Caroline Glick – Appeler les choses par leur nom

Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

Jerusalem Post 25 nov 2001

Les USA vont se retirer d’Irak vaincus, et les forces proaméricaines de la région et les USA récolteront le tourbillon de l’irresponsabilité de Washington

Le mois prochain, la longue campagne des USA en Irak prendra fin avec le départ des dernières forces américaines du pays. Etonnamment, la date de retrait qui approche a déclenché peu de discussions aux USA. Peu de gens ont pesé les conséquences probables de la décision du président des USA Barack Obama de lâchage des gains durement obtenus dans ce pays. Après que quelques 6.000 Américains eurent donné leur vie dans le combat pour l’Irak et que des centaines de milliards de dollars eurent été dépensés dans cette guerre, il est très étonnant qu’elle se conclue sur des bâillements aux corneilles.

La stupeur générale a été brisée la semaine dernière par la publication dans la revue « The Weekly Standard » d’un article intitulé : « Défaite en Irak : la décision de retrait des troupes américaines du président Obama est la mère de tous les désastres ». L’article a été rédigé par Frederick et Kimberly Kagan et Marisa Cochrane Sullivan. Les Kagan ont contribué à la conceptualisation de la stratégie réussie de contre–insurrection en Irak, connue sous la dénomination populaire de « Surge » [Bond, montée en puissance], que le précédent président George W. Bush a mise en oeuvre en 2007.

Dans leur article, les Kagan et Sullivan expliquent les implications stratégiques du retrait du mois prochain. Ils notent d’abord qu’avec ce retrait, la violence sectaire à laquelle le ‘Bond’ a mis fin efficacement reviendra en force selon toute probabilité. Le Premier ministre d’Irak, allié des Iraniens Nuri al–Maliki, purge l’armée irakienne, les services de sécurité et les services civils irakiens des commandants et des officiels de haut rang pro–occidentaux et anti–iraniens. Avec le consentement américain, Maliki et ses alliés shiites ont fait en sorte de manipuler efficacement les résultats des élections de mars 2010. Ces élections avaient donné au parti ‘Iraqiya’ dominé par les sunnites dirigé par l’ancien Premier ministre Ayad Allawi la légitimité de former le prochain gouvernement.

Du fait des actions de Maliki, les sunnites d’Irak se convainquent qu’ils ont peu à gagner en acceptant pacifiquement le gouvernement.

Les implications stratégiques des purges de Maliki sont claires. Quand les USA quitteront le pays le mois prochain, ils remettront leur victoire durement acquise en Irak à leur plus grand ennemi régional – l’Iran. Répétant la même attitude qu’à la suite du retrait précipité d’Israël du Liban Sud en mai 2000, les Iraniens et leurs vassaux du Hezbollah présentent le retrait américain d’Irak comme une victoire stratégique massive. Ils inventent aussi le rationnel d’une guerre poursuivie contre les Américains en retraite. Le vassal de l’Iran entraîné par l’Iran, Moqtada al–Sadr a déclaré que le personnel de l’ambassade de USA est une « force d’occupation » que les Irakiens ont le droit d’attaquer dans le but de les vaincre.

L’ignorance du public américain des implications suivant le retrait d’un Irak dominé par l’Iran n’est pas surprenante. Le gouvernement Obama les a ignorés et les media ont largement suivi la direction de l’administration dans leur sous–évaluation.

Pour sa part, le gouvernement Bush a consacré peu de temps à expliquer au public américain quelles étaient les forces combattant en Irak et pourquoi les USA les combattaient.

Les officiels de l’armée américaine admettaient fréquemment que les insurgés étaient formés, armés, et financés par l’Iran et la Syrie. Mais les décideurs politiques n’ont jamais pris de mesure contre ces pays menant la guerre contre les USA. Au delà du niveau tactique, l’Amérique ne voulait pas prendre de mesure efficace pour diminuer soit le soutien du régime à l’insurrection, ou lui faire payer le prix diplomatique ou militaire de ses actions.

De même pour Obama, comme les Kagan et Sullivan l’ont montré, le gouvernement a refusé de façon abjecte d’intervenir quand Maliki a volé les élections, et refusé de défendre les alliés des USA dans l’armée irakienne contre la purge pro–iranienne de Maliki du corps des officiers généraux. En refusant de prendre parti pour les alliés des USA, le gouvernement Obama a effectivement pris le parti des ennemis de l’Amérique, permettant aux forces alliées à l’Iran de s’emparer en Irak des appareils de sécurité conçus, formés et armés par les USA.

Toutes ces actions sont dans la lignée de la politique actuelle à l’égard de l’Egypte. Là–bas, sans mesurer les conséquences de ses actes, en janvier et février le gouvernement Obama a joué un rôle clé dans l’éviction de l’allié le plus sûr des USA dans le monde arabe, l’ancien président Hosni Moubarak. Depuis que Moubarak a été chassé de son poste, l’Egypte a été dirigée par une junte militaire surmontée par le Conseil Suprême des Forces Armées (SCAF). Du fait que le ‘SCAF’ est composé d’hommes qui ont été les subordonnés de Moubarak pendant ses 30 ans de règne, il partage beaucoup des intérêts institutionnels qui ont guidé Moubarak et fait de lui un allié fiable des USA. En particulier, le ‘SCAF’ est fort mal disposé à l’encontre du chaos et du radicalisme islamique.

Cependant, à l’opposé de Moubarak, le ‘SCAF’ est au pouvoir uniquement parce que les émeutes de protestataires sur la place Tahrir ont exigé que Moubarak démissionne pour permettre à une majorité civile de gouverner en Egypte. Par conséquent, la junte militaire est bien moins capable de tenir à l’écart les forces populistes de l’Egypte

Durant tout le long règne de Moubarak, la force la plus populaire en Egypte était les ‘Frères Musulmans’, d’inspiration jihadiste. Le populisme déchaîné par l’éviction de Moubarak a transformé nécessairement les Frères Musulmans en force politique la plus puissante d’Egypte. Si des élections libres avaient lieu la semaine prochaine comme c’était prévu, et si leurs résultats étaient respectés, dans moins d’un an, l’Egypte serait dirigée par les Frères Musulmans. Voilà le résultat pour le moins garanti quand les USA coupèrent la corde de Moubarak.

Mesurant le danger qu’un gouvernement des ‘Frères Musulmans’ constituerait pour les intérêts institutionnels de l’armée, ces dernières semaines, les généraux ont commencé de prendre des mesures pour retarder les élections, limiter le pouvoir du Parlement et différer les élections présidentielles. Leurs décisions ont provoqué une opposition massive de la part des forces populistes d’Egypte désormais pleinement légitimées et encouragées. Aussi ont–elles lancé ce qu’elles qualifient de «seconde révolution égyptienne ». Et les USA ne savent pas quoi faire.

A la fin de 2010, des professionnels de la politique étrangère des deux bords politiques à Washington se sont rassemblés pour former un groupe appelé « Working Group for Egypt ». ce groupe, avec des membres aussi dissemblables que Elliott Abrams de l’administration Bush et du ‘Council on Foreign Relations’ et Brian Katulis du ‘Center for American Progress’ ont choisi d’ignorer totalement le fait que les forces populistes en Egypte sont dans l’immense majorité jihadistes. Ils ont fait pression pour renverser Moubarak au nom de la « démocratie » en janvier et février. Aujourd’hui ils exigent que Obama prenne le parti des émeutiers de la place Tahrir contre l’armée. Et exactement comme il le fit en janvier et février, Obama va sûrement suivre leur conseil « bipartisan ».

De l’Irak à l’Egypte et de la Libye à la Syrie, comme des erreurs antérieures aussi bien des administrations Bush et Obama ont réduit et diminué les options des USA pour faire valoir leurs intérêts nationaux, l’Amérique est contrainte de faire des choix de plus en plus difficiles. En Libye, après avoir facilité le renversement de Mouammar Khaddafi, les USA sont confrontés à la perspective de devoir traiter avec un régime encore plus radical puisque jihadiste, doté de puissance, et qu’il transfère déjà des armes à des groupes terroristes et contribue à la prolifération d’armements non conventionnels. Si le gouvernement Obama et l’Establishment de politique étrangère des USA reconnaît la nature hostile du nouveau régime et s’abstient de le soutenir, ils seront obligés d’admettre qu’ils ont pris le parti des ennemis de l’Amérique en faisant tomber Khaddafi. Alors que Khaddafi n’était certainement pas Moubarak, il était au pire un adversaire impuissant.

En Syrie, non seulement les USA ont–ils refusé de prendre des mesures contre le président Bashar Assad malgré son parrainage actif de l’insurrection en Irak, mais le gouvernement a aussi échoué à cultiver les moindres liens avec les opposants au régime syrien. Les USA ont continué de les ignorer jusqu’à ce jour. Et maintenant, avec la chute d’Assad qui n’est qu’une affaire de temps, les USA se voient présenter un bel ensemble de direction de l’opposition, soutenue par la Turquie islamiste et dominée par les ‘Frères Musulmans’. Les forces libérales, proaméricaines en Syrie, y compris les Kurdes, ont été éliminées de la structure de pouvoir post–Assad.

En Egypte, après avoir adoubé la « démocratie » plutôt que leur allié Moubarak, les USA sont confrontés à un autre choix peu enviable. Ils peuvent soit prendre le parti de la junte, faible, mais pas vraiment hostile, qui dépend de l’aide financière des USA, ou bien ils peuvent prendre le parti des extrémistes islamistes qui cherchent leur destruction et celle d’Israël et ont le soutien du peuple égyptien.

Comment cette situation s’est–elle mise en place ? Comment est–il possible que les USA se retrouvent aujourd’hui avec si peu de bonnes options dans le monde arabe après tout le sang et l’argent sacrifiés ? La réponse à cette question est trouvée dans une large mesure dans un article du Pr. Angelo Codevilla dans le présent numéro de ‘Claremont Review of Books’ intitulée : « La décennie perdue » (‘The Lost Decade’).

Codevilla met en avant que la raison pour laquelle les USA se retrouvent dans leur position aujourd’hui est liée à un degré significatif à leur refus, après le 11 septembre 2001, d’identifier convenablement leur ennemi. La politique étrangère des élites des USA de toutes origines se refusait à envisager clairement la meilleure défense intérêts des USA parce qu’ils refusaient d’identifier ceux qui mettait le plus en danger ces intérêts.

La Gauche refusa de reconnaître que les USA étaient agressés par les forces de l’islam radical enhardies par des régimes suprématistes islamiques comme l’Arabie saoudite et l’Iran parce que la Gauche ne voulait pas que les USA livrent combat De plus, comme la Gauche croit qu’il faut reprocher à la stratégie politique des USA l’hostilité du monde islamique envers l’Amérique, les gauchistes ont favorisé une politique étrangère s’appuyant sur la conciliation des USA avec ses ennemis.

Pour sa part, la Droite a refusé de reconnaître l’identité et la nature de l’ennemi des USA parce qu’elle craignait la Gauche.

Ainsi, plutôt que de combattre les islamistes radicaux, avec Bush, les USA sont allés en guerre contre la tactique terroriste. Et il se trouve qu’ils ont été incapables de vaincre une tactique parce qu’une tactique n’est pas un ennemi. C’est juste une tactique. Et comme leur but de guerre était inaccessible, les objectifs déclarés de la guerre devinrent spectaculaires. Plutôt que de combattre pour défendre les USA, l’Amérique alla en guerre pour transformer le monde arabe depuis un état imprégné d’un extrémisme religieux indescriptible à un autre de plus en plus régi par un extrémisme religieux indescriptible mais démocratiquement élu.

La part du lion de la responsabilité de ce lamentable état de faits incombe à l’ancien président Bush et à son gouvernement. Alors que la Gauche ne voulait pas se battre ou vaincre les forces de l’islam radical après le 11 septembre 2001, la majorité des Américains le voulait. En satisfaisant la Gauche et en refusant d’identifier l’ennemi, Bush adopta une guerre de combats tactiques qui discrédita l’effort de guerre, démoralisa et divisa le public américain, ouvrant ainsi la voie à l’élection d’Obama qui faisait campagne pour un projet radicalement opposé à la guerre, de retraite et de conciliation.

Depuis qu’Obama a pris ses fonctions, il a suivi les recommandations idéologiques de la Gauche de mettre fin au combat contre les pires ennemis de l’Amérique et de chercher à les apaiser. Voilà pourquoi il a soutenu les ‘Frères Musulmans’ en Egypte. Voilà pourquoi il a ignoré les islamistes qui dominaient l’opposition à Khaddafi. Voilà pourquoi il a cherché à se concilier l’Iran et la Syrie. Voilà pourquoi il soutient l’opposition syrienne dominée par les ‘Frères Musulmans’. Voilà pourquoi il soutient le gouvernement islamiste turc. Et voilà pourquoi il est hostile à Israël.

Et voilà Pourquoi d’ici le 31 décembre 2011, les USA se retireront vaincus d’Irak, et que les forces proaméricaines de la région et les USA récolteront le tourbillon de l’irresponsabilité de Washington.

Il faut payer le prix de désigner un ennemi comme l’ennemi. Mais il y a un prix encore plus grand si on échoue à le faire.

Lire l’article original en anglais sur Jerusalem Post

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