Caroline Glick – La fantasmagorie pragmatique

Caroline Glick – La fantasmagorie pragmatique

Jerusalem Post 28/01/2011 – Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

« L’immense animosité de la rue arabe envers Israël amène les pragmatiques à argumenter que la meilleure position d’Israël est de mettre fin aux accords avec les dictateurs ».

Aujourd’hui, le régime égyptien fait face à la plus grave menace depuis l’assassinat d’Anouar Sadate il y a 30 ans. Alors que les protestataires descendent dans les rues pour le troisième jour consécutif en exigeant le renversement du Président Hosni Moubarak âgé de 82 ans, il est bon d’envisager les alternatives à son régime.

 

Jeudi après-midi, le candidat putatif Mohamed el Baradei, ancien chef de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique de l’ONU (AIEA), est revenu de Vienne en Autriche pour participer aux manifestations contre le régime.

Comme chef de l’AIEA, el Baradei a protégé le programme d’armement nucléaire de l’Iran par rapport au Conseil de Sécurité.

De manière répétée, il a ignoré les preuves démontrant que le programme nucléaire de l’Iran était militaire plutôt qu’un programme d’énergie civile. Quand la preuve est devenue trop flagrante pour l’ignorer, el Baradei a continué d’œuvrer contre des sanctions significatives au Conseil de Sécurité de l’ONU ou d’autres actions contre l’Iran, et il a de façon indécente mis en équivalence le programme nucléaire supposé d’Israël avec celui de l’Iran.

Ses actes lui ont gagné le soutien du régime iranien qu’il continue de défendre. La semaine dernière, il a écarté la menace d’un Iran doté de l’arme nucléaire, déclarant à l’agence de presse autrichienne : « Il y a beaucoup de battage dans cette affaire », et affirmant que ‘l’Evaluation Nationale du Renseignement’ des USA, discréditée en 2007, déclarant que l’Iran avait abandonné son programme d’armes nucléaires en 2003, demeurait exacte.

Le soutien d’el Baradei aux ayatollahs iraniens rejoint son soutien aux ‘Frères Musulmans’.

Ce groupe, qui forme le mouvement d’opposition au régime de Moubarak le plus important et le mieux organisé, est le géniteur du Hamas et d’al Qaïda. Il recherche la transformation de l’Egypte en un régime islamique qui se tiendra à l’avant-poste du jihad mondial. Dans les années récentes, les ‘Frères Musulmans’ ont été de plus en plus attirés dans le réseau iranien avec le Hamas. Les avocats des ‘Frères Musulmans’ ont représenté les terroristes du Hezbollah, arrêtés en Egypte en 2009 pour complot destiné à mener des attaques spectaculaires afin de détruire le régime.

El Baradei a été le champion des ‘Frères Musulmans’. Cette semaine justement, il a donné un entretien au magazine ‘Der Spiegel’, y défendant le mouvement jihadiste. Comme il l’a formulé : « Nous devrions cesser de diaboliser les ‘Frères Musulmans’… [Ils n’ont commis aucun acte de violence en cinq décennies. Eux aussi veulent le changement. Si nous voulons la démocratie et la liberté, nous devons les inclure au lieu de les marginaliser ».

Les ‘Frères Musulmans’ pour leur part ont soutenu les aspirations politiques d’el Baradei. Jeudi, ils ont annoncé qu’ils manifesteront aux côtés d’el Baradei le lendemain.

Ensuite il y a le mouvement ‘Kifaya’. Le groupe est apparu sur l’écran radar international en 2004 quand il exigea des élections présidentielles ouvertes et appela Moubarak à ne pas se présenter pour un cinquième mandat. Comme groupe d’intellectuels déclarant soutenir des normes démocratiques et libérales, ‘Kifaya’ a été soutenu comme modèle de la façon dont pourrait apparaître le futur de l’Egypte si des forces libérales avaient la liberté de diriger.

Mais les racines de ‘Kifaya’ et son idéologie fondamentale ne sont pas libérales. Elles sont antisémites et anti-américaines.

Kifaya a été formé comme mouvement de protestation contre Israël dès le début de la guerre de terrorisme palestinien en 2000. Il s’est renforcé en mars 2003 quand il organisa des protestations de masse contre l’invasion dirigée par les USA en Irak. En 2006, sa campagne pour obtenir la signature d’un million d’Egyptiens exigeant l’abrogation du traité de paix avec Israël a reçu une attention internationale.

Beaucoup d’observateurs experts de l’Egypte ont mis en avant cette semaine que les protestataires n’ont aucune chance de faire tomber le régime de Moubarak. A l’opposé du renversement ce mois-ci du despote de Tunisie Zine El Abidine Ben Ali, ils déclarent qu’il y a peu de chance que l’armée égyptienne abandonne Moubarak.

Mais les mêmes observateurs sont prompts à le noter : quel que soit celui que Moubarak sélectionnera pour lui succéder, il ne sera pas le bénéficiaire d’un aussi puissant soutien de la sécurité d’Etat de l’Egypte. Comme la détresse des citoyens extrêmement appauvris en Egypte devient chaque jour plus aiguë, le régime deviendra de plus en plus instable. De fait, sa chute est presque aussi certaine qu’on peut l’être dans les affaires internationales.

Comme nous le voyons maintenant, tous ses successeurs potentiels, laïques ou islamistes, rejettent inconditionnellement le traité de paix de l’Egypte avec Israël ou bien devront leur pouvoir politique au soutien de ceux qui rejettent la paix avec l’Etat juif. Ainsi, que le régime égyptien tombe la semaine prochaine ou l’année prochaine, le traité de paix est condamné.

 

Depuis le début du processus de paix avec l’Egypte en 1977, les partisans de la paix avec les Arabes se sont toujours situés dans deux groupes : les idéalistes et les pragmatiques.

Conduits par Shimon Peres, les idéalistes ont mis en avant que la raison du refus d’Israël par les Arabes est qu’Israël s’est emparé de « leur » terre pendant la guerre des Six Jours de 1967. Oubliez que la guerre a été la conséquence d’une agression arabe ou que ce n’était que la poursuite de la tentative arabe de détruire l’Etat juif qui commença officiellement avec l’établissement formel d’Israël en 1948. De la façon dont les idéalistes voient les choses, si Israël cédait seulement tout le territoire qu’il a gagné pendant cette guerre, les Arabes seront apaisés et accepteront Israël comme un membre ami et naturel de la famille des nations du Moyen Orient.

Peres était tellement énamouré de cette opinion qu’il a écrit “Le Nouveau Moyen Orient” et promit que quand toute la terre serait rendue, Israël rejoindrait la Ligue Arabe.

Suivant l’absurdité de leurs déclarations, les idéalistes n’ont jamais été capables de gagner le soutien des masses sur leurs positions. Si cela n’avait dépendu que d’eux, Israël ne serait jamais parvenu à la paix. Mais heureusement pour les idéalistes, ils ont pu se reposer sur le soutien inébranlable des pragmatiques peu romantiques pour exécuter leur programme.

A l’opposé des idéalistes qui s’émerveillent de tout, les soi-disant pragmatiques n’ont pas d’illusions sur le fait que les Arabes ne sont pas motivés par autre chose que la haine d’Israël, ou bien que leur haine prendra fin certainement dans un avenir prévisible. Mais tout de même, argumentent-ils, Israël doit céder.

C’est l’animosité immense de la “Rue Arabe” envers Israël qui amène les pragmatiques à mettre en avant que le meilleur jeu pour Israël est de passer des accords avec des dictateurs arabes qui dirigent d’une poigne de fer. Depuis qu’Israël et les despotes arabes partagent la peur des masses arabes, les pragmatiques déclarent qu’Israël doit abandonner toute la terre dont il a pris le contrôle comme récompense à ces régimes, qui en échange signeront des traités de paix.

C’était la logique qui amena Israël à céder à l’Egypte la péninsule du Sinaï stratégiquement inestimable en échange de l’accord de Camp David qui ne survivra pas à Moubarak.

Et bien sûr, rendre le Sinaï n’a pas été le seul pas fait par Israël pour ce document presque défunt. Israël a aussi restitué son monopole régional des plateformes militaires des USA. Israël a accepté qu’en échange de la signature de l’accord, les USA commenceraient de fournir une aide militaire massive à l’Egypte. De fait, il a accepté de lier l’aide des USA à Israël à l’aide des USA à l’Egypte.

 

En raison de l’aide des USA, l’armée égyptienne d’aujourd’hui fait apparaître l’armée d’Israël presque vaincue en 1973 comme une bande d’hommes des cavernes. L’Egypte possède près de 300 F-16. Son principal char de combat est le M1A1 qu’elle produit en Egypte. Sa marine est la plus importante de la région. Son armée a deux fois la taille de Tsahal. Ses forces de défense aériennes constituent une menace massive pour les forces aériennes d’Israël. Et bien sûr, les missiles balistiques et les armes chimiques qu’elle a achetés auprès des émules de la Corée du Nord et de la Chine lui confèrent une capacité de destruction massive sans contrepartie.

Malgré sa force, du fait de la profondeur de la haine populaire arabe à l’encontre d’Israël et des Juifs, le régime égyptien a été affaibli par son traité de paix.

En partie pour calmer ses opposants et en partie pour tester le pouvoir israélien, l’Egypte a été le meneur incontesté de la guerre politique contre Israël qui fait rage dans les arènes internationales à travers le monde. De même, Moubarak a permis et même encouragé un antisémitisme de masse a travers toute la société égyptienne.

Avec ce bilan comptable à la fin de « l’ère de la paix » entre Israël et l’Egypte, il est loin d’être clair si Israël a eu raison de signer l’accord en premier lieu. A la lumière de la longévité relative du régime, il y a certainement du sens d’avoir passé in accord avec l’Egypte. Mais il est clair que le prix payé par Israël a été outrageusement gonflé et malavisé.

A l’opposé du régime égyptien, comme le tollé suivant la publication par al Jazeera des documents des négociations palestiniennes le montrent cette semaine, l’Autorité Palestinienne (AP) dirigée par le Fatah est aussi faible qu’elle peut l’être. Itzhak Rabin, le parrain du camp pragmatique, est bien connu pour avoir défendu que Yasser Arafat et le Fatah prendraient en main la haine d’Israël par la rue palestinienne, « sans la Cour Suprême ni B’Tselem ».

 

C’est dire qu’il argumentait qu’il était sensé de céder des quantités massives de territoire critiques au plan stratégique à une organisation terroriste parce que Arafat et ses associés réprimeraient leur peuple d’une poigne de fer, sans la contrainte du respect de la loi et des organisations palestiniennes des droits de l’homme.

Et pourtant, le fond de l’affaire est qu’Arafat a ordonné la guerre terroriste contre Israël, qui commença en 2000 et transforma la société palestinienne en une société jihadiste dont la population porta le Hamas à sa tête par l’élection.

 

Les documents palestiniens fuités ne nous disent pas grand-chose que nous ne connaissions déjà sur la nature des négociations entre Israël et le Fatah. Les Palestiniens exigeaient que le fondement des pourparlers intégrât que les territoires disputés leur appartenaient vraiment. Et sans raison particulière, Tzipi Livni et Ehud Olmert donnèrent leur accord à ces positions de référence sans aucune justification historique.

Comme c’était bien connu, en publiant ces documents, al Jazeera a encore donné deux contributions importantes au débat publique.

D’abord, la réaction paniquée de l’AP à ces documents démontre le ridicule de la notion que les émules de Mahmoud Abbas, Saeb Erekat et Salam Fayyad sont des partenaires fiables pour la paix.

 

Non seulement ils ne disposent pas du pouvoir de maintenir un accord de paix avec Israël, mais encore ils ne disposent pas du pouvoir de signer un accord de paix avec Israël. Tout ce qu’ils peuvent, c’est faire du bavardage – loin des caméras – au sujet de concessions marginales et hypothétiques dans une paix qui ne sera absolument jamais accessible. La notion qu’Israël devrait accorder le moindre prix à un accord avec ces nullités est complètement ridicule.

Les papiers d’al Jazeera démontrent aussi la folie de Livni.

Au moment où elle se refusait à reconnaître la faiblesse inhérente de l’Etat libanais quand elle se fit la championne de la Résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l’ONU qui appelait l’armée libanaise dominée par le Hezbollah à se déployer le long de la frontière avec Israël à la fin de la Guerre de 2006, de la même façon Livni ne parvint pas à comprendre la signification de la faiblesse inhérente du Fatah alors qu’elle négociait la cession du Gush Etzion et de Har Homa.

Et elle n’avait pas besoin de la campagne d’al Jazeera contre l’AP pour comprendre qu’elle parlait à des gens qui ne représentent personne. Ce fait fondamental a déjà été prouvé par la victoire du Hamas aux élections de 2006.

Les réalités dévoilées par les évènements convulsifs du mois passé montrent clairement qu’Israël vit dans un horrible voisinage. C’est un environnement où la démocratie populaire signifie la guerre contre Israël.

Dans un tel voisinage, ce n’est pas être pragmatique que de céder. C’est être dingue.

 

caroline[at]carolineglick.com

Lire l’article original en anglais sur Jerusalem Post

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1 comment

  1. Akerman Michel Netanya

    Caroline a encore une fois raison.
    Aucune négociation n’est susceptible d’apporter aujourd’hui à Israël la certitude qu’Israël sera DEFINITIVEMENT reconnu comme l’état des Juifs par le monde musulman et que la Paix est possible.
    Alors ne négocions PAS ! A part le départ des palestiniens vers la Transjordanie et autres pays d’où ils sont venus au début du siècle dernier, qu’y a-t-il à négocier ?
    Y avait-il un état palestinien quand l’Egypte et la Transjordanie ont envahi la bande de Gaza, la Judée, la Samarie et Jérusalem Est ?
    Qui a attaqué Israël sinon ceux qui aujourd’hui ne retrouve une unité que CONTRE notre pays.
    On répète toujours les mêmes choses car RIEN n’a changé, il suffit de lire les chartes du Hamas et du Fatah et de lire la presse arabe et musulmane.
    Ce ne sont pas les pressions sur Israël d’Hussein Obama, soutenu par la lâcheté européenne, qui y changeront quoi que ce soit et ce qui se passe aujourd’hui dans les dictatures qui nous entourent prouve que nous avons raison.
    Merci Caroline de le rappeler, pourvu que nos dirigeants te lisent !

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