TURQUIE. “L’attentat place Erdogan face aux conséquences de sa politique”

La colère monte en Turquie après l’attentat qui a fait 97 morts, ce samedi à Ankara. Accusé de jouer un double jeu avec les djihadistes, le pouvoir central turc fait désormais de Daech le suspect numéro un de l’attaque.
Deux jours après l’attentat qui a frappé Ankara et fait au moins 97 morts au cours d’une manifestation pour la paix, la Turquie s’enfonce dans une nouvelle crise politique. Alors que l’opposition pro Kurde pointe la responsabilité du président turc M.Erdogan dans l’attaque de samedi, le pays voit les élections législatives anticipées se profiler sous haute tension dans moins de trois semaines.
Lundi, le Premier ministre Ahmet Davutoglu a confirmé que l’enquête se concentrait sur la piste jihadiste mais n’a toutefois pas exclu que l’attentat soit l’oeuvre du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ou du parti kurde d’extrême gauche, qu’il a présentés comme des “suspects potentiels”. Jean Marcou, chercheur à Scien Po Grenoble et spécialiste de la Turquie, répond aux questions de “L’Obs”
Une partie de l’opinion publique turque accuse Erdogan de complicité directe avec Daech…
– Concernant une éventuelle implication des services secrets turcs dans la commission de l’attentat, il existe des cellules dormantes capables d’être instrumentalisées par ces services pour participer à des actions de l’ombre, voire échappant parfois au contrôle de ces services. Cela s’est déjà vu par le passé. Mais l’ampleur de l’attentat, ses conséquences incertaines, le fait qu’il se soit déroulé à Ankara, au coeur de l’Etat, sont autant d’éléments qui rendent ce scénario peu probable.
L’attentat met surtout Erdogan face aux conséquences de sa politique extérieure. Il renvoie à des questions gênantes pour le pouvoir central turc : sa politique en Syrie et ses relations avec les djihadistes. Depuis 2012, Ankara joue à un jeu très complexe : d’un côté, Erdogan donne l’impression d’avoir des intérêts stratégiques communs avec Daech, comme on l’a vu lors du siège de Kobané, l’année passée, et de l’autre, il laisse aujourd’hui les Américains utiliser ses bases pour frapper l’Etat islamique. Depuis la mi-juillet, la Turquie bombarde les positions de Daech en Syrie, ce qui ne l’empêche pas d’attaquer massivement les bases arrière du PKK en Irak. Elle est beaucoup trop impliquée dans les antagonismes régionaux. C’est une rupture avec les traditions isolationnistes de naguère.

Lire l’article complet sur Le Nouvel Obs

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397 2 Oct 12, 2015

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