Banalisation de l’antisémitisme, Par CAROLINE B. GLICK

Jerusalem Post 19/01/2012
http://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Article.aspx?id=254400Adaptation française de Sentinelle 5772
L’antisémitisme est aujourd’hui justifié sur la préférence donnée au nationalisme panarabe et palestinien sur le nationalisme juif.
L’antisémitisme peut ne pas encore être mis à l’épreuve de son l’acceptabilité sociale aux USA, mais il est certainement devenu acceptable.
La preuve de cet état de fait lamentable a été apportée cette semaine par la publication d’un portrait élogieux du Pr. John Mearsheimer de l’université de Chicago, dans la revue ‘Atlantic Monthly’, rédigé par le gourou maison de la politique étrangère, Robert Kaplan.
Mearsheimer est l’auteur, avec le Pr. Stephen Walt, de l’Ecole de gouvernement Kennedy à Harvard, du livre tristement célèbre paru en 2007 « The Israel Lobby and US Foreign Policy » [le lobby d’Israël et la politique étrangère des USA]. Depuis la publication du livre, Mearsheimer est devenu l’un des antisémites les plus en vue en Amérique.
L’article de Kaplan était une tentative évidente de réhabilitation de Mearsheimer pour faire valoir sa théorie ‘réaliste’ du lobby pro-Israël dans les affaires internationales.
La théorie ‘réaliste’ de Mearsheimer proclame que la sphère internationale existe dans un état d’anarchie perpétuelle. En conséquence, le facteur motivant les actions des Etats dans les affaires internationales, ce sont leurs intérêts nationaux. La moralité proclame-t-il, n’a aucune place dans ces affaires.
Le fondement intellectuel important de cette théorie a fait de Mearsheimer l’un des plus éminents spécialistes de sciences politiques en Amérique dans les années 1990. Etant lui-même ‘réaliste’, en particulier en lien avec l’ascension de la Chine en superpuissance, Kaplan pensait peut-être qu’en réhabilitant Mearsheimer, il contribuerait à convaincre les décideurs politiques d’adopter une approche réaliste de la Chine.
Mais quelles que soient les motivations de la rédaction de ce portrait, et quel que soit son éventuel impact sur la politique des USA à l’égard de la Chine, le portrait de Mearsheimer par Kaplan a servi à banaliser un antisémite et ce faisant, à valider à son intolérance.
Il est devenu nécessaire de réhabiliter Mearsheimer parce que depuis les années où lui et Walt ont publié leur théorie de la conspiration contre Israël et ses partisans américains, Mearsheimer a activement adopté des éléments marginaux aux USA et dans le monde pour valoriser sa campagne de discrédit contre Israël et ses partisans.
Comme Alan Dershowitz l’a mis en exergue en novembre dernier, Mearsheimer a rédigé une apologie enthousiaste d’un livre hystériquement antisémite rédigé par le musicien de jazz britannique antisémite, le prolifique Gilad Atzmon. Ce livre, intitulé ‘The Wandering Who ?’ [Quel est l’Errant ?] est bourré de dénégations de l’Holocauste, de déclarations sur les Juifs qui contrôleraient le monde et l’Amérique, de portraits d’un D.ieu juif malin et corrompu, et il prétend qu’Israël est pire que l’Allemagne nazie.
Dans son apologie, Mearsheimer a qualifié le livre de « fascinant », et dit qu’il « devrait être lu aussi bien par les Juifs que les non juifs ». Pour Kaplan, le soutien de Mearsheimer à Atzmon n’était qu’une simple faute. Mais bien au contraire. C’était une décision transparente de la part de Mearsheimer d’user de sa notoriété pour légitimer ses propres opinions antisémites.
Dans un discours au ‘Palestine Center’ en avril 2010 par exemple, Mearsheimer a fait le distinguo entre les « bons » Juifs et les Juifs « néo – Afrikaners ». Les premiers sont les Juifs qui s’opposent à Israël et l’attaquent et les seconds sont les Juifs qui soutiennent et défendent Israël. En aseptisant l’intolérance de Mearsheimer par son portrait sympathique, Kaplan a banalisé sa haine. Et Kaplan n’est pas le seul.
Le portrait de Mearsheimer par Kaplan fait partie d’un courant plus large aux USA, dans les lettres, la politique et la culture selon lequel l’antisémitisme devient de plus en plus acceptable. Comme Adam Kirsch l’a remarqué cette semaine dans un article sur le magazine ‘Tablet online’, la dispute centrale sur le ‘Lobby Israel’, à savoir qu’une cabbale de Juifs déloyaux et de leurs partisans a obligé les USA à adopter une politique pro Israël à l’encontre de ses intérêts nationaux, a trouvé une expression récente dans les écrits de journalistes du courant majoritaire, y compris le rédacteur du ‘New York Times’ Tom Friedman et celui du ‘Times’ Joe Klein.
La semaine dernière, le magazine ‘Foreign Policy’ online, détenu par le ‘Washington Post’ – qui publie un blog régulier de Stephen Walt, a publié un article de Mark Perry déclarant qu’en 2007 et 2008, des agents du Mossad se sont fait passer pour des agents de la CIA dans une opération tortueuse dont le but était de bâtir une relation de coopération avec le groupe pakistano-iranien terroriste Jundallah opposé au régime baloutche.
L’article de Perry se fondait uniquement sur des sources anonymes. Son but évident était de discréditer la notion même de coopération du renseignement israélo-américain sur l’Iran.
Après la publication de l’article de Perry, Israël a délaissé son comportement habituel de ne jamais commenter les questions de renseignement. Le ministre des affaires étrangères a dénoncé cet article comme une « totale absurdité ».
Ce que la revue ‘Foreign Policy’ n’a pas dit aux lecteurs, c’est que Perry n’est pas un journaliste objectif. C’est un ancien conseiller de Yasser Arafat et l’avocat de la prise de contact des USA avec le Hamas et le Hezbollah. En omettant de mentionner ces biais, ‘Foreign Policy’ est devenue un accessoire de la banalisation de l’antisémitisme. Comme le ‘Lobby Israel’, l’article de Perry dans ‘Foreign Policy’ ajoute à la légitimité de l’attitude qui prête une erreur fondamentale aux relations étroites avec l’Etat juif.
Peut-être que si Mearsheimer et Walt avaient publié leur version de la mise à jour des ‘Protocoles des Sages de Sion’ en 1997 au lieu de 2007, ils auraient été reçus de la même manière : ils se seraient tenus dans la meute dominante pendant plusieurs années, mais alors l’acceptation et le soutien graduels à leur intolérance aurait évolué depuis les marges vers le courant dominant.
En cinq ans, ils auraient été réhabilités par ‘l’establishment’. Mais selon toute probabilité, cela n’aurait pas été le cas.
C’est un fait qu’au tournant du siècle, et en particulier à la suite de l’effondrement du processus de paix israélo-palestinien en 2000 – effondrement précipité par le rejet par Arafat d’un Etat palestinien, et à la suite des attaques du 11 septembre 2001 contre les USA, l’antisémitisme est devenu bien plus acceptable aux USA et à travers le monde. Le nombre des attaques contre les Juifs s’est envolé et la guerre intellectuelle contre Israël et ses partisans juifs a crû de façon toujours plus virulente.
L’ascension de l’antisémitisme aux USA a de nombreuses causes, mais trois développements parallèles ressortent. D’abord, le développement de stations satellitaires arabes comme Al Jazeera a porté la haine antijuive du monde arabe dans le discours occidental.
Il est vrai, la plupart des occidentaux rejettent la forme éradicatrice de la propagande antisémite comme brutale et erronée. Mais la haine antijuive véhiculée par ces émissions a eu un impact corrosif sur le discours occidental. Elle a accoutumé les observateurs aux mensonges mis au cœur de la propagande.
Ainsi, alors que qu’ils peuvent rejeter les appels quotidiens à détruire les Juifs, les Occidentaux ont de plus en plus internalisé la proclamation basique que les Juifs méritent d’être haïs. Prenez par exemple un article du ‘Washington Post’ la semaine dernière sur la décision de l’Egypte d’interdire aux fidèles juifs de faire leur pèlerinage annuel sur le tombeau du sage de la Torah Rabbi Yaakov Abuhatzeira.
Le narratif prétend que les Egyptiens se sont opposés à Israël du fait de leur comportement à l’égard des Palestiniens et parce que l’attaque terroriste à travers la frontière égyptienne en août dernier « a conduit au meurtre d’au moins cinq garde-frontière égyptiens pendant que des soldats israéliens poursuivaient les ‘militants’ présumés ». C’est à dire, selon le ‘Washington Post’ exactement comme le déclarent les media panarabes, qu’Israël est entièrement responsable de la haine arabe contre les Juifs.
Et puis il y a bien sûr les media européens.
Cette semaine, le journal chrétien hollandais ‘Trouw’ a publié un article sur les soins prénataux en Israël, rédigé par Ilse van Heusden. Celle-ci a écrit sur les soins médicaux de très haute qualité qu’elle a reçus en Israël où elle a vécu temporairement et où elle a donné naissance à un fils en bonne santé. Plutôt que de vanter les soins attentifs qu’elle a reçus, Van Heusden les a attaqués. Elle a déclaré que la médecine prénatale de classe mondiale en Israël est un produit de son adhésion à l’eugénisme et de sa similitude avec l’Allemagne nazie. Comme elle l’a formulé : « Etre enceinte en Israël est comparable à une opération militaire. D’innombrables échographies et tests biologiques sanguins doivent produire un bébé parfait, rien ne doit être laissé au hasard. L’Etat exige des bébés sains et en grand nombre ».

La décision du journal ‘Trouw’ de publier l’attaque antisémite de Heusden n’est qu’un élément parmi les articles innombrables publiés dans les media européens décrivant les Israéliens comme de méchants Juifs enclins à user de la science et de tous les autres moyens à leur disposition pour faire progresser les objectifs pleins de malignité des Juifs de dominer le monde, de génocide, d’apartheid, et de mal en général. Quand Israël ose se plaindre de ces attaques, les politiciens européens et les célébrités des media sont prompts à se dresser et à défendre leur droit à la liberté d’expression.
C’est ainsi que le ministre des affaires étrangères de Suède Carl Bildt – qui empêcha la publication de toutes les caricatures de Mohammed dans les media suédois – se dressa avec le tabloïd suédois ‘Aftonbladet’ quand celui-ci publia en 2009 un article accusant des soldats de Tsahal de tuer des Palestiniens pour prélever leurs organes. Dans l’esprit des antisémites, en tentant de s’opposer à cette accusation de crime rituel, Israël prouvait qu’il cherche à contrôler les media.
Les mensonges des media européens sur Israël se sont traduits dans les politiques gouvernementales officielles de mensonges sur Israël. C’est ainsi que l’Assemblée Nationale française a publié le mois dernier un rapport sur la géopolitique de l’eau incluant une diatribe de 20 pages prétendant qu’Israël utilise l’eau comme une arme d’apartheid contre les Palestiniens.
Pour rédiger ce rapport, les législateurs français ont dû ignorer non seulement le contenu de l’accord israélo-palestinien sur l’eau dans leur Accord Intérimaire de 1995. Ils ont dû ignorer le fait basique qu’Israël donne à l’AP bien plus d’eau que l’accord ne le demande, et ils ont prêté des intentions malignes au gouvernement israélien. C’est dire qu’ils ont dû adhérer à l’irrationalité de l’antisémitisme.

Parallèlement à la pénétration de l’antisémitisme arabe dans le discours occidental via les media panarabes, et l’adhésion à un antisémitisme manifeste dans les media et la classe politique européens au cours de la décennie passée, nous avons été les témoins du développement d’une alliance entre la Gauche occidentale et les mouvements islamistes.

L’adoption par la Gauche internationale des émules du Hamas, des Taliban, de l’Iran et des ‘Frères Musulmans’ a augmenté le niveau d’aisance des décideurs politiques américains de Gauche et isolationnistes dans l’adhésion à des positions hostiles à d’Israël. Ainsi, au moment même où le gouvernement Obama fait une cour assidue aux Taliban, aux ‘Frères Musulmans’ et au régime iranien, selon ‘Chanel 2’, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a refusé de rencontrer le ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman lors de son prochain voyage à Washington. ‘Channel 2’ rapporte que des officiels américains de haut rang ont dit : « Lieberman est un obstacle à la paix. Nous ne voulons pas figurer sur une photo avec lui ni ce qu’il représente ».

L’antisémitisme est un préjugé basé sur le rejet de la raison. Pour le combattre, il ne suffit pas de réfuter les affirmations des semblables de Mearsheimer. Lui et ses collègues doivent être discrédités et leur potentialisateurs être couverts de honte.

Mais avant que cela n’arrive, la communauté juive mondiale et les Israéliens doivent identifier ce qui survient. L’antisémitisme est de nouveau à la mode. Sa nouvelle justification n’est pas la race ou la religion. C’est le nationalisme. L’antisémitisme d’aujourd’hui est justifié par la préférence donnée au nationalisme palestinien et panarabe sur le nationalisme juif.

Et comme ses prédécesseurs raciste et religieux, son but est de nier aux Juifs le droit d’être libres. Face à cette agression, le Peuple juif en Israël et dans la Diaspora a deux alternatives. Nous pouvons soit succomber face à nos ennemis, ou bien nous pouvons résister.

caroline[at]carolineglick.com

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