Caroline Glick – La défaite déprimante de Yoav Galant

Jerusalem Post 07/02/2011 Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

La confraternité juridique a décidé de s’immiscer et de nous donner à tous une leçon abjecte sur l’état de la démocratie israélienne alors que de nouvelles menaces militaires se multiplient aujourd’hui.

 

Alors que les menaces contre Israël montent de toutes parts, le poste de chef d’Etat Major Général de Tsahal devient toujours plus concurrentiel.

En tête de liste des menaces, l’Iran. Alors qu’il est apparemment vrai que le virus informatique Stuxnet continue de faire des ravages sur le programme nucléaire de l’Iran, il est vrai aussi que l’Iran continue d’aller de l’avant, malgré tous les obstacles.

Les experts sont d’accord sur le fait que d’ici un à quatre ans, si l’Iran n’est pas stoppé, il deviendra une puissance nucléaire.

En plus de son programme d’armement nucléaire, l’Iran continue d’étendre son réseau d’influence et de contrôle sur la région. Sa toute dernière acquisition coloniale – le Liban a désormais rejoint Gaza et la Syrie comme marionnette iranienne.

Puis il y a l’Egypte. Le dictateur en chef de l’Iran Khamenei” target=”_blank” class=”external external_icon” rel=”nofollow”>Ali Khamenei a passé les deux dernières semaines depuis le début des manifestations anti-régime en Egypte, à fanfaronner que les troubles démontrent que l’étoile de l’Iran se lève. Le « réveil islamique » qui a prêté l’oreille à la révolution iranienne en 1979 se déploie devant nos yeux, dit-il.

Et il existe un ensemble de preuves qui suggère que Khamenei se prépare à quelque chose. Dans un entretien au service persan de la BBC dimanche soir, Kamal al-Halbavi, membre de haut niveau des ‘Frères Musulmans’ d’Egypte, a exprimé l’espoir que l’Egypte aura un « bon gouvernment, comme le gouvernement iranien, et un bon président, comme M. Ahmadinejad” target=”_blank” class=”external external_icon” rel=”nofollow”>Mahmoud Ahmadinejad, qui est très brave ».

Dimanche, le vice-président égyptien, Omar Souleymane a conduit des pourparlers avec des représentants des ‘Frères Musulmans’. Grâce au soutien du gouvernement Obama à la confraternité, le mouvement totalitaire islamique hors la loi est aujourd’hui considéré comme une force politique légitime dans l’Egypte de l’après Moubarak.

Le soutien du gouvernement Obama à ce groupe contre le président égyptien Hosni Moubarak souligne le troisième grand défi à la sécurité auquel Israël est confronté aujourd’hui. Tsahal devra maintenant développer une doctrine de bataille prenant en compte l’abandon apparent par les USA de la raison stratégique.

Des développements politiques en Egypte, ainsi que le sabotage du gazoduc de gaz naturel de l’Egypte vers Israël à el-Arish, montrent que le front Sud est de nouveau actif après 30 ans. Tsahal doit se préparer à une guerre conventionnelle potentielle dans le Sud et le Nord. L’armée de défense d’Israël devra réapprendre à mener une guerre dans le désert. De nouveaux systèmes d’armes devront être développés et fournis. Des soldats devront recevoir une formation élargie.

L’armée régulière devra être largement accrue. Le budget militaire devra augmenter massivement. Les ressources du renseignement, déjà élargies, devront être significativement augmentées et adaptées pour répondre à de nouveaux enjeux.

En bref, les manières de Tsahal d’envisager la guerre, de planifier la guerre, de former pour la guerre et de mener la guerre devront toutes changer.

A la lumière de ces redoutables défis, le prochain chef d’Etat Major de Tsahal devra avoir l’attitude d’un révolutionnaire pour guider Tsahal à travers ce changement massif, et ordonner cela au cours de batailles complexes et peut-être existentielles.

Malheureusement, les chances d’élever un tel commandant en chef ont pris un coup la semaine dernière quand le Procureur Général Yehuda Weinstein a décidé d’obliger le gouvernement à annuler sa décision de nommer le Major Général Yoav Galant pour remplacer le chef d’Etat Major Général sur le départ le Rav Alouf Gabi Ashkenazi mardi prochain.

 

Galant était le commandant en chef que le Premier ministre Netanyahou” target=”_blank” class=”external external_icon” rel=”nofollow”>Benyamin Netanyahou et le ministre de la défense Ehud Barak souhaitaient voir à la tête de Tsahal cette fois-ci. Par sa réputation d’intrépidité, d’innovation et de détermination à gagner les guerres, la nomination de Galant paraissait raisonnable.

C’était particulièrement vrai face à l’aversion évidente d’Ashkenazi à user de la force. Ashkenazi a tiré une grande fierté de son refus constant de préparer Tsahal à lancer une frappe préventive contre les installations nucléaires de l’Iran contre les vœux exprimés par Netanyahou et Barak.

Ashkenazi a confirmé son commandement de Tsahal pendant l’Opération Plomb Durci comme modèle de l’utilisation effective de la force limitée. La véracité de cette déclaration est une question ouverte. En l’occurrence, Ashkenazi a envoyé la moitié de l’armée à Gaza et quand ils se replièrent, ils repartirent sans Gilad Schalit. De plus, ils laissèrent le Hamas toujours fermement aux commandes de la frontière internationale avec l’Egypte.

La profondeur de la participation d’Ashkenazi dans la campagne pour discréditer Galant et torpiller sa nomination est inconnue, bien qu’il soit clair qu’il joua un rôle certain pour exalter cette sape contre Galant au moins initialement. Des gens proches de l’Etat Major insistent sur la détermination d’Ashkenazi à saborder la nomination de Galant, alors que la décision d’Ehud Barak d’écourter le mandat d’Ashkenazi fût motivée par des rivalités et une animosité personnelles. Les questions stratégiques ont joué au mieux un rôle secondaire.

Le dossier contre Galant n’a rien à voir avec ses talents militaires. Galant aurait pris possession d’une terre de l’Etat autour de sa ferme dans le moshav [ferme collective, NdT] Amikam, sans autorisation. En vérité, cela était faux.

Mais ses actes n’étaient apparemment pas des actes criminels. Comme tout un chacun, on aurait pu s’attendre à ce qu’il paie une amende administrative et soit peut-être obligé de restituer les terres à l’Etat dans l’état où il les avait trouvées.

Quand Ehud Barak choisit Galant comme prochain Commandant en chef de Tsahal, il fit l’hypothèse que la nomination irait à son terme malgré l’opposition d’Ashkenazi et la campagne des media pour discréditer Galant. C’est la prérogative du ministre de la défense de sélectionner le chef d’Etat Major Général. Netanyahou accepta le choix de Barak et le gouvernement l’approuva. La Commission Turkel, mise en situation de s’assurer que les plus hauts fonctionnaires sont compatibles avec leur charge, a trouvé que l’appropriation fautive par Galant de terres de l’Etat n’était pas un acte le disqualifiant et ils ont approuvé sa nomination.

 

Mais alors la confraternité judiciaire a décidé d’intervenir et de nous donner une leçon abjecte sur l’état de la démocratie israélienne alors que de nouvelles menaces militaires se multiplient à ce jour. La confraternité judiciaire a décidé de nous rappeler l’héritage du président en retraite de la Cour Suprême et ancien Avocat Général Aharon Barak.

Et ce n’est pas joli.

 

En 1986, alors juge adjoint, Aharon Barak donna son accord pour soumettre le règlement de la Haute Cour de Justice à la requête d’une exigence de Yehuda Ressler pour que le Cour annule les exemptions de service militaire accordées par le gouvernement aux étudiants de Yeshiva. Le demandeur n’avait aucun enjeu personnel dans le dossier. Et par conséquent, il n’avait aucune cause à défendre devant la Cour et s’était vu de ce fait refuser une audience.

Pourtant Aharon Barak donna son accord pour auditer le dossier. Puisque il prit une décision en faveur de l’Etat, soutenant le projet d’exemption des étudiants de yeshiva ; sa décision passa largement inaperçue. Mais le précédent qu’il posa était révolutionnaire.

Depuis lors, tout un chacun pouvait adresser une requête à la Cour sur tout sujet. Chacun avait une cause à défendre. Tout était digne de procédure. La Cour était soudain investie du pouvoir de dénoncer les nominations et les décisions du gouvernement, les ordres de Tsahal, et les lois de la Knesset.

Puisque la Cour Suprême peut décider des dossiers qu’elle entendra, et puisque les Juges à la Cour Suprême ont dans l’ensemble des opinions uniformes sur le monde, elle a utilisé son pouvoir usurpé pour donner forme à la direction politique et sociale d’Israël, pour intimider la Knesset jusqu’à la servilité, pour entraver les pouvoirs du gouvernement dans la conduite du pays, et pour limiter la capacité de Tsahal à défendre le pays.

 

Cet état des choses est ce qui a permis au Mouvement Vert – parti politique environnemental sans intérêt direct avec la ferme de Galant au Moshav Amikam – de déposer une requête à la Cour Suprême et d’exiger que sa nomination soit annulée du fait de son appropriation présumée fautive d’une terre d’Etat. Le fait même que la Cour Suprême ait donné son accord pour entendre la requête en priorité était une attaque contre le pouvoir gouvernemental.

Pourtant, puisque la question en jeu est administrative, et non pas criminelle, il n’est loin d’être sûr que la Cour Suprême ait eu à se prononcer contre la nomination de Galant.

Mais alors Weinstein décida qu’il n’était pas apte à défendre la nomination devant la Cour et point final.

Jusqu’à l’époque d’Aharon Barak, le travail du Procureur Général était d’être le conseiller juridique du gouvernement et de représenter ses décisions devant les Cours. Après la révolution juridique d’Aharon Barak cependant, le travail de Procureur Général devint l’équivalent de celui d’un Haut Commissaire Impérial. Plutôt que de fournir des conseils au gouvernement, le Procureur Général dit aujourd’hui au gouvernement ce qu’il est autorisé à faire. Au lieu d’apporter au Premier ministre le soutien juridique à ses décisions, le Procureur Général définit maintenant la loi qui s’accorde à ses propres préférences et à sa convenance personnelle et ainsi, il limite de manière erronée la capacité du gouvernement à diriger.

Weinstein a obligé le gouvernement à annuler la nomination de Galant la semaine dernière, non pas en déclarant que l’usage fautif de terre gouvernementale par Galant était illégal. Weinstein refusa de défendre Galant contre la requête du Mouvement Vert parce qu’il déclara qu’il avait des « problèmes éthiques » pour défendre le dossier.

Avant la révolution juridique d’Aharon Barak, Weinstein n’aurait jamais imaginé d’agir comme un arbitre éthique du pouvoir gouvernemental. Et comme la décision de la Cour Suprême d’auditionner le dossier du Mouvement Vert, la décision de Weinstein de ne pas défendre la nomination de Galant a été une attaque directe contre le fondement du système démocratique d’Israël.

L’abus de pouvoir inhérent à l’action de Weinstein a été démontré dans toute son horrible ironie dimanche quand les media ont révélé que Weinstein lui-même est l’objet d’une enquête criminelle pour l’emploi illégal d’un travailleur étranger à son domicile. Comme le mésusage de la terre d’Etat par Galant, la décision de Weinstein d’engager un travailleur étranger pour entretenir sa maison ne fait pas de lui un criminel.

Cela le rend humain. Chacun commet de erreurs.

La conviction de Weinstein qu’il a le droit de servir comme Procureur Général malgré son manquement éthique alors que Galant devrait se voir refuser le droit de servir comme Commandant en Chef de l’Etat Major Général du fait de sa défaillance éthique nous indique que, comme ses collègues de la confraternité judiciaire, Weinstein s’est commis dans un comportement profondément préjudiciable. Si chacun est coupable de quelque chose, alors en trouvant Galant inadapté au service, Weinstein a utilisé un double standard inéquitable.

C’est cette injustice fondamentale et cette discrimination qui est au fondement de la révolution judiciaire d’Aharon Barak. Parce que si chacun a une cause à défendre, et si tout est digne d’une procédure, alors par définition, décider qui aura une audition et ce qui sera jugé implique l’utilisation de doubles standards préjudiciables. Seuls des critères clairs selon une norme juridique et une assignation judiciaire empêchera la détérioration de l’application de la loi en une férule d’avocats.

Dans ce qui devrait être considéré comme une démonstration scandaleuse de lâcheté, Netanyahou et Ehud Barak ont docilement accepté la décision de Weinstein et débarqué Galant. A sa place, ils ont nommé le Major Général Benny Gantz comme futur Chef d’Etat Major Général. Gantz a la réputation d’être un Commandant dénué d’imagination et doté d’une aversion pour le risque.

Dans le même temps, la nomination de Gantz est aussi mise en cause par la Cour Suprême. La famille du soldat Mahdat Youssef, tombé au champ d’honneur, mort à Naplouse en 2000 sous le commandement de Gantz déclare que celui-ci se comporta mal pendant la bataille et devrait être disqualifié pour servir comme chef d’Etat Major. Les problèmes légaux impliqués sont, disons le franchement, inconnus. Mais faites confiance aux Juges. S’ils pensent que cela servira leurs intérêts d’empêcher Gantz de servir, ils auditionneront la requête.

 

Quelque part hors d’ici, les ennemis d’Israël rient à gorge déployée.

 

 

caroline[at]carolineglick.com

Lire l’article original en anglais sur Jerusalem Post

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