CAROLINE B. GLICK – Sagesse stratégique d’Israël rejetée

Adaptation française de Sentinelle 5773 ©

Jerusalem Post 04/07/2013

https://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Column-One-Israels-reviled-strategic-wisdom-318818

On ne peut dire combien d’autres révolutions il y aura dans les mois ou les années à venir.

Manifestations en Egypte Place Tahrir

Mercredi, l’Egypte a fait sa seconde révolution après tant d’années. Et on ne peut pas dire combien d’autres révolutions il y aura dans les mois ou les années à venir. C’est aussi le cas non seulement en Egypte, mais à travers tout le monde islamique.

La précipitation de ‘l’establishment’ de la politique étrangère américaine à tourner de façon romantique en « printemps arabe » l’instabilité politique qui a entouré le monde arabe après l’immolation d’un marchand ambulant tunisien en décembre 2010 a peut-être été la plus grande démonstration de la totale nullité jamais apportée par les membres de l’establishment sur la nature de la politique et de la société arabes. Leur adoption enthousiaste des protestataires qui ont maintenant fait tomber Mohamed Morsi, et de son régime des ‘Frères Musulmans’, montre qu’il faut plus qu’une répudiation totale de leurs hypothèses centrales pour les convaincre de les abandonner.

Les journalistes et commentateurs américains décrivent aujourd’hui les manifestations de cette semaine comme la restauration de la révolution égyptienne. Cette révolution ils en sont convaincus, était destinée à remplacer le chef égyptien de longue date allié des USA Hosni Moubarak par un gouvernement libéral démocrate populaire utilisant Facebook et Twiter.

Là encore, ils ont tort.

Comme ce fut le cas en 2011, les voix de la démocratie libérale en Egypte sont si rares et éloignées qu’elles n’ont aucune chance de prendre le pouvoir, aujourd’hui ou dans un avenir prévisible. A ce point, il est difficile de savoir quel est l’équilibre du pouvoir entre les islamistes qui obtinrent 74 % des suffrages lors du scrutin aux élections parlementaires de 2011 et leurs opposants. Mais il est clair que leurs opposants ne sont pas des Libéraux Démocrates. Il y a un mélange de fascistes néo nassériens, de communistes et d’autres groupes pas particulièrement ragoûtants.

Aucun d’entre eux ne partage les conceptions occidentales de liberté et de limitation du gouvernement. Aucun d’entre eux n’est particulièrement pro américain. Aucun d’entre eux n’aime les Juifs. Et Aucun d’entre eux ne soutient le maintien de la paix froide avec Israël.

Le plus grand chef moderne de l’Egypte était Gamal Abdel Nasser. De bien des manières, l’opinion politique la plus répandue des protestataires anti-Frères Musulmans est un fascisme néo nassérien.

Nasser était un ennemi de l’Occident. Il conduisit l’Egypte dans le camp soviétique dans les années 1950. Et comme co-fondateur du « Mouvement des Non Alignés », il amena aussi une grande part du Tiers Monde vers le camp soviétique. Nasser ne fit pas moins de mal aux USA en son temps que al Qaïda et ses alliés ces dernières années.

Certainement, du point de vue israélien, Nasser ne valait pas mieux que le Hamas ou al Qaïda ou leur progéniteur, le mouvement des ‘Frères Musulmans’. Comme les fanatiques islamiques, Nasser cherchait la destruction d’Israël et l’annihilation des Juifs.

Que les fascistes prennent les rênes ou non est impossible à prévoir. De même, le rôle de l’armée égyptienne dans le futur de l’Egypte ne peut être connu. La même armée qui renversa Morsi mercredi chercha à le priver de pouvoirs, vira ses dirigeants et prit des mesures pour transformer cela en un substitut des ‘Frères Musulmans’.

Il y a trois choses que l’ont peut savoir du futur de l’Egypte : d’abord, elle sera pauvre. L’Egypte est un Etat en faillite. Elle ne peut pas nourrir son Peuple. Elle n’est pas parvenue à l’éduquer. Elle n’a pas de secteur privé à citer. Elle n’a pas d’investissements étrangers.

Ensuite, l’Egypte sera politiquement instable.

Moubarak put se maintenir 29 ans au pouvoir parce qu’il menait une politique d’Etat que le Peuple craignait. Cette peur fut dissipée en 2011. Cette absence de peur va conduire les Egyptiens dans la rue pour renverser tout gouvernement dont ils perçoivent qu’il ne parvient pas à tenir ses promesses – comme ils l’ont fait cette semaine.

Avec la détresse économique de l’Egypte, il est impossible de dire comment n’importe quel gouvernement sera capable de tenir les promesses – grandes ou petites – que ses politiciens feront pendant les campagnes électorales.

Ainsi, gouvernement après gouvernement partageront le destin de Moubarak et de Morsi.

Au delà des privations économiques, aujourd’hui des dizaines de millions d’Egyptiens ressentent qu’ils furent injustement et illégalement chassés du pouvoir mercredi.

Les ‘Frères Musulmans’ et les salafistes ont gagné gros dans des élections reconnues libres en Occident. Ils ont des millions de partisans qui sont tout aussi fanatiques aujourd’hui qu’ils l’étaient la semaine dernière. Ils ne partiront pas gentiment dans cette douce nuit.

Finalement, avec le complet manque de pesanteur des forces démocratiques et libérales en Egypte aujourd’hui, il est clair que quiconque, capable de gagner le pouvoir dans les années à venir, sera un anti-américain, anti-Israël et antidémocrate. (Au sens libéral démocrate du mot). Ils pourraient être plus aimables avec les Coptes que ne le furent les ‘Frères Musulmans’. Mais ils ne seront pas plus pro-occidentaux.

Ils pourront être plus prudents dans l’affirmation ou l’exécution de leur idéologie en politique étrangère que les ‘Frères Musulmans’. Mais cela ne les rendra pas nécessairement plus partisans des intérêts américains ou de l’adhésion de l’Egypte au traité de paix formel avec Israël.

Et ce n’est pas seulement le cas en Egypte. C’est le cas dans tout Etat arabe qui souffre maintenant ou souffrira bientôt de l’instabilité qui a provoqué des coups d’Etat, des prises du pouvoir par les islamistes, des guerres civiles, des manifestations de masse et une insécurité politique dans les pays les uns après les autres. Tous ne sont pas effondrés. Mais de nouveau, aucun d’entre eux n’a le même puissant sentiment d’identité nationale que celui partagé par les Egyptiens.

Maintenant que nous comprenons ce que nous verrons probablement dans les mois et les années à venir, et ce que nous voyons aujourd’hui, nous devons envisager comment l’Occident doit répondre à ces évènements. Pour ce faire, nous devons observer comment les diverses parties ont répondu aux évènements dans les deux années et demi passées.

Le renversement mercredi du gouvernement des ‘Frères Musulmans’ est une répudiation totale de la stratégie américaine considérant le désordre en Egypte – et à travers le monde arabe – comme une lutte entre les « bons et les méchants ».

Dans la semaine qui a suivi le début des protestations sur le Square Tahrir le 25 janvier 2011, des Américains des deux bords de l’échiquier politique se sont unis en faveur d’un renversement rapide de Moubarak.

Quelques jours plus tard, le président Barack Obama s’est joint au chœur des Démocrates et Républicains, et il a appelé Moubarak à quitter son poste, immédiatement. Tous depuis le Sen. John McCain à jusqu’à Samantha Power étaient certains que, en dépit du fait que Moubarak était un allié loyal des USA, l’Amérique serait mieux servie en soutenant la montée des Révolutionnaires sur Facebook utilisant Twitter et portant des pancartes dépeignant Moubarak comme un Juif.

Chacun était certain que les ‘Frères Musulmans’ tiendraient parole et resteraient en dehors de la politique.

Deux jours après que Moubarak fût chassé de son poste, Peter Beinart écrivit un éditorial intitulé : « L’élan de l’Amérique vers la fière Egypte », où il félicitait les Néoconservateurs et les Libéraux et Obama pour leur mépris des intérêts de l’Amérique et la prise de parti des protestataires qui s’opposaient à toutes les politiques pro américaines de Moubarak.

Beinart écrivait en exultant : « Le régime d’Hosni Moubarak était la pierre fondamentale – avec Israël et l’Arabie saoudite – de la puissance américaine au Moyen-Orient. Il torturait en notre nom des terroristes suspects d’al Qaïda, faisait pression sur les Palestiniens pour nous, et faisait de son mieux pour contenir l’Iran. Pourtant nous tirions au sort cette population, mais pas leurs gouvernants.

Beinart félicitait aussi les Néo-conservateurs pour se séparer de la voie du Premier ministre Benyamin Netanyahou qui conseillait la prudence, en prouvant ainsi qu’ils ne souffraient pas de double allégeance.

Cette stratégie israélienne haïe, rejetée, (qui n’était pas seulement celle de Netanyahou, mais partagée par les Israéliens à travers le spectre politique dans une rare démonstration d’unanimité), s’avéra corroborée par les évènements de la semaine passée et de fait par les évènements des deux dernières années et demi.

Les Israéliens observaient en état de choc et d’horreur que leurs amis américains suivaient le joueur de flûte bigarré du retentissant ‘Printemps arabe’ par-dessus le grand fossé politique. Mais les opposants n’étaient pas des Alexandre Dubcek [ancien dirigeant Tchèque du ‘printemps de Prague’ en 1968, révolte matée dans le sang par les soviétiques, NdT]. Il n’y avait aucune raison de rejeter 30 années de stabilité politique avant d’envisager une manière de chevaucher le tigre qui le suivrait.

Il n’y avait sûrement aucune raison de soutenir activement le renversement de Moubarak.

Peu après que celui-ci fût renversé, le gouvernement Obama commença à soutenir activement les ’Frères Musulmans’.

Les ’Frères Musulmans’ pensaient que la manière de gagner et de se consolider au pouvoir était d’organiser des élections aussi vite que possible. D’autres voulaient attendre jusqu’à ce qu’une convention constitutionnelle se soit réunie et qu’un nouveau projet soit rédigé. Mais les ‘Frères Musulmans’ n’en eurent aucun. Et Obama soutint cela.

Cinq mois après que des élections d’un pedigree discutable eurent catapulté Morsi au pouvoir, Obama garda le silence quand en décembre 2012, Morsi s’arrogea des pouvoirs dictatoriaux et poussa vers une constitution à la mode ‘Frères Musulmans’.

Obama ignora trois fois le Congrès et maintint les financement total de l’Egypte malgré le fait que le gouvernement Morsi avait répudié les manifestations démocratiques et pluralistes.

Il garda le silence au cours de l’année passée quand les manifestants s’assemblèrent pour s’opposer à l’accaparement des pouvoirs par Morsi. Il resta sans réaction alors que des églises étaient incendiées et des Chrétiens massacrés. Il garda le silence quand Morsi courtisa l’Iran.

L’Ambassadrice des USA en Egypte, Anne Patterson et Obama restèrent les meilleurs champions des ‘Frères Musulmans’ avant que les forces commencent à se rassembler pour les manifestations de masse de cette semaine. Patterson rencontra le Pape copte et lui dit de se tenir à l’écart des protestations.

Obama, si prompt à appeler Moubarak à renoncer au pouvoir, appela les manifestants à la retenue puis les ignora pendant ses vacances en Afrique.

La première fois où Obama menaça de réduire le financement américain à l’armée égyptienne, ce fut dans la nuit de mercredi, après que l’armée eût ignoré les avertissements et les instances américains, et déposé Morsi et son gouvernement. Les évènements de cette semaine ont montré combien la stratégie des USA en Egypte a fait du mal à l’Amérique.

En 2011, l‘armée avait agi pour obliger Moubarak à quitter le pouvoir seulement après qu’Obama eût appelé à le faire. Cette semaine, l’armée a renversé Morsi et commencé de rassembler ses partisans en défiance à l’égard de la Maison Blanche.

Le secrétaire d’Etat John Kerry était la personnification de l’incroyable réduction d’influence de l’Amérique cette semaine, en maintenant son objectif obsessionnel d’obtenir des concessions d’Israël aux Palestiniens.

Dans un Moyen-Orient englobé par la guerre civile, la révolution et l’instabilité chroniques, Israël est le seul pays en paix. L’image de Kerry chantant les louanges de son succès dans « la réduction du fossé » entre Israël et les Palestiniens avant d’embarquer dans son avion à l’aéroport Ben Gourion, alors que des millions de personnes se rassemblaient pour faire tomber le gouvernement de l’Egypte, voilà l’image d’une Amérique petite et sans importance.

Et comme les posters anti-américains sur la place Tahrir l’ont montré cette semaine, la petitesse auto infligée par l’Amérique est une tragédie qui nuira à la région et mettra en danger les USA.

En ce qui concerne Israël, tout ce que nous pouvons faire est de continuer ce que nous avons fait, et d’espérer qu’à un moment donné, les Américains adopteront notre sage stratégie.

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671 0 Jul 7, 2013

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