Gaza : Le Hamas contre les humanitaires (Arte)

Jour après jour, Gaza subit l’influence du Hamas, qui règne en maître absolu sur l’étroit territoire depuis cinq ans, jour pour jour. Les islamistes ont notamment imposé des «campagnes de la pudeur», obligeant les femmes à porter des tenues «décentes» et organisé des centres aérés coraniques durant l’été. Ils se sont aussi rendus coupables de tortures contre des militants du Fatah et ont muselé l’ensemble des médias. Et depuis plusieurs mois, ce sont les ONG qui font les frais du Hamas, celles qui refusent de se plier aux règles du pouvoir islamiste doivent plier bagage. Des médecins français au chevet des Gazaouis Au lendemain du conflit sanglant entre Israël et Gaza, en janvier 2009, Régis Garrigue, un médecin lillois, président de l’ONG française Help Doctors se précipite au chevet de la population gazouïe. Les besoins sont énormes, mais au-delà des blessures liées directement à la guerre, Help Doctor soigne aussi les malades chroniques et les diabétiques. L’ONG ouvre une clinique à Khan Younès, dans le sud de Gaza. « A cause d’un manque de dépistage et de prévention, le diabète fait plus de morts que les balles à Gaza », nous apprend Régis Garrigue. « Bien souvent les Palestiniens se rendent compte de leur maladie lorsqu’ils deviennent aveugles ». Son équipe, composée essentiellement de personnel soignant palestinien, lance alors des campagnes de prévention, donne des centaines de consultations, administre des traitements de pointe. Plutôt délaissée par les organisations humanitaires qui se concentrent à Gaza ville, la population est ravie. En un an, la clinique accueille 6500 patients et fait vivre directement ou indirectement plus de 150 personnes à Khan Younès. Le Hamas contre les humanitaires Mais le dévouement des médecins de Help Doctors et de l’équipe palestinienne embauchée par l’ONG, a dû paraître suspect aux dirigeants du Hamas. Au bout de quelques mois d’activité, l’ONG s’est trouvée confrontée à une série de tracasseries administratives. Les contrôles bureaucratiques tournent rapidement au harcèlement et Régis Garrigues doit se rendre à l’évidence : les islamistes ne veulent pas de son organisation à Gaza. « Il est pourtant aberrant de priver de soins une population déjà privée de soins par le blocus israélien », déplore-t-il. « Le Hamas se fichait complètement du sort de nos patients », complète Jamal Aïd, le directeur de la clinique. Non content d’empêcher les médecins de travailler, le Hamas a saisi 60 000 euros de matériel médical dont l’ONG a perdu la trace. Et le Ministre de la santé a obstinément refusé de rencontrer Régis Garrigue. Depuis, le médecin est rentré à Lille. Il reviendra à Gaza lorsque le Hamas l’y autorisera… Les compromis des humanitaires Actuellement, des équipes de Médecins du Monde et de Médecins Sans Frontières subsistent à Gaza. Mais pour travailler, Régis Garrigue affirment quelles doivent se contenter de répondre aux demandes du Ministère de la Santé du gouvernement islamiste. Devenir de simples opérateurs en somme. « Nous travaillons en bonne intelligence avec les autorités », assure pour sa part Jean-Luc Lambert, chef de mission de MSF pour les territoires palestiniens. « Notre notoriété mondiale et notre ancienneté à Gaza nous permet de rester. Nous avons maintenu deux cliniques sur quatre à Gaza car les besoins sont moins importants qu’avant. Et nous nous gardons bien entendu de faire de la politique ». «Une logique de parti unique se met en place à Gaza », indique Issam Younis, directeur général d’Al-Mezan, un centre de défense des droits de l’homme. « Le Hamas peut s’opposer aux ONG pour plusieurs raisons. Soit parce quelles ne correspondent pas à sa définition de la morale, soit parce quelles sont proches du Fatah, soit par pur arbitraire. Pour être honnête, je dois dire que je ne sais pas bien les contours de cette politique puisque certaines organisations comme la nôtre ne sont pas inquiétées ». Les ONG étrangères ne sont pas les seules visées Si elle est sans doute la plus coûteuse humainement et financièrement, la mésaventure de Help Doctors, n’est malheureusement pas exceptionnelle à Gaza. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, le Hamas aurait fermé autoritairement 200 ONG au cours de ces derniers mois. Les étrangers ne sont pas les seuls à faire les frais de cette reprise en main. Fin novembre, Sharek une ONG palestinienne avait défrayé la chronique en publiant un manifeste qui disait notamment « Nous sommes emprisonnés par Israël, brutalisé par le Hamas et complètement ignorés par la communauté internationale ». Il est rarissime que les Palestiniens mettent sur le même plan l’ennemi israélien et le Hamas. L’ONG a aussitôt été interdite par le parti islamiste. Le Hamas refuse de recevoir des leçons de démocratie Interrogé sur les fermetures d’ONG, le Hamas nie tout autoritarisme et invoque son droit souverain à diriger comme il l’entend le territoire de Gaza. « Nous pouvons faire certaines erreurs, comme dans tous les pays », concède Muhammad Totah, un député du parti islamiste, « mais beaucoup d’autres ONG continuent de fonctionner à Gaza. Avant de parler de démocratie, l’Europe et les Etats-Unis devraient d’abord expliquer pourquoi ils ne respectent pas le choix du peuple palestinien. Nous avons été élus démocratiquement il y a cinq ans et jusqu’à présent l’Occident refuse toujours de traiter avec nous ». Cinq ans après la victoire du Hamas aux législatives, le 25 janvier 2011, la perspective d’un nouveau processus électoral paraît plus éloignée que jamais dans les territoires palestiniens. Car la Judée et Samarie et Gaza forment désormais deux entités bien distinctes, tenues d’un côté par le Fatah, de l’autre par le Hamas. Et malgré de multiples tentatives de médiation, les deux frères ennemis palestiniens sont toujours irréconciliables

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