Olivier Guez – Günther Grass ou la trahison du clerc

Imaginons la scène. Une nuit sans lune, froide et humide, fin mars, dans une villa cossue du nord de l’Allemagne. Devant l’âtre où un feu crépite, un vieux poète frissonne. Sous son gilet de laine et sa veste de tweed, son cœur serre. Il bourre sa pipe, l’écrivain couvert de gloires et d’honneurs, il bourre sa pipe pour se donner un peu de courage et de chaleur: cette nuit, il a rendez–vous avec l’Histoire. Depuis des heures, des jours, des mois, des années, peut–être même, il veut s’exprimer. Il a longtemps hésité, il a tergiversé, il s’est abstenu. Mais cette nuit–là, il ne peut plus se taire car son “propre silence pèse sur lui comme un mensonge”. Aussi, décide–t–il d’épancher son cœur et d’alléger son âme meurtrie.

Oui, enfin, il va s’exprimer. Il va tremper sa plume dans sa “dernière encre”, il va écrire un poème, il va consigner sur une feuille blanche “ce qui doit être dit” parce qu’il craint pour la paix, “une paix du monde déjà si fragile”. Un épitre à la paix dans le monde… Nul autre que lui ne saurait mieux défendre la paix. Surtout que le vieux poète est perspicace: il a localisé la menace et il connaît l’identité du coupable: Israël. Il en est sûr, il en est certain: “la puissance atomique d’Israël menace une paix dans le monde déjà si fragile”.

Lire l’article complet sur  Le Point

Share This

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.