Caroline B. Glick – Ne voir aucun mal (See no evil)

Par Caroline B. Glick, Jerusalem Post 30 07 2010

https://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Article.aspx?id=183073

Adaptation française de Sentinelle 5770 ©

“Oliver Stone rejoint Thomas, et Gibson parmi les antijuifs déclarés ».

C’est le printemps pour les anti-juifs. Cette semaine, le détenteur d’un oscar et théoricien de la conspiration, Oliver Stone a rejoint Helen Thomas et Mel Gibson dans les rangs en crue des anti-juifs célèbres et déclarés. Dans un entretien avec le ‘Sunday Times’, Stone a déclaré que Adolf Hitler avait été victime d’une accusation mensongère et que « à travers la domination juive des media », les Juifs avaient gonflé l’importance de l’Holocauste et fait couler la politique étrangère des USA.  

A la suite de la critique de cercles juifs, mercredi l’attaché de presse de Stone a publié une clarification hypocrite.

Stone n’a pas pu rétracter ou corriger sa déclaration : « Il y a un lobby majeur aux Etats-Unis. Ils travaillent dur. Ils sont au-dessus de toute critique, le lobby le plus puissant à Washington. Israël a gavé la politique étrangère des Etats-Unis depuis des années ».

Il n’a pas non plus rétracté son opinion selon laquelle les Juifs utilisent l’Holocauste pour contrôler la politique étrangère américaine.

Stone a seulement qualifié de « maladroite » sa déclaration sur les Juifs qui en font trop avec l’Holocauste parce que les Allemands ont tué plus de Russes que de Juifs

Il a alors élargi sa première allégation que les Juifs en font trop avec l’Holocauste en insinuant que nous sommes associés dans nos efforts à des non juifs. Et puisque des non juifs sont aussi impliqués, il avait tort de nous critiquer.

Comme Stone le formule : « Le fait que l’Holocauste soit toujours une affaire très importante, frappante et actuelle aujourd’hui est en fait grandement dû au dur travail d’une large coalition du peuple engagée dans la commémoration de cette atrocité » (souligné par C. Glick). Stone pense toujours que la concentration et l’extermination des trois-quarts des Juifs européens ne sont pas vraiment aussi remarquables ou moralement troublants que le grand nombre de victimes de guerre russes, mais ce n’est pas seulement par la faute des Juifs que les gens ne partagent pas les opinions de Stone.

Sans doute encore plus méprisable que la démonstration de haine antijuive, il y a la manière dont elle a été reçue. D’un côté, il y a eu un silence assourdissant des media. Et d’un autre côté, il y a eu les tentatives insistantes et répétées pour justifier ses déclarations.

Les réactions de lecteurs à ses remarques affirmaient que les déclarations de Stone n’étaient pas intolérantes. Beaucoup opinaient sur la domination des Juifs dans les media et comme ils croient que cela est vrai, ils arguent que le dire n’est pas un acte d’intolérance. D’autres déclaraient que bien que les déclarations de Stone soient inexactes, il n’y a pas de preuve qu’il haïsse les Juifs et donc, elles n’étaient pas intolérantes. En tous cas, Patrick Goldstein du ‘Los Angeles Times’ et beaucoup d’autres l’ont dit, il serait erroné de discréditer Stone pour ses attaques contre les Juifs.

Il est difficile d’imaginer que si quelqu’un avait trafiqué sur des stéréotypes ethniques comme les noirs, et déclaré : « ils font couler la politique étrangère des Etats-Unis pour servir leur propres objectifs abominables », Goldstein et les auteurs de réponses le défendraient.

Mais alors l’intolérance antijuive a des règles différentes d’autres haines.

Stone et ses apologistes ne sont pas seuls dans leur attitude à l’égard des Juifs ou dans le déni de leur attitude envers les Juifs. De fait, ils appartiennent à un courant mondial.

Prenez la situation à Malmö en Suède. Vendredi dernier, des anti-juifs ont tiré des pétards à l’extérieur de la synagogue pour la deuxième fois en deux semaines. Malmö est le foyer d’une violence antijuive et les Juifs de la ville s’enfuient en masse.

Pourtant face à tout cela, les non-juifs de Malmö ne peuvent venir reconnaître eux-mêmes qu’il y a un problème d’antisémitisme dans leur cité. Même ceux supposés être responsables de la lutte contre l’antisémitisme refusent de reconnaître que les Juifs de Malmö soient attaqués parce qu’ils sont juifs.

Bjorn Lagerback est l’homme censé s’occuper à Malmö de la violence antisémite. Lagerback travaille comme coordinateur du forum local de la cite chargé de combattre les crimes de haine. Dans un entretien dans le journal de Malmö ‘The Local’ cité par le Congrès Juif Mondial, Lagerback a tenté de donner l’impression au monde que l’attentat à la bombe était grave. Non pas parce que c’était une violence destinée aux Juifs bien sûr. 

Non, selon Lagerback, cet attentat à la bombe est grave parce qu’il pourrait choquer des non-juifs. Ils dit : « Nous condamnons cela totalement. Un tel évènement n’est pas dirigé seulement contre la synagogue, mais aussi contre d’autres cibles  qu’on peut décrire comme ethniques ou religieuses ».

Oubliez le fait que seules les synagogues de Malmö, et non pas ses églises ni ses mosquées nécessitent une garde de sécurité 24 h / 24. Si aucun autre groupe ethnique ou religieux n’était ciblé, un attentat à la bombe contre des synagogues ne justifierait-il pas plus longtemps une condamnation ?

L’acceptation de l’antisémitisme a atteint de proportions épidémiques.

A Amsterdam, des antisémites se livrent couramment dehors en plein jour à la préparation d’un projet dangereux contre les Juifs. Des juifs sont régulièrement agressés verbalement et physiquement par des antisémites pendant qu’ils se promènent dans les rues de la capitale hollandaise (1).

Dans une tentative d’attraper et punir des voyous antisémites, la force de police d’Amsterdam a réparti des policiers habillés comme des Juifs pour battre le trottoir. En espèrant que ces leurres seront en mesure d’attirer les agresseurs et de les arrêter.

Apparemment, un certain Hollandais a un problème pour punir des agresseurs antisémites. Comme Paul Belien l’a rapporté dans le journal de Bruxelles « Evelien Van Roemburg, un conseiller d’Amsterdam du Parti de Gauche des Verts, dit qu’utiliser un leurre par la police équivaut à l’incitation à commettre un délit, ce qui est en soi un délit criminel selon la loi hollandaise ».

En d’autres termes, Van Roemburg pense que les gens qui déambulent avec l’apparence de Juifs cherchent ce qui leur arrive.

Van Roemburg pense aussi sans aucun doute que les femmes en minijupes méritent d’être violées.

Tout cela nous amène à une discussion de la forme la plus endémique de l’antisémitisme contemporain : l’antisionisme. Il n’y a pas de raison pour qu’on soit surpris que des antisémites nient que l’antisionisme est de l’antisémitisme. Après tout, ils nient que toute autre forme d’antisémitisme soit de l’antisémitisme. Pourquoi l’antisionisme recevrait-il un traitement spécial ?

Il est évident en soi que l’antisionisme est de l‘antisémitisme. Dire que les Juifs – seuls parmi toutes les nations – n’ont pas le droit à la liberté et à l’autodétermination est évidemment antisémite.

Les antisémites donnent une variété d’excuses pour justifier leur rejet du droit du Peuple juif à la liberté et à la souveraineté dans notre patrie. Parfois ils disent qu’ils n’ont pas de problème avec le nationalisme juif en soi. Ils sont seulement antinationalistes en général. Mais remarquablement ces antinationalistes antisionistes se trouvent être invariablement des partisans déclarés du nationalisme palestinien.

De plus, il est curieux que des antinationalistes universalistes ne disposent que d’un seul mot pour denier leur opposition au nationalisme juif. Personne n’a jamais déclaré être anti-irlandais par exemple. Quand certains disent qu’ils s’opposent au nationalisme irlandais, la conclusion évidente est qu’ils n’aiment pas le Peuple irlandais. De la même façon, ceux qui sont anti-français tendent à ne pas aimer le Peuple français. Et pourtant les antisionistes voudraient nous faire croire que leur opposition à l’Etat juif n’a rien à voir avec leurs sentiments à l’égard des Juifs.

Au-delà de leurs tentatives absurdes de nier le fait que l’antisionisme est un rejet spécifique d’un type spécifique – c’est-à-dire juif – de nationalisme, il y a le fait que les antisionistes tendent inévitablement à boire aussi aux autres égouts antijuifs. Par exemple l’ancien parlementaire britannique Clare Short.

Pendant sa carrière au Parlement britannique qui vient de s’achever, Short s’est fait connaître comme une antisioniste déclarée. Short rejetait le droit à l’existence d’Israël et le fustigeait à cause de « son annexion sanglante, brutale et systématique de la terre, la destruction de maisons et la création délibérée d’un système d’apartheid ».

Mais les coups de pied de Short à Israël n’ont pas pris fin avec ses condamnations fréquentes des crimes israéliens imaginaires mais épouvantables. Avec le temps, Short a commencé de canaliser des siècles de haine antijuive britannique. Comme ses ancêtres qui reprochaient aux Juifs la pluie, la sécheresse, la peste et le feu, Shore reprocha à Israël le réchauffement climatique mondial.

Comme elle le formula dans un discours au Parlement Européen il y a trois ans, Israël « mine la réaction de la communauté internationale à l’égard du réchauffement climatique ». Selon la vision de Shore, les dirigeants européens sont suffisamment obsédés pour s’attaquer à l’Etat juif. Mais parce qu’Israël insiste pour exister et exige ainsi que les Européens le condamnent, Israël empêche les Européens de s’occuper de la menace du carbone, qui, si elle est laissée sans régulation, « mettra fin à la race humaine ».

Ainsi, si le monde bout, le chaudron sera fabriqué en Israël.

L’un des antisionistes les plus en vue aujourd’hui est le Pr. Juan Cole de l’université du Michigan. Être un antisioniste à succès implique en partie proclamer que les Juifs n’ont aucun droit sur la terre d’Israël. Aussi pour être un bon antisioniste, il faut nier l’histoire juive.

A cette fin en mars, Cole a publié une pièce de fiction historique sur la magazine en ligne ‘Salon’. Intitulé « Dix raisons pour lesquelles Jerusalem Est n’appartient pas à Israël », Cole a mêlé des demi vérités à de flagrants mensonges pour justifier sa dénégation de l’histoire juive et la dépréciation des droits juifs.

Cole a écrit : « Non seulement Jerusalem n’a pas été construit par le ‘Peuple juif’ probablement inexistant à l’époque en 1.000 avant notre ère, mais Jérusalem n’était probablement pas habité à cette époque de l’histoire. Jerusalem semble avoir été abandonnée entre (-) 1.000 et (-) 900, les dates traditionnelles de David et Salomon pour le royaume Uni ».

Cette affirmation est si mensongère qu’elle vous coupe le soufflé. Comme tout ceux qui ont vraiment été à Jerusalem peuvent l’attester, il est simplement impossible d’être présent dans les zones les plus anciennes de la cité sans buter sur des reliques qui remontent à 1.000 et 900 avant notre ère.

L’allégation de Cole est l’équivalent académique de la déclaration de Louis Farakhan : « les blancs sont des démons installés sur terre par des extra-terrestres ». Comme Farakhan est un antisioniste antisémite, il n’a fallu qu’un peu de temps pour que Cole voyage dans le marécage fétide du déni des traces historiques pour faciliter sa déclaration erronée que les Juifs ne sont pas un Peuple et sont donc dépourvus de droits comme nation sur notre patrie nationale.

Et pourquoi ne se vautrerait-il pas dans un fumier antisémite ? Jusqu’à présent, l’odeur nauséabonde lui a valu un grand succès. Le fait même que je me sois sentie obligée d’écrire un essai expliquant pourquoi l’antisémitisme est de l’antisémitisme et pourquoi l’antisionisme est de l’antisémitisme est une preuve déprimante que les antisémites ont eu un immense succès dans le blanchiment de leur intolérance.

Ce qui rend l’antisémitisme contemporain unique, ce sont les grands efforts de ses pourvoyeurs pour masquer son existence même. Leur motivation est claire. En dehors du monde musulman antisémite ouvertement génocidaire, la plupart des antisémites se décrivent comme des libéraux qui prétendent s’opposer à l’intolérance. Pour ces gens-là, faire semblant de rejeter au loin leurs préjugés est la clé pour poursuivre leur revendication aux ‘lumières’.

Ainsi, les émules d’Oliver Stone publient des clarifications. Et Cole invente une histoire. Et les Européens blâment les Juifs et Israël et le sionisme quand des Juifs à l’intérieur ou à l’extérieur d’Israël sont agressés et tués.

Et je suis désolée d’avoir écrit cet article. Parce que des lecteurs qui exigent une explication sur le pourquoi du mal l’ont déjà côtoyé.

Correction : dans l’article de mardi dernier, Caroline Glick écrivait que le relèvement de la mission diplomatique de l’OLP à Washington par les USA conférait des privilèges supplémentaires aux représentants de l’OLP aux USA. En fait, ce relèvement est une mesure symbolique en soutien aux Palestiniens. Leurs représentants ne jouissent pas de l’immunité diplomatique.

Notes du traducteur :

(1) Amsterdam est la capitale de la Hollande, mais le gouvernement et le Parlement siègent à la Haye.

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