) islamique “. Le chef du Hezbollah tombe cependant dans la contradiction. Il estime que ” le film est un acte pire que la profanation du Coran et de la mosquée d’al-Aqsa en 1969. L’objectif de ce film est d’engendrer un conflit interconfessionnel “. Mais en appelant à manifester, Nasrallah décide, en connaissance de cause, d’alimenter ce conflit interconfessionnel. Il a attendu la fin de la visite du Pape Benoit XVI au Liban pour déstabiliser le pays du Cèdre, alors que la colère semble retomber à Benghazi, au Caire, à Sanaa, à Khartoum et à Tunis. Les pays arabes, théâtre de la violence islamiste, ces derniers jours, ont compris que cette violence est le fait des extrémistes, comme l’ont prouvé les tueries de Benghazi et les drapeaux noirs d’Al-Qaïda hissés un peu partout ailleurs. Hassan Nasrallah vient de décider de prendre le relais des salafistes, au Liban. Ce faisant, le Hezbollah prouve qu’il n’est que la version chiite d’Al-Qaïda. Il est aussi dangereux qu’elle, sinon plus. Car il pratique la taquiyya et avance caché. Mieux encore, Nasrallah veut que ” les musulmans descendent dans la rue et manifester dans toutes les villes du monde “, affirmant que ” les gouvernements des pays arabes doivent assumer leurs responsabilités “. Il s’est dit étonné face au silence des leaders arabes concernant le film anti-islam. ” Si le film portait atteinte à un roi, prince ou président arabe, je suis certain que votre réaction aurait été différente “, a-t-il affirmé, cherchant ainsi, sans détour, à déstabiliser, en premier lieu, les pays du printemps arabe, mais surtout les monarchies du Golfe, au profit de l’Iran et de la Syrie. Car, depuis mardi dernier, le monde regarde, inquiet, les ambassades et les consulats américains incendiés et attaqués, beaucoup plus que les milliers de syriens tués par Bachar Al-Assad. La violence anti-américaine qui semble commanditée finira par justifier le refus occidental d’aider les insurgés syriens, pour le plus grand bonheur d’Assad. Sans l’ombre d’un doute, l’affaire du film lui profite . A travers son discours musclé, et sa volonté d’alimenter la colère, Hassan Nasrallah réagit aussi à la décision américaine, annoncée le jeudi 14 septembre, d’imposer de nouvelles sanctions sur les dirigeants du Hezbollah, accusant le ” groupe terroriste de soutenir le président syrien Bachar al-Assad et d’implication dans la répression “. Hassan Nasrallah, Mustapha Badr Al-Din et Talal Hamiyah sont visés par les sanctions du Département d’Etat au Trésor, pour leur soutien à Assad et pour leurs activités terroristes au Moyen-Orient et à travers le monde. Pour de nombreux analystes, le discours de Hassan Nasrallah de ce dimanche 16 septembre ressemble davantage à un soubresaut de la mort. Nasrallah est conscient que son parti est dans une impasse et craint les conséquences de la chute du régime syrien. Il s’engage dans une course en avant grâce à l’Innocence de l’Islam. Mais sa démarche est moins innocente qu’il ne parait ! Stefano B.C.

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