Marc Weitzmann – Les bienveillants

Mais faut–il pour autant, sous prétexte de lutte contre le “politiquement correct”, en faire l’éloge ? Il n’est pas anodin qu’un hebdomadaire comme Le Point le soutienne, qu’un éditeur branché comme Léo Scheer puisse comparer L’Enculé à Madame Bovary, que le site Internet Slate.fr parle d’un livre “souvent désopilant” ou que Bibliobs confie “s’amuser terriblement”. Tous s’alignant ainsi sur Dieudonné, qui, sans surprise, fait l’éloge du livre et exhibe la chaleureuse dédicace de l’auteur sur son site : “Pour Dieudonné, toujours génial…”

C’est sans doute le site d’Elisabeth Lévy, Causeur.fr, qui vend la mèche lorsqu’il écrit confusément que Nabe “désamorce la grenade de l’antisémitisme en la balançant à la figure de son lecteur”. Cela veut dire que nous sommes au royaume du négationnisme littéraire. “Fair is foul and foul is fair” : les mots ne disent pas ce qu’ils veulent dire. L’antisémitisme n’est pas l’antisémitisme, c’est même le contraire ; l’expression de la bêtise est son “retournement”, et donc l’expression de l’intelligence (Besson) ; le premier degré vaut le second et tout est vain et rigolo. C’est ainsi, entre deux blagues légères, que les mots sont vidés de leur chair, de leur sens, et poliment anémiés. Mais ce tour de passe–passe n’a rien de gratuit. On le voit avec le soutien dont bénéficie ce livre. C’est une violence perverse qui se met en place insidieusement, avec le sourire et au nom de la liberté littéraire, une violence et une perversion qui n’ont pas plus à voir avec la littérature qu’avec la liberté.

Lire l’article complet sur Le Monde

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