Avec ses nouvelles propositions dans la crise syrienne, la Ligue arabe confirme sa stérilité et met le vice-président Farouk Al-Chareh en danger

La Ligue arabe, réunie ce dimanche au niveau des ministres arabes des Affaires étrangères, a une nouvelle fois étalé ses divisions. Bien que le rapport des observateurs reconnaisse un échec relatif de la mission, celle–ci sera prolongée et renforcée pour un mois supplémentaire, mais sans convaincre. Pendant la réunion au Caire, le régime syrien a poursuivi la répression. Constatant l’échec de la mission des observateurs arabes en Syrie, et regrettant le non–respect par Damas de ses engagements pris lors de la signature du protocole arabe, l’Arabie saoudite a annoncé le retrait de ses observateurs, et risque d’être suivie par les autres monarchies du Golfe, souligne ce soir l’opposant syrien Haïtham Al–Maleh. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud Al–Fayçal, a vivement critiqué le comportement du régime syrien et ses tergiversations. Il s’en est particulièrement pris à Damas qui, ” au lieu d’aider la Ligue arabe à résoudre la crise, il a accentué la répression et accusé les autres Arabes de comploter contre lui “. Si le ” coup de tonnerre ” saoudien est justifié, son retrait confirme surtout les divergences au sein de la Ligue arabe sur l’opportunité de poursuivre la mission d’observation en Syrie, mission stérile et inefficace mais qui est profitable au régime, dénonce cette nuit l’ancien ministre jordanien Saleh Al–Gallab. La stérilité de l’organisation panarabe n’est pas nouvelle. Elle vient de le confirmer une nouvelle fois au Caire, ce dimanche, en adoptant des propositions qui sont déjà rejetées à la fois par le régime syrien et par ses opposants. Bachar Al–Assad avait tenté de monnayer son maintien au pouvoir contre l’entrée de l’opposition au gouvernement. Il a également proposé une réforme constitutionnelle, une loi sur les partis politiques, et des élections législatives. Consciente de la manœuvre d’Assad, visant à gagner du temps, l’opposition avait récusé l’ensemble de ses propositions, réclamant purement et simplement le départ du régime. Aujourd’hui, forte de sa stérilité, la Ligue arabe s’est employée à faire cohabiter le loup et l’agneau, et à ménager le chou et la chèvre. Les ministres des Affaires étrangères ont de ce fait insisté sur la nécessité de former un gouvernement d’union nationale, intégrant l’opposition, et le transfert des prérogatives du président au vice–président afin de négocier cette sortie de crise avec l’opposition. Le plan prévoit l’élection d’une assemblée constituante dans trois mois, puis la rédaction d’une constitution suivie de l’élection présidentielle dans six mois. Le gouvernement d’union nationale aura la charge d’enquêter sur les violences et de sanctionner leurs auteurs. Selon toute logique, et fidèle à la tradition de la Ligue arabe marquée par l’échec, le plan arabe, démuni de tout mécanisme d’exécution, restera lettre morte. Car Bachar Al–Assad, érigé en Dieu par ses partisans, refusera d’enquêter sur la violence dont il est le principal commanditaire, avec son frère Maher et son beau–frère Assef Chawkate. Le régime se défendra sans doute en faisant valoir les réformes qu’il a déjà engagées (loi sur les parts et la constitution). Ensuite, le peuple syrien révolté, qui a déjà souffert dans sa vie et ses biens, n’acceptera en aucun cas une solution ne prévoyant pas le renversement du régime et de tous ses symboles, dont le vice–président. Enfin, les opposants qui risquent d’accepter cette solution seront accusés d’opportunistes. Aucun opposant digne de ce nom ne pourra donc troquer les souffrances du peuple contre un poste ministériel. De ce qui précède, la situation sur le terrain pourrait connaître une nouvelle radicalisation et une surenchère entre les deux protagonistes ; le régime voulant éradiquer rapidement ses opposants pour neutraliser le plan arabe ; le peuple souhaitant prouver l’inutilité du plan arabe. Dans un tel contexte, il n’est pas exclu que le régime, qui a fait du terrorisme et de la manipulation les principaux piliers de sa politique, ne procède à un ” grand nettoyage ” préventif : la vie du vice–président Farouk Al–Chareh serait de ce fait en danger pour l’empêcher de contribuer à ce plan. Damas pourrait l’assassiner, comme il a déjà éliminé l’ancien ministre de l’Intérieur Ghazi Kanaan, ou plus récemment l’ancien ministre de la Défense. Mais cette fois, un attentat pourrait facilement être attribué à l’opposition que le régime s’emploie à la présenter comme terroriste. Le régime se battra jusqu’au bout grâce à l’appui russe et iranien, en attendant le passage de la présidence de la Ligue arabe à l’Irak, fin mars prochain, puis les campagnes électorales en France et aux Etats–Unis. Damas espère que ces échéances lui seront profitables. Mais le peuple a déjà tranché. Il veut la chute du régime et le jugement de ses symboles. La stérilité de la Ligue arabe ne fait qu’alimenter la crise. Stefano B. C. (Rome)

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