Turquie : utilisation de codes raciaux

Quelques jours seulement avant le verdict du dernier procès « d’Ergenekon » en Turquie, un autre scandale tout aussi important, mais bien moins rendu public, a été révélé dans un journal à petit tirage : l’hebdomadaire arméno-turc Agos. Le journal, qui a établi sa réputation sous la direction de son éditeur Hrant Dink, assassiné en janvier 2007, a révélé le 1er août 2013, que l’État turc utilisait des « codes raciaux » dans les statistiques officielles pour codifier l’appartenance religieuse de ses citoyens. Une semaine après les révélations d’Agos, le ministre de turc de l’Intérieur a confirmé cette pratique. Il a déclaré dans un communiqué : « Le statut de la race d’un citoyen d’une minorité est attribué par le ministère de l’Éducation selon les informations sur sa nationalité ou sa race, obtenues dans le registre d’État de la période ottomane. » Les sources officielles turques confirment que cette pratique dure depuis 1923. » Le Collectif VAN vous propose la traduction d’un article en turc, paru sur le site Open Democraty le 20 août 2013.
 
Les « codes raciaux » de la Turquie et l’héritage ottoman
Vicken Cheterian 20 août 2013
La révélation concernant la Turquie moderne qui continue secrètement à classifier ses citoyens selon un critère religieux reflète le poids du passé ottoman. Cela a également des implications pour ceux qui recherchent au Moyen-Orient un État basé sur l’égalité devant la loi, déclare Vicken Cheterian.
Quelques jours seulement avant le verdict du dernier procès « d’Ergenekon » en Turquie, un autre scandale tout aussi important, mais bien moins rendu public, a été révélé dans un journal à petit tirage : l’hebdomadaire arméno-turc Agos. Le journal, qui a établi sa réputation sous la direction de son éditeur Hrant Dink, assassiné en janvier 2007, a révélé le 1er août 2013, que l’État turc utilisait des « codes raciaux » dans les statistiques officielles pour codifier l’appartenance religieuse de ses citoyens.
Le journal a fait cette découverte lorsqu’une famille a voulu faire inscrire son enfant dans une école arménienne d’Istanbul, et on lui a demandé de prouver qu’elle avait le fameux « code 2 ». Agos a alors poursuivi en affirmant que le gouvernement turc codifiait les citoyens de ses minorités en catégories numérotées : « 1 » pour les Grecs, « 2 » pour les Arméniens et « 3 » pour les Juifs. Certains journaux turcs ont repris l’histoire et ajouté que les Assyriens avaient le code « 4 » et les autres le « 5 ».
Une semaine après les révélations d’Agos, le ministre de turc de l’Intérieur a confirmé cette pratique. Il a déclaré dans un communiqué : « Le statut de la race d’un citoyen d’une minorité est attribué par le ministère de l’Éducation selon les informations sur sa nationalité ou sa race, obtenues dans le registre d’État de la période ottomane. » Les sources officielles turques confirment que cette pratique dure depuis 1923 : c’est-à-dire, depuis la création de la République moderne de Turquie. Bien qu’il y ait eu des rumeurs et des allégations, c’est la première fois que des responsables de l’État turc l’admettent ouvertement.
Au premier abord, il semble surprenant que depuis neuf décennies l’État turc ait utilisé des « codes raciaux » qui lui permettent de collecter des informations sur l’identité religieuse de ses citoyens. Après tout, l’État prétend toujours être laïc : c’est-à-dire assurer la séparation des institutions politiques (et en particulier l’exercice de la justice) de l’influence des croyances religieuses individuelles et collectives. Mais ces révélations ont aussi attiré une attention accrue sur la persistance de la puissance de l’héritage ottoman dans la Turquie moderne et ce fait est trop important pour qu’il soit enterré dans la vague continuelle des grands titres des médias.

Lire l’article complet sur collectifvan.org

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