Des Soudanais réclament la démission du président

KHARTOUM, Soudan ” La police soudanaise a eu recours à des gaz lacrymogènes vendredi pour disperser des manifestants réunis près de la capitale afin de réclamer la chute du régime du président Omar el-Béchir, a déclaré un membre de l’opposition. Les manifestations qui se déroulent depuis deux semaines dans différentes villes du Soudan sont alimentées par les mesures d’austérité du gouvernement, qui ont eu pour effet de faire doubler le prix de la nourriture et du carburant. Les manifestations semblent aussi inspirées par la vague de soulèvements populaires dans le monde arabe. Le rassemblement de vendredi était le premier à avoir lieu à l’appel de l’opposition. Un membre de la coalition de l’opposition soudanaise, Siddique Tawer, a déclaré que plus de 1000 personnes avaient manifesté vendredi après la prière à Omduran pour réclamer la démission du président. La ville d’Omduran est située en face de Khartoum, de l’autre côté du Nil blanc. Selon M. Tawer, la police a tenté de disperser les manifestants avec des gaz lacrymogènes. Il a ajouté que d’autres petites manifestations avaient eu lieu dans différents quartiers de Khartoum, dans l’Etat de Kordofan du Nord et dans l’Etat du Nil bleu. Les manifestants ont scandé «Le peuple veut la chute du régime», reprenant le slogan des soulèvements populaires de l’an dernier dans le monde arabe. «Ce régime vieux de 23 ans doit changer. Il a corrompu, humilié, volé et divisé le pays. Il doit payer», a déclaré M. Tawer. La semaine dernière, la police soudanaise a reçu l’ordre de répondre «fermement et immédiatement» aux manifestations, que le gouvernement décrit comme l’oeuvre d’émeutiers qui veulent saccager les propriétés publiques et faire obstruction au gouvernement. L’appel au rassemblement de l’opposition, lancé sur Facebook, avait pour titre «Le vendredi du léchage de coudes», une expression soudanaise utilisée par les autorités pour ridiculiser les appels au changement, qu’ils jugent impossible. Le président El-Béchir a justifié ses mesures d’austérité en affirmant qu’après la déclaration d’indépendance du Soudan du Sud, le Soudan est passé du statut d’exportateur de pétrole à celui d’importateur. Il a aussi évoqué le coûteux conflit avec le Soudan du Sud, dans lequel des dossiers cruciaux, comme la délimitation de la frontière et le partage des ressources pétrolières, ne sont toujours pas réglés. Omar el-Béchir a été mis en accusation par la Cour pénale internationale pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité en lien avec un autre confit soudanais, celui du Darfour.

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