«A la base, le cafouillage est turc»

Éric Denécé, Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement
Comment expliquez-vous ce cafouillage lors du retour des trois jihadistes présumés ?
à la base, le cafouillage est turc. Expulsés, ces trois hommes considérés comme suspects auraient dû être munis de documents obligatoirement signés par les autorités turques pour être embarqués à bord. Ils ne les avaient pas. Le commandant de bord, qui a aussi un pouvoir d’officier de police judiciaire, les a donc refusés sur le vol prévu. Mais il aurait dû prévenir soit l’ambassade, soit le directeur de la sécurité de sa compagnie – on ignore si cela a été fait ou non – mais, surtout, les Turcs auraient dû immédiatement prévenir le coordonnateur de police français en poste à Istanbul que les passagers en question partiraient vers Marseille et cela n’a pas été fait avant leur arrivée en France. Jusque-là, la police française n’est donc pas impliquée. Par contre, ce qui s’est ensuite passé à Marseille est inadmissible. Lorsqu’on arrive d’une destination hors espace Schengen et qui plus est d’une zone liée au terrorisme, si le système de contrôle informatique des passeports est en panne, comme cela semble avoir été le cas, un protocole de substitution s’applique et personne ne doit entrer, sauf à être individuellement contrôlé par la Police de l’Air et des Frontières. Cela n’a pas été appliqué et comme au surplus Marseille n’avait pas été informé… On connaît la suite.
Rien ne permet de dire qu’il y a eu une manipulation turque dans le retour raté de ces trois individus. Seulement il est vrai qu’avec la Turquie, on est dans une situation qui n’a cessé de se dégrader depuis quelques années avec la radicalisation d’Erdogan qui est maintenant président et veut s’arroger tous les pouvoirs. La prise de position de la Turquie à l’égard du groupe état islamique est d’ailleurs sans ambiguïté : elle ne veut pas effectuer de frappes militaires ni que ses bases aériennes soient utilisées par les avions de la coalition. Sa bienveillance à l’égard du «califat» de l’EI est d’autant plus évidente que, dans les faits, elle est devenue un pays dirigé par les Frères musulmans. Or ce pays est membre de l’OTAN… Ça ne va donc pas pouvoir continuer indéfiniment. Certes, la coopération en matière de renseignements existe avec elle, mais on peut douter de plus en plus qu’elle soit transparente, équilibrée et profitable.

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382 4 Sep 25, 2014

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