Le Liban à la veille de l’élection du Patriarche maronite : il n’est pas interdit d’espérer

Dans quelques minutes, mercredi soir, les évêques maronites entrent en conclave, à Bkerké, siège du Patriarcat maronite. Après une retraite spirituelle, ils doivent élire le prochain Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient. Les Maronites retiennent leur souffle et attendent avec appréhension de connaitre l’identité du futur chef de leur Eglise. Le synode épiscopal qui débute ce 9 mars doit aboutir au choix du 77ème Patriarche, qui doit porter le flambeau allumé par Saint Jean-Maroun (Youhanna Maroun), moine maronite et évêque de Batroun et du Mont-Liban, premier Patriarche d’Antioche, en l’an 685. Cette indépendance par rapport à Constantinople a suscité la colère de l’Empire qui a envoyé une expédition militaire. Youhanna Maroun réussit à échapper à l’armée de Byzance, se réfugiant dans la montagne libanaise. Les Maronites ont résisté, infligeant à l’armée byzantine une cuisante défaite en 694. L’élection du premier Patriarche et la victoire militaire ont consacré officiellement l’Eglise maronite et la naissance de la Nation maronite. Cette histoire a marqué la conscience collective des Maronites, qui ont fait face, à tour de rôle, aux invasions étrangères, arabes, perses, ottomanes, croisades… Mais paradoxalement, cette succession de tragédies leur a toujours servi de levier pour rebondir et retrouver leur indépendance. L’histoire récente nous enseigne que le Liban actuel a été fondé dans les années 1920-1940 essentiellement grâce à l’Eglise Maronite qui fut le pilier de l’indépendance. Plus récemment, en septembre 2000, c’est le Patriarche Nasrallah Sfeïr qui avait rappelé les fondements de l’Eglise, et qui avait donné le coup d’envoi de la Révolution du Cèdre, ou la deuxième indépendance du Liban. Dans des propos publiés aujourd’hui, le Patriarche sortant affirme ne pas regretter son refus de se rendre en Syrie, reconnaissant de facto que la campagne de dénigrement dont il fut l’objet depuis 2000 est due à ce refus. Le choix de son successeur est de ce fait capital pour l’avenir des Maronites et du Liban souverain. La communauté est en effet divisée entre les opportunistes et les résistants. Les premiers, qui se sont rapprochés de leurs geôliers syriens, et qui revendiquent le statut de ” Chrétiens Arabes “, par opposition aux ” Chrétiens d’Orient “, et qui avaient longtemps critiqué et attaqué le Patriarche, tentent d’imposer un successeur docile. Les résistants, qui s’accrochent aux acquis de la Révolution du Cèdre et à l’indépendance du Liban, espèrent retrouver un Patriarche capable de poursuivre l’œuvre de ses 76 prédécesseurs, de défendre la souveraineté, d’assumer l’histoire et de préparer l’avenir. Dans ce climat, les paroisses maronites au Liban et dans la diaspora ont organisé des veillées de prières, mardi soir, pour implorer le Saint Esprit et lui demander d’accompagner les prélats dans leur synode et de leur permettre de choisir le meilleur parmi eux pour être le prochain Patriarche. Il n’est en effet pas interdit d’espérer. Le miracle peut se produire à tout moment. Pourvu que le prochain miracle puisse sauver le Liban et protéger son indépendance et sa souveraineté face aux fauves qui l’entourent. Pour rappel, cliquez ici pour lire comment la Syrie a tenté de soumettre le Patriarche et ici pour lire comment les mauvaises herbes n’atteignent jamais la cime du cèdre millénaire Khaled Asmar © .

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