TURQUIE – Une politique étrangère en zigzag

Comment Erdogan pourrait-il bombarder l’Etat islamique alors qu’il n’y a pas si longtemps il le considérait comme un mouvement sunnite de résistance ?
La Turquie a été la première à s’obstiner à entretenir des relations douteuses avec des groupes armés [islamistes] en Irak et en Syrie dans le but d’assouvir ses ambitions au Moyen-Orient. Elle avait peur de perdre son emprise dans la région (une emprise qui relevait pourtant davantage du fantasme). Après l’effondrement de sa politique en Syrie, le gouvernement turc a reporté son attention sur les “espaces sunnites” en Syrie et en Irak [où règnent les groupes islamistes].
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’au départ l’Etat islamique était considéré par Ankara comme une expression “de la colère des sunnites et de la résistance contre les politiques discriminantes” de l’ancien Premier ministre irakien [chiite] Nouri Al-Maliki. Pour faire court, la Turquie n’a jamais cessé de rêver de dominer le Moyen-Orient avec sa “politique sunnite” et elle attendait beaucoup des liens entretenus avec les Turkmènes sunnites, les radicaux sunnites et les Kurdes conservateurs ou islamistes. Malheureusement, ses espoirs ont été déçus et Ankara a fini par s’allier avec les “interventionnistes occidentaux”. Il incombe maintenant au président turc et à son gouvernement de se débrouiller pour présenter la nouvelle position de la Turquie.
Après tout, c’est là un problème que l’on retrouve plus généralement dans les pays musulmans, qui imposent chez eux un discours islamiste et “toutes sortes de théories du complot antioccidental”, tout en étant des alliés pragmatiques des puissances de l’Ouest. Depuis une dizaine d’années, c’est également le cas de la Turquie, avec son gouvernement “conservateur”, devenu bel et bien “islamiste”. Le véritable problème, pour les pays musulmans (et d’ailleurs récemment encore pour les puissances occidentales), c’est qu’ils s’appuient sur des politiques et des alliances pragmatiques qui n’ont en fin de compte abouti qu’à une hypocrisie absolue, et à l’échec.
Nuray Mert – Publié le 2 octobre 2014 dans Hürriyet Daily News Istanbul

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509 9 Oct 15, 2014

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