Charles Krauthammer – ‘Feu croisé’ libyen

Adaptation française de Sentinelle 5772 ©

Vous aviez déjà la contrepartie mexicaine, la roulette russe, la torture chinoise de la goutte d’eau. Et désormais, vous avez le feu croisé libyen. C’est quand un pistolet est appliqué sur la tête et qu’une balle traverse d’une tempe à l’autre.

C’est apparemment ce qui est arrivé à Mouammar Khaddafi après sa capture par les rebelles libyens – mort dans un ‘feu croisé’, explique le nouveau gouvernement libyen. Cela a grandement agité les types de l’ACLU (L’Union des Libertés Civiles Américaines, NdT), moralement désoeuvrés depuis qu’une administration Démocrate a déclaré que Guantanamo est humaine. L’indignation s’est répandue aux groupes de droits de l’homme et aux gouvernements occidentaux, profondément soucieux du mode de décès de Khaddafi.

Commençons par le commencement. Au début de la révolution, Khaddafi aurait pu avoir un procès en règle. De fait, il aurait pu avoir quelque chose de mieux : l’asile (au Nicaragua par exemple) avec un sauf–conduit pour ses crimes. S’il acceptait de céder le pouvoir, évitant ainsi la guerre civile consécutive qui fit des milliers de morts parmi ses compatriotes, il aurait pu jouir d’une grasse retraite agréable, comme celle d’Idi Amin Dada en Arabie saoudite.

Comme Amin, Khaddafi n’aurait pas enduré un seul jour de repos troublé. Un tel résultat aurait été en lui–même une violation grossière de la justice, puisqu’il serait resté impuni pour ses crimes innombrables. Mais cela aurait épargné à son pays un bain de sang et des souffrances bien plus grands.

De tels compromis sont pleinement justifiés et plutôt courants. Ils sont, par exemple, l’essence des diverses commissions ’Vérité et Réconciliation’ dans des pays en transition de l’autoritarisme à la démocratie. Dans le Chili de l’après Pinochet et l’Afrique du Sud de l’après apartheid, il fut décidé que la justice totale – punissant la culpabilité – serait sacrifiée de façon à préserver la fragile paix sociale de la nouvelle démocratie.

Les anciens oppresseurs ayant donné leur accord à un abandon pacifique du pouvoir, une justice totale aurait pu allumer une nouvelle guerre civile. Par conséquent, ces démocraties naissantes s’accordèrent sur une simple vérité : un compte–rendu méticuleux des crimes de l’ancien régime. En récompense d’un témoignage de vérité, les anciens auteurs de crimes étaient amnistiés.

Dans le cadre de l’état de droit normal, la vérité est seulement un moyen d’obtenir la justice, pas une fin en soi. L’objectif réel est de déterminer la culpabilité et d’assigner une punition. Mais dans la guerre et la révolution, on ne peut pas tout avoir. La justice pourrait menacer la paix. Donc la paix prend le pas sur la justice totale.

Khaddafi aurait pu avoir un tel compromis de paix sur la justice. Il a choisi à la place de combattre jusqu’à la mort. Il a eu ce qu’il a choisi.

Cette décision fatidique de combattre – et de tuer – est le prisme à travers lequel juger le traitement cruel que Khaddafi a reçu dans ses dernières heures. Dans son refus de renoncer à ces derniers crimes, à ces derniers bombardements de civils, à ces dernières exécutions de prisonniers qui justifient sa mort désastreuse.

Il aurait bénéficié d’une amnistie de facto pour tous ses crimes antérieurs, depuis le vol 103 de la Pan Am au massacre en 1996 de 1200 sujets incarcérés à la prison Abu Salim de Tripoli. Pour rejeter cette option et commencer de créer un catalogue de crimes entièrement nouveau – pour cela, il n’y a pas de pardon. Pour cela, vous êtes condamné à mort par « tir croisé ».

Ainsi, il a été tué par ceux qui l’ont attrapé. Grande affaire. Ainsi fut fait de Mussolini. Ainsi fut fait avec les Ceaucescu. Ils méritaient bien pire. Comme le fit Khaddafi. Dans un monde de justice parfaite, ce Caligula aurait dû bien plus souffrir, bien plus longtemps. Il a infligé une souffrance inimaginable à des milliers d’êtres. De quoi a–t–il souffert ? Peut–être d’une heure de tourment et d’une balle dans la tête. Selon tous les standards de la justice cosmique, cela est charitable.

De plus, la triste fin de Khaddafi a une vertu majeure : la dissuasion. Vous êtes un dictateur meurtrier avec une rébellion sur les bras. Vous avez le choix. Abandonner le pouvoir et épargner à votre pays une agonie supplémentaire, et vous pouvez alors vivre dehors le reste de vos jours comme Amin – ou comme un hôte plus contemporain des Saoudiens, Zine el–Abidine Ben Ali de Tunisie. Ou bien, vous mourrez comme Khaddafi, extrait d’un conduit puant d’évacuation, maltraité, raillé et flingué.

Ce n’est pas joli. Mais c’est un précédent. Et salutaire. L’un de ceux que le président syrien Bashar al Assad, par exemple, devrait méditer. Continuer de combattre et de tuer, et ne pas attendre d’offre tardive d’asile – pas même le procès en règle d’une longue procédure judiciaire bavarde à la Haye dans une agréable cellule confortable, avec trois repas par jour et la certitude consolatrice que vos ravisseurs ne pratiquent aucune de vos spécialités : la torture et l’exécution sommaire.

Appelez cela la ‘Règle Khaddafi’ : abandonnez et partez, ou un jour, vous trouverez la mort par « feu croisé libyen ». Suivie par des funérailles d’Etat libyennes. C’est–à–dire quand vous reposez à la vue du public pendant quatre jours, à demi–nu dans un casier d’autopsie.

Lire l’article complet sur jewishworldreview.com

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