LE CAIRE, Egypte ” Trois des principaux candidats à la présidentielle égyptienne ont déposé des demandes d’appel, lundi, après que la commission électorale eut invalidé leur candidature, remaniant une course présidentielle déjà tumultueuse et une transition politique toujours incertaine. Le candidat islamiste ultraconservateur Hazem Abu Ismail, l’islamiste modéré Khairat el-Shater, des Frères musulmans, et l’ancien chef du renseignement Omar Suleiman ont été exclus de la présidentielle avec sept autres candidats samedi, pour des raisons d’ordre juridique. Des représentants des trois candidats ont fait appel de la décision lundi, avant la date limite. La commission électorale devrait annoncer mardi quelles demandes d’appel elle examinera. La liste officielle des candidats sera rendue publique le 26 avril, moins d’un mois avant l’élection présidentielle, prévue les 23 et 24 mai. La décision de disqualifier les candidats et la possibilité que la décision soit renversée en appel a injecté une dose d’incertitude dans la première élection présidentielle libre de l’histoire de l’Egypte, un peu plus d’un an après le renversement d’Hosni Moubarak, qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant 29 ans. Plusieurs observateurs ont mis en doute l’indépendance de la commission, formée de juges nommés par l’ancien régime, et l’équité du processus électoral. La commission électorale n’a pas expliqué les raisons de l’exclusion des dix candidats. La disqualification de deux des plus importants candidats islamistes a poussé plusieurs Egyptiens à conclure que la commission est manipulée par le conseil militaire au pouvoir, qui a promis de transférer la gestion du pays à une autorité civile après l’élection d’un nouveau président. Hazem Abu Ismail, un avocat devenu militant salafiste qui compte de nombreux partisans dévoués, aurait été exclu parce que sa mère, aujourd’hui décédée, aurait détenu la double citoyenneté égyptienne et américaine. En vertu de la nouvelle loi électorale égyptienne, un candidat, sa femme et ses parents ne peuvent détenir la citoyenneté d’un autre pays que l’Egypte. M. Abu Ismail s’est demandé pourquoi la commission n’avait pas publié les documents qui prouveraient que sa mère avait la citoyenneté américaine. «Je les mets au défi de publier tout document qu’ils ont», a-t-il dit en sortant de l’édifice de la commission électorale, après avoir déposé sa demande d’appel. Il a affirmé que les documents utilisés contre lui n’avaient pas de sceau officiel. «C’est un scandale politique et juridique. (…) Nous nous élèverons contre l’injustice et la tyrannie et nous n’accepterons jamais une décision illégale et inconstitutionnelle», a déclaré M. Abu Ismail. «Le conseil militaire et les Etats-Unis ne font qu’un!» ont scandé ses partisans devant l’édifice, faisant écho à l’allégation de M. Abu Ismail, qui pense que sa disqualification est le fruit d’une conspiration des pouvoirs intérieurs et étrangers. La candidature de Khairat el-Shater a été rejetée à cause de son dossier criminel. Comme plusieurs autres militants des Frères musulmans, il a été emprisonné sous le régime Moubarak, avant d’obtenir l’amnistie cette année. Selon ses avocats, cela signifie qu’il a le droit de se porter candidat. L’analyste Yousri Ezbawy, du Centre Al-Ahram sur les études politiques et stratégiques, estime que la commission électorale n’agit pas de façon transparente et n’est pas assez claire au sujet de ses décisions. «Il y a un manque de confiance envers le système et à cause de cela, personne ne comprend vraiment ce qui se passe», a affirmé M. Ezbawy. Selon lui, la commission électorale obéit probablement aux ordres des généraux qui ont pris le pouvoir après le renversement d’Hosni Moubarak. «C’est un geste politique d’exclure Hazem Abu Ismail de la course et d’ouvrir la voie au candidat du conseil», a-t-il dit, en référence au Conseil suprême des forces armées qui dirige le pays. Malgré leur promesse de remettre le pouvoir aux civils, les généraux veulent que le ministère de la Défense et son budget soient exclus du contrôle civil. Pour cela, il auront probablement besoin d’un candidat docile. D’après M. Ezbawy, le candidat favori des militaires est probablement Amr Moussa, ancien ministre des Affaires étrangères de Moubarak et ancien secrétaire général de la Ligue arabe. Mais d’autres experts estiment que le candidat des militaires est Omar Suleiman, qui a été chef du renseignement et vice-président sous Moubarak. Sa disqualification de la course a donc été une surprise. M. Suleiman a envoyé l’un de ses collaborateurs faire appel de la décision dimanche. L’équipe de M. Suleiman affirme qu’il a été disqualifié à cause d’un problème dans la compilation des signatures de citoyens qui l’appuient. Cela signifie qu’il a peu de chances de remporter son appel puisqu’il ne peut soumettre de nouvelles signatures.
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