Charles Krauthammer – Le fossé de l’empathie

Washington Post 09/09/2012

Adaptation française de Sentinelle 5772 ©

Suivant l’état de l’économie, avec n’importe quel modèle historique, Barack Obama devrait être 15 points derrière Mitt Romney. Pourquoi est–il lié en tête ? Le fossé de l’empathie. « En prenant soin du citoyen moyen », Obama gagne 22 points. Maintenir ce fossé était l’un des principaux objectifs de la convention Démocrate. C’est le seul espoir du Parti de gagner en novembre.

George H.W. Bush, réservé comme Romney, s’était une fois vu remettre une fameuse carte rédigée ainsi « Message : je prends soin ». C’était supposé être une recommandation de discours. Bush lut la carte. A voix haute.

Sans surprise, il perdit contre Bill Clinton, un homme qui vit pour prendre soin, qui ressent votre peine mieux que vous – ou au moins vous le laisse penser. En politique, c’est une distinction insignifiante.

Dans la nuit de mercredi, Clinton s’est porté garant pour Obama comme d’un homme « qui est froid à l’extérieur mais qui brûle pour l’Amérique à l’intérieur ». Jolie phrase, mais pas vraiment persuasive. Le vrai boulot dans la ‘clintonisation’ d’Obama a été laissé à Mme Obama. Comme elle l’a dit dans le discours le plus brillamment cynique à la convention, son mari n’est pas seulement profondément compassionnel, mais proche de Gandhi dans ses sentiments.

D’autres ont parlé de ce que Obama avait fait. Le boulot de Michelle a été de donner le pourquoi : Parce qu’il prend soin. Son discours a été un syllogisme : Barack aime sa famille, il aime sa femme, il aime ses enfants – par conséquent il vous aime.

Je n’ai aucun doute sur les trois premières propositions, mais la quatrième est un total ‘non sequitur ‘ (il ne s’ensuit pas). On nous a assuré cependant que le président est un homme saint, dispensant des secours – soins de santé (avec des contraceptifs gratuits), des autofinancements, l’équité des poursuites judiciaires – à son peuple. Le flot de larmes dans la salle a témoigné du pouvoir de l’hymne de son épouse. Son brio repose dans le succès de Michelle à soustraire Obama de tout soupçon de motivation idéologique ou personnelle.

Le problème en avalant la ligne « il prend soin par conséquent il fait » est qu’il contredit si manifestement ce que nous avons vu au cours des quatre années écoulées. Barack Obama est un social démocrate profondément engagé qui a déployé un projet de Gauche libérale sans vergogne au tout début de sa présidence puis il a essayé de le mettre en pratique.

Obama a fait adopter ‘Obamacare’, a régulé Wall Street, soutenu Solyndra parce que cela correspond à un projet de Gauche ambitieux développé pendant sa jeunesse, rendu aujourd’hui possible par son pouvoir : redistribution, centrage sur le gouvernement, mépris du succès [des autres], suspicion envers l’entreprise privée, engagement dans sa propre vision de la justice sociale.

Manquait aussi dans le premier discours de la Première dame, pas le moindre soupçon de son regard démesuré sur lui–même et son ambition personnelle. Il prend soin ? C’est la dernière justification de l’homme créé par lui–même venu de nulle part pour saisir la récompense ? Et dont la défaite le transformerait en un parenthèse historique ?

En 2008 et avec succès, Obama dit de façon suffisante que Ronald Reagan était historiquement important d’une manière où Bill Clinton ne l’était pas. Obama se voit clairement lui–même comme l’anti–Reagan, l’homme qui inversa les 30 années de trajectoire conservatrice que Reagan lança (d’où son importance), et Obama ramène l’Amérique vers les 50 années d’ascendance libérale qu’entama Franklin Delano Roosevelt (FDR) et auxquelles Reagan mit fin.

Cela vous rend historique mondialement. C’est ce qui motive l’homme qui continua d’insérer la phrase « Nouvelle Fondation » dans les discours majeurs faits dans les premiers mois de sa présidence. Le slogan était destiné à fa ire de lui l’héritier légitime des auteurs du « New Deal » et de la « Nouvelle Frontière ».

La phrase n’a jamais pris. Mais l’ambition était sans ambiguïté.

Tout cela ne rend pas Obama mauvais ou unique parmi les présidents. Mais il fait mentir le portrait lacrymal d’un homme de famille bon, décrit comme présidant avec grandeur et douceur son troupeau.

Sa promesse de 2008 de « transformer fondamentalement les Etats Unis d’Amérique » parle de la grandeur de son idéologie et du regard sur soi–même. C’est de loin l’explication la plus plausible de sa motivation pour gagner, caractérisée par une ténacité impitoyable qui a défait les Clinton en 2008 (et parfois déstabilisé Bill) et qui a si inexorablement diabolisé Romney en 2012.

Les millions de dollars dépensés pour cette diabolisation comptent pour quelques uns des 22 points du « fossé d’empathie ». La description de son mari dans le feuilleton à l’eau de rose de Michelle comme un homme si imprégné de bonté qu’elle déborde sur ses sujets reconnaissants était destinée à maintenir l’autre partie de ce fossé.

Je n’en n’ai pas cru un mot, mais dans son discours, Michelle a été très efficace. Après tout, que dites–vous d’autre quand vous concourez pour la réélection dans un pays – comme l’a décrit de façon si effrayante la nuit suivante Elizabeth Warren – tenaillé par la misère et le désespoir ?

letters[at]charleskrauthammer.com

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