Kobané : le chantage d’Ergogan

La physionomie de la bataille aurait sans doute pu être différente si la Turquie était intervenue. Elle dispose de la deuxième force terrestre de l’OTAN. Elle est la superpuissance militaire régionale. Depuis des semaines, l’armée turque a déployé des chars face à Kobané, le long de la frontière. Ils auraient pu neutraliser en partie les positions d’artillerie de l’EI. Ils n’ont pas tiré un seul obus.
Ankara a décidé d’intégrer la coalition anti-EI, mais n’a rien fait pour freiner l’avance des djihadistes vers Kobané. Pourquoi ? La Turquie ne veut pas d’une zone autonome kurde syrienne à sa frontière. Pareille zone pourrait servir de base arrière aux militants du PKK, l’organisation combattante des Kurdes de Turquie.
« Pour nous, le PKK ne vaut pas mieux que l’EI », a lancé le président Erdogan. C’est inexact. Tout se passe plutôt comme si Ankara, qui a longtemps laissé passer en Syrie les militants islamistes les plus extrémistes, préférait encore l’EI aux Kurdes…
Ce « choix » a provoqué un deuxième drame: les manifestations violentes, mardi soir, des Kurdes de Turquie. Elles ont fait au moins 14 morts. La situation peut relancer la guerre qui, depuis trente ans, oppose le PKK à l’armée turque. Elle peut torpiller la courageuse tentative de négociation avec le PKK menée par M. Erdogan.
Tout à sa volonté de faire tomber son homologue syrien, Bachar Al-Assad, le président turc exerce une manière de chantage: pas de participation effective d’Ankara à la lutte contre l’EI tant que les Etats-Unis ne s’impliquent pas davantage contre le régime de Damas. C’est une politique irréaliste qui n’arrêtera pas la déstabilisation régionale et qui risque de déstabiliser la Turquie à l’intérieur.

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419 4 Oct 8, 2014

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