J.R. La Commission européenne a-t-elle des leçons à donner ?

Le 2 septembre, un commissaire européen avait publiquement critiqué l’emprise du ‘lobby juif’ sur la politique américaine. Interviewé par VRT Radio 1, le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht (libéral flamand et ancien ministre belge des Affaires étrangères), sur la reprise des pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens à Washington avait déclaré (traduction) :

"Il ne faut pas sous-estimer, par exemple, le [pouvoir du] lobby juif à Capitol Hill, le parlement américain. C’est le groupe le mieux organisé de pression qui y existe. En d’autres termes, il ne faut pas sous-estimer l’emprise du lobby juif sur la politique américaine. Que ce soit dans le camp démocrate ou républicain, ça revient à peu près au même.

Il ne faUt pas non plus sous-estimer l’opinion – en dehors du lobby – du Juif moyen qui ne vit pas en Israël. Il y a en effet chez la plupart des Juifs une foi [geloof]– je pourrais difficilement décrire ceci autrement – qu’ils ont raison. Et la foi est quelque chose qu’on peut difficilement combattre avec des arguments rationnels. Ca ne dépend du fait si ces Juifs sont croyants ou pas. Même les Juifs laïques [vrijzinnige] partagent la même croyance d’avoir effectivement raison. Il n’est donc pas facile, même avec un Juif modéré, d’avoir une discussion rationnelle sur ce qui se passe au Moyen-Orient. C’est une question très émotionnelle."

A la suite de ces propos, le porte-parole de la communauté juive en Belgique demande au président de la Commission européenne de licencier Karel De Gucht. Le 3 septembre, Catherine Ashton, Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères prend la défense de Karel De Gucht. Le 4 septembre Le soir, le quotidien belge francophone le plus lu rend compte de l’affaire ; sous le titre « Karel De Gucht brave les tabous », le journaliste Maroun Labaki pose la question : "Faut-il dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ?". 

Le 8 septembre José Manuel Barroso fait savoir qu’il ne prendra aucune sanction. Comme le souligne le New York Times qui cite le Congrès Juif européen, M. De Gucht n’a pas présenté des excuses (pourquoi les présenterait-il puisque sont "tort" serait d’avoir dit tout haut des vérités que tout le monde "pense tout bas" ?) et ne s’est pas non plus rétracté (car une rétractation équivaudrait à nier l’extraordinaire emprise du "lobby juif" sur la politique américaine). 

Et c’est le Wall Street Journal qui tire la conclusion sous le titre «  La réponse de l’Europe à l’antisémitisme : "Pas de commentaire" » : « M. De Gucht s’est défendu en insistant sur le fait qu’il n’avait exprimé que son "point de vue personnel", et pas celui de la Commission européenne dans son ensemble. Il ne devrait pas être si modeste. Il ne manque pas de soutiens. C’est la raison pour laquelle il demeure en fonction. Et c’est la raison pour laquelle l’avenir de l’Europe ressemble de plus en plus à l’Europe du passé. » 

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