Au moment où le Hezbollah s’enorgueillissait du succès de son opération d’espionnage en territoire israélien et dénigrait les réserves de l’opposition qui l’ont située dans le cadre de la pure provocation, le 14 Mars laissait éclater son inquiétude face à une nouvelle aventure qui risque de coûter cher au Liban.
Le chef du bloc parlementaire du Courant du futur, Fouad Siniora, a ainsi accusé le parti de sayyed Hassan Nasrallah d’avoir violé, sur « ordre » des Iraniens, la résolution 1701 de l’ONU ayant mis fin à la guerre en 2006 avec Israël.
« C’est plus qu’un exploit technique et militaire. C’est une violation de la 1701 (…) et un acte de provocation contre Israël », a déclaré M. Siniora devant une délégation du bureau de coordination du Courant du Futur au Liban–Sud.
Un acte d’autant plus grave, selon lui, que l’appareil, baptisé Job, a survolé les eaux territoriales israéliennes et que « certains ont établi une liaison avec les installations pétrolières et gazières en territoires occupés ainsi qu’avec les installations nucléaires de Dimona ». « Ceci est en soi une déclaration de guerre », a averti M. Siniora.
Le 6 octobre, l’appareil avait été repéré par l’armée israélienne au–dessus de la Méditerranée dans un secteur proche de la bande de Gaza avant d’être détruit au–dessus de la forêt de Yatir, dans le nord du désert du Néguev.
« Nous sommes fiers de toute réalisation qui peut être enregistrée contre l’ennemi israélien, mais que le Hezbollah en décide unilatéralement revient à impliquer le Liban dans des opérations militaires au sujet desquelles il n’a pas été consulté. Le gouvernement n’a pas été non plus consulté, alors que la sécurité des Libanais et du pays est en jeu », s’est–il indigné, avant de rappeler le précédent de la guerre de 2006, déclenchée consécutivement au rapt, par le Hezbollah, de deux soldats israéliens.
« Cet acte, a encore affirmé l’ancien chef de gouvernement, prouve que le parti de Dieu a agi sur ordre de l’Iran (…) afin d’impliquer le Liban dans le brasier des conflits régionaux et d’utiliser de nouveau le pays comme une boîte aux lettres pour ses messages ».
M. Siniora s’est arrêté ensuite sur l’implication du Hezbollah dans la guerre en Syrie, à travers ses combattants qui mènent la guerre contre l’opposition syrienne aux côtés des forces de Bachar el–Assad, pour arriver à la conclusion selon laquelle le parti de Dieu « expose le Liban à de graves dangers (…) alors même que les Libanais débattent dans le cadre de la conférence nationale de la stratégie de défense, des armes du Hezbollah, de l’autorité de décision au Liban, surtout lorsqu’il s’agit de guerre et de paix ».
Une utilité très douteuse
Dans le même ordre d’idées, le député Jamal Jarrah s’est interrogé sur l’utilité de l’opération lancée par le Hezbollah en Israël. « Le parti de Dieu essaie de nous persuader qu’il s’agit d’une évolution qualitative énorme des capacités de la Résistance, mais il ne nous dit pas dans quel but il a envoyé ce drone et quel intérêt le Liban peut en tirer alors que la région est en ébullition et que les étincelles des guerres engagées autour de nous commencent à nous parvenir », a–t–il déclaré lors d’un meeting oratoire dans le village de Marj. « Essaie–t–il d’amener Israël à lancer une nouvelle guerre contre le Liban afin de pouvoir se targuer d’une victoire semblable à celle de 2006 ou cherche–t–il à provoquer une guerre régionale (…) dans une tentative de sauver le régime Assad en Syrie ? » s’est–il interrogé avant d’ajouter : « Nous essayons de trouver une excuse nationale à ce genre d’actes mais nous ne trouvons qu’un intérêt syro–iranien qui les motive. »
Pour l’ancien ministre des Finances, Mohammad Chatah, qui s’exprimait dans le cadre d’une interview à la LBC, l’affaire de l’avion d’espionnage du Hezbollah « est un double message adressé par les Iraniens à ses adversaires et par le parti de Dieu aux Libanais à qui il semble dire que ceux qui pensent pouvoir défaire le lien stratégique avec l’Iran se font en réalité des illusions ». « Cet usage que fait le Hezbollah du Liban est générateur d’un danger dont nous ne voulons pas », a–t–il dit.
Commentant les propos du chef de la diplomatie, Adnane Mansour, qui avait affirmé que « le Liban est prêt à assumer les responsabilités des décisions du Hezbollah », M. Chatah a déclaré : « Mansour développe la logique souhaitée par Téhéran et son allié libanais. »
Dans le même temps, le député Tammam Salam soulignait devant des délégations beyrouthines que « le plus important à l’heure actuelle pour le Liban est d’éviter d’ouvrir des fronts externes qu’il n’a pas la possibilité de gérer ou d’en assumer les conséquences ». Plaidant pour l’établissement d’une stratégie nationale de défense, M. Salam a estimé que « celui qui veut voler et planer seul expose le Liban aux pires dangers dont le prix serait payé par l’ensemble des Libanais qui n’auraient même pas été consultés ».


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