Charles Krauthammer – Comment combattre l’intolérance universitaire

Depuis des décennies, l’ASA (American Studies Association) a peiné dans une obscurité bien méritée. Elle s’est maintenant fait un nom en votant pour le boycott des universités israéliennes, les accusant de dénier les droits de l’homme et les droits universitaires aux Palestiniens.
Etant donné que Israël dispose d’une système politique profondément démocratique, de la presse la plus libre au Moyen-Orient, d’un système judiciaire farouchement indépendant et d’une diversité religieuse et raciale étonnante dans ses universités, y compris d’une discrimination positive pour des étudiants arabes, l’accusation est plutôt étrange.
D’autant si vous considérez l’état des droits de l’homme chez les voisins d’Israël. Au moment où nous parlons, le gouvernement de la Syrie déverse des « barils de bombes » emplis de clous, d’éclats et d’autres instruments de terreur sur se propres cités. Où en est le boycott de l’ASA de la Syrie ?
Et pour l’Iran, qui fait pendre des dissidents politiques, religieux, et même sexuels et n’a aucune liberté » universitaire ? Ou bien l’Egypte, où les Chrétiens sont ouvertement persécutés ? Ou encore la Turquie, l’Arabie saoudite, ou dans cette affaire, la Chine et la Russie massivement répressives ?
Ce qui démontre à l’évidence que le boycott de l’ASA n’a rien à voir avec les droits de l’homme. C’est un exercice de chic radical, offrant à des universitaires marginaux le frisson d’un prétendu anti-colonialisme, assaisonné d’une pincée d’antisémitisme sur les bords.
Et ne me dites pas qu’il s’agit seulement d’antisionisme. La ruse est transparente. Israël est le seul Etat juif au monde. Appliquer à l’Etat des Juifs un double standard que vous n’appliquez à nul autre, juger un Peuple d’une manière dont vous ne juger nul autre, isoler ce seul Peuple pour le condamner et l’isoler – c’est s’engager dans une grossière discrimination.
Et la discrimination contre les Juifs porte un nom. On la nomme antisémitisme.
L’ancien président de Harvard, Larry Summers qualifiait les actions de l’ASA par leur effet et pas nécessairement par leur intention. « Je fais le choix d’être moins poli. L’intention est claire : inciter à la haine contre la plus grande – et la seule communauté juive souveraine – sur terre.
Que faire ? Confronté à un même boycott (universitaire (britannique) des Israéliens il y a sept ans, Alan Dershowitz et le Prix Nobel de Physique Steven Weinberg ont écrit une lettre ouverte déclarant que, pour tout boycott anti-Israël, il faut les considérer comme des Israéliens.
Signifiant : vous pratiquez la discrimination contre les Israéliens ? Bien, excluez-nous. Nous n’aurons plus rien à faire avec vous. Des milliers d’autres universitaires ont ajouté leur signature à la lettre de Dershowitz/Weinberg. C’était la meilleurs réponse à faire. Boycottons les boycotteurs, avec mépris.
Mais l’université n’est le seul foyer d’un tel préjugé. Dans tout le monde culturel, le mouvement de boycott d’Israël s’accroît. Il devient à la mode chez les musiciens, les acteurs, les écrivains et les réalisateurs de toutes sortes qui se lavent ostensiblement d’Israël et des Israéliens.
L’exemple de l’ensemble chic s’est répandu chez les antisémites les plus grossiers et mal intentionnés, comme les voyous qui, il y a quelques années ont interrompu les concerts à Londres du « Jerusalem Quartet »et de l’Orchestre Philharmonique d’Israël.
Il y a cinq ans en Suède, l’équipe de Coupe Davis d’Israël devait jouer ses matchs dans un stade de tennis vide parce que es autorité ne pouvaient garantir la sécurité des Israéliens dans la foule. La démonstration la plus éhontée d’antisémitisme ascendant est l’extension de la « quenelle », un salut nazi inversé, popularisé par l’amuseur ouvertement antisémite, Dieudonné M’bala M’bala.
Dans cette marée d’intolérance ouverte et facile, un home inhabituel a fait une déclaration inhabituelle. Russe de naissance, Européen de résidence, Evgueny Kissin est sans doute le plus grand virtuose du piano au monde. C’est un Juif de conviction. Profondément troublé par le traitement d’Israël dans le monde culturel qui l’entoure, Kissin est allé au-delà de la déclaration Dershowitz/Weinberg demandant d’être considéré comme un Israélien. Le 7 décembre 2013, il l’est devenu avec défi.
En prêtant serment de citoyenneté à Jerusalem, il a déclaré ; « Je suis un Juif, Israël est un Etat juif, la défense d’Israël est mon affaire, les ennemis d’Israël sont mes ennemis, et je ne veux pas que me soient épargnés les troubles que des musiciens israéliens rencontrent quand ils représentent l’Etat juif au-delà de ses frontières ».
Révélation : j’ai un lien personnel avec Kissin. Au cours de deux années passées, j’ai œuvré pour le faire venir à Washington interpréter pour ‘Pro Musica Hebraica’, organisation sans but lucratif (fondée par mon épouse et moi), dédiée à la renaissance de la musique classique juive perdue et oubliée. Nous avons réussi. Le 24 février 2014, Kissin viendra interpréter au ‘Kennedy Center Hall’ des chef-d’œuvres de la musique juive d’Europe de l’Est, sa première prestation aux USA comme Israélien.
La persistance de l’antisémitisme, le plus ancien des poisons, est l’un des plus grands mystères de l’histoire. Même l honte de l’Holocauste ne s’est pas avéré un antidote. Elle n’a apporté qu’un répit temporaire. L’antisémitisme est de retour. Hélas, une nouvelle génération doit apprendre à l’affronter.
Comment ? Comment répondre aux voyous, physiques et intellectuals, qui insolent les Juifs pour les agresser ? La meilleure manière, la voie la plus digne, est de faire comme Dershowitz, Weinberg ou Kissin.
Exprimez votre solidarité. Signer leur lettre ouverte, ou bien écrivez la vôtre. Portez l’étoile jaune et arborez-la fièrement.
 
Washington Post, Friday, January 10, 2014
Adaptation française de Sentinelle 5774 ©

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688 5 Jan 10, 2014

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