Charles Krauthammer, – Romney gagne par deux hipons

Adaptation française de Sentinelle 5772 ©

Washington Post 04/10/2012

Ca a été la plus grande défaite depuis Azincourt. Si vous insistez, depuis le débat Carter–Reagan. Avec une remarquable démonstration de confiance, de connaissance et de sang–froid, Mitt Romney a gagné le premier débat de 2012 dès le départ.

Romney n’a pas seulement démontré une maîtrise bien informée d’une myriade de questions intérieures. Il a été audacieux dessus, prenant le président frontalement, n’attaquant pas seulement implacablement, mais en répondant à chaque charge soulevée contre lui – avec une réfutation en trois points.

Et il a dégagé un coup tactique en s’extrayant bien du piège pour détruire les millions de dollars de pubs négatives qui le dépeignaient personnellement, comme Gordon Gekko – un vautour capitaliste rapace qui ne licencie pas seulement les travailleurs de l’acier, mais tue aussi leurs épouses – et politiquement, comme ayant l’intention de lever les impôts de la classe moyenne tout en les abaissant pour les riches.

La campagne de Romney a laissé aller ces pubs sans répondre. Mais une stratégie à la « tuez Romney » ne peut marcher que jusqu’à ce que les gens voient eux–mêmes Romney. Dans la nuit de mercredi, ils l’ont vu. Concernant l’assassinat de son personnage, tout ce que Romney avait vraiment à faire était de sortir sans cornes sur la tête. Confiant, souriant et non menaçant, il n’apparaissait pas tel un homme qui jouit de tuer les femmes des travailleurs de l’acier licenciés.

La barre n’était pas haute, je l’admets, mais rappelez–vous : c’est le président Obama qui a placé la barre. Et il a réussi. Romney a souffert de taux de défaveur hautement négatifs (50%) et sans précédent, le plus haut niveau à cette date avancée pour tout compétiteur au cours des trois décennies passées.

Pour la politique, Romney a dû enfin expliquer aux 60 millions de téléspectateurs américains qu’il projette de baisser les impôts pour tout le monde, en particulier pour les classes moyennes. Et pour les riches, il a dû expliquer la différence entre abaisser les taux des impôts et la réduction de leur montant. Il répéta au moins deux fois que les riches continueraient à payer le même pourcentage de la charge des impôts, alors que diminuer les taux encouragerait la croissance économique.

Sa réussite dans cet exercice face à un Obama sidéré fait plus que rallier la base conservatrice. Cela peut affecter les indécis – les partisans déçus d’Obama en 2008, en attente d’une raison de faire le saut. Ils ont regardé Romney dans ce débat et se sont demandé : est–ce là ce gars si nul, égoïste, hors de portée dont ont nous a parlé dans les publicités et dans la presse dominante ?

Puis ils ont vu Obama – détaché, sinueux, peu sûr. Cela peut–il être le gars branché, ‘cool’, ayant une bonne maîtrise, que ses acolytes et les media nous ont raconté ?

Obama a été défait mercredi en partie par son arrogance méprisante. Vous pouviez le voir songer de manière ennuyée : « Pourquoi dois–je être sur la scène avec ce plouc, quand j’ai été en tête à tête avec Poutine ? » (Et a perdu chaque round, dirais–je. Mais ce n’est pas la façon dont Obama le voit).

Obama n’a jamais tiré sa meilleure arme, les 47 pourcent. Pas une seule fois. Ca s’appelle s’asseoir sur son avance, paresseusement et avec suffisance. Je parie qu’il le mentionnera au cours du prochain débat, plus d’une fois – et probablement dès son coup d’envoi.

D’un autre côté, Obama n’est tout simplement pas si bon. Pas sans téléprompteur. Il n’est même pas tellement bon lors de conférences de presse – circonstance où il est encore en charge, choisissant parmi les questionneurs et contrôlant le temps de ses propres réponses.

A la fin du débat, Obama semblait petit, incertain. C’est Romney qui avait l’aspect présidentiel.

Les campagnes de réélection après un mandat d’échec – tellement failli qu’Obama s’est à peine soucié de défendre son cas, préférant tout reprocher à son prédécesseur – s’articulent presque entièrement sur la question de savoir si le compétiteur peut franchir le seuil d’acceptabilité. Romney a passé le seuil mercredi soir.

Reagan a gagné son élection (Carter était en tête à cette époque) quand il désamorça sa caricature de cow–boy sauvage, extrémiste et belliciste. Dans son débat avec Carter, il était affable, bienveillant et raisonnable. Voilà pourquoi avec une seule mince ligne, « Vous encore une fois ici », l’élection était gagnée.

Romney devait montrer quelque chose d’un peu différent : qu’il n’est pas le ploutocrate, maladroit, hors de portée, que les publicités payées par Obama et les media non payés ont décrit. Il l’a fait de façon décisive.

Voilà pourquoi MSNBC [chaîne d’infos câblée en continu, NdT] est au bord du suicide. Voilà pourquoi les sondages montrent que, avec une marge d’au moins 2 à 1, les électeurs se sont majoritairement prononcés pour Romney dans le débat.

Et il a gagné gros d’une manière inhabituelle. Cela aurait pu être le seul débat présidentiel jamais gagné aussi certainement en l’absence de quelque gaffe évidente et ruineuse, comme celle de Gerald Ford « Il n’y a pas de domination soviétique de l’Europe de l’Est ».

Romney a gagné par deux hipons.

letters[at]charleskrauthammer.com

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