Charles Krauthammer – Vers un atterrissage en douceur en Egypte

Charles Krauthammer – Vers un atterrissage en douceur en Egypte

Washington Post , 4 Février 2011

Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

Qui n’apprécie pas une révolution démocratique ? Qui n’est pas ému par la renonciation à la peur et la demande de dignité dans les rues du Caire et d’Alexandrie ?

L’euphorie mondiale qui a accueilli le soulèvement égyptien est compréhensible. Toutes les révolutions sont délicieuses les premiers jours. Le roman d’amour pourrait être pardonné s’il s’agissait de Paris en 1789. Mais ce n’est pas le cas. Dans les 222 années écoulées, nous avons appris comment ces choses peuvent se terminer.

Le réveil égyptien porte la promesse et l’espérance et bien sûr mérite notre soutien. Mais seul un enfant peut croire qu’un résultat démocratique soit inévitable. Et seul un optimiste couvert d’œillères croit qu’il s’agit du résultat le plus probable.

Oui, la révolution égyptienne a une large base. Mais il en était de même des révolutions française, et russe et iranienne. De fait en Iran, la révolution n’a réussi – les mollahs s’étaient opposés au Shah de longue date – que quand les marchands, les ménagères, les étudiants et les laïcs se sont unis pour le faire tomber.

Et qui a fini par garder le contrôle ? Les plus disciplinés, engagés impitoyablement et idéologiquement – les islamistes radicaux.

Voilà Pourquoi notre intérêt stratégique moral capital en Egypte est la vraie démocratie dans laquelle le pouvoir ne délègue pas à ceux qui croient en un homme, une voix, une seule fois. Ce serait le destin de l’Egypte si les ‘Frères Musulmans’ l’emportaient. Cela a été le destin de Gaza, désormais sous la férule brutale du Hamas, l’aile palestinienne des ‘Frères Musulmans’ cf. l’article 2 sur la convention de fondation du Hamas : https://avalon.law.yale.edu/20th_century/hamas.asp

De sages analystes occidentaux nous disent de ne pas nous soucier des ‘Frères’ parce qu’ils ne contrôlent qu’environ 30 % des suffrages. Est-ce une consolation ? Dans un pays où l’opposition démocratique laïque est faible et divisée après des décennies de persécution, tout parti islamiste contrôlant un tiers des voix dirige le pays.

Des élections auront lieu. L’objectif principal des USA est de guider une période de transition qui donne une chance aux démocrates laïques.

Le Parlement de Moubarak n’existe plus. Il a 82 ans, il est vilipendé et ne se présentera pas à sa réélection. La seule question est : Qui comblera le vide ? Il y a deux possibilités principales : un gouvernement provisoire de forces de l’opposition, possiblement conduit par Mohamed el Baradei, ou bien un gouvernement intérimaire dirigé par l’armée.

El Baradei serait un désastre. Comme chef de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), il en fait plus que quiconque pour rendre possible le bombe nucléaire de l’Iran, couvrant les mollahs pendant des années. (Dès qu’il a quitté son poste, l’AIEA a publié un rapport étonnamment dur, franc et direct, sur le programme).

Pire, el Baradei a fait alliance avec les ‘Frères Musulmans’. Une telle alliance est grossièrement inégale. Les ‘Frères’ ont une organisation, une discipline et un soutien large. En 2005, ils ont obtenu environ 20 % des sièges parlementaires. El Baradei ne dispose d’aucun électorat propre, d’aucune base politique, d’aucun antécédent politique en Egypte.

Il a vécu à l’étranger pendant des décennies. Il peut moins prétendre à une résidence en Egypte que Rahm Emanuel n’en a à Chicago. Un homme sans base électorale allié à un parti politique puissant et fortement organisé n’est rien d’autre qu’un porte-parole et une figure de proue, un idiot utile dont les ‘Frères’ se passeront quand ils cesseront d’avoir besoin d’un homme de paille cosmopolite.

L’armée égyptienne, de l’autre côté, est l’institution la plus stable et la plus importante du pays. Elle est d’orientation occidentale et légitimement suspicieuse à l’encontre des ‘Frères’. Et elle est largement respectée, véhiculant le prestige du ‘Mouvement des Officiers Libres’ de 1952 qui renversa la monarchie et de la Guerre d’Octobre 1973 qui restaura la fierté égyptienne ainsi que le Sinaï.

L’armée est le meilleur véhicule pour guider le pays vers des élections libres dans les mois à venir. Qu’elle le fasse avec Moubarak au sommet, ou avec le vice-président Omar Suleyman ou peut-être avec quelque technocrate qui ne soulève pas la colère des manifestants, cela nous importe peu. Si l’armée fait le calcul que le sacrifice de Moubarak (en l’exilant) satisfera l’opposition et mettra fin à l’agitation, ainsi soit-il !

L’objectif primordial est une période de stabilité pendant laquelle les laïques et d’autres éléments démocratiques de la société civile pourront s’organiser pour les élections à venir et prévaloir. El Baradei est une menace. Moubarak partira d’une façon ou d’une autre. La clé, c’est l’armée. Les Etats Unis doivent en faire le moins possible publiquement et tout faire derrière le rideau pour aider l’armée à accoucher – puis garantir, ce qui est encore une chose à longue distance : une démocratie égyptienne.

letters[at]charleskrauthammer.com

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