Ce que l’intifada des couteaux révèle de la véritable nature du conflit entre Israéliens et Palestiniens

L’intifada des couteaux fait rage à Jérusalem. Cette énième résurgence du vieux conflit israélo-palestinien porte en réalité sur le coeur même de l’opposition entre les deux peuples : la question des lieux saints.
Les tensions autour de le Mont du Temple à Jérusalem sont à l’origine de cette nouvelle intifada. Par ailleurs, six pays musulmans (l’Algérie, l’Egypte, le Koweït, le Maroc, la Tunisie et les Emirats arabes unis) ont déposé dernièrement une résolution à l’UNESCO pour rattacher le Mur des lamentations à la mosquée Al Aqsar, une manière de la rendre de fait intégralement musulmane. Cela aurait pour conséquence de supprimer un symbole religieux et historique juif majeur de Jérusalem, donc d’atteindre la légitimité de la présence du peuple juif sur cette terre.
Atlantico : La contestation ne porte plus sur des questions territoriales ou de développement économique mais sur les symboles religieux. Le fondement religieux sur lequel repose cette nouvelle intifada ne la rend-t-elle pas différente des autres ? Ne sommes-nous pas en train de voir le conflit atteindre l’os de ce qui oppose Israéliens et Palestiniens ?
Gilles-William Goldnadel : Si l’on veut essayer de comprendre la dernière séquence de ces événements tragiques, il faut séparer deux explications qui d’une certaine manière se rejoignent. Ceux qui agressent des juifs au couteau à Jérusalem, à Tel Aviv ou même ailleurs, ne sont pas très différents de l’EI, de Coulibaly, de Kouachi ou d’islamistes qui décapitent au Moyen Orient, en Syrie ou en Irak. Par quel miracle voulez-vous que l’on ne subisse pas la folie islamiste en Judée et Samarie ? Dans cette dernière séquence, la radicalité palestinienne rejoint la radicalité islamiste au Machrek mais également en Europe d’une certaine manière. De ce point de vue-là malheureusement on ne peut pas faire de différence. Mais à côté de cela il y a une plus-value exceptionnelle qui est la donne palestinienne. Le nationalisme arabe palestinien a définitivement cédé la place à l’islamisme palestinien. Il a toujours été mâtiné d’islamisme mais il avait toujours une substance panarabe. Le panarabisme a quitté la scène politique aujourd’hui. Il ne reste que la donne islamo-palestinienne. C’est pourquoi il y a le Hamas et des mouvements à Gaza et un Mahmoud Abbas qui utilise la phraséologie islamiste pour survivre. Peu avant l’arrivée de tous ces crimes au couteau, il y a eu en septembre un discours de Mahmoud Abbas sanctifiant le sang des martyres sur l’esplanade des mosquées-Mont du temple. C’est ce discours-là qui touche les jeunes arabes palestiniens. Il prend racine sur le vieux fantasme arabe de Palestine qui date de plusieurs siècles selon lequel les infidèles, les juifs et les mécréants veulent chasser les musulmans de leurs mosquées. Il est utilisé à l’encontre des religieux juifs qui considèrent qu’ils ont le droit de prier sur le mont du temple. Jusqu’à présent nous étions épargnés par cette problématique puisque les rabbins considéraient que l’on n’avait pas le droit d’aller prier sur le mont du temple de peur de souiller le saint des saints. Certains rabbins à présent considèrent qu’on peut aller prier sur ce lieu. Les religieux notamment sionistes considèrent à présent qu’il n’y a aucune raison pour laquelle les musulmans auraient le droit de s’y rendre et pas les juifs. Ce raisonnement n’est pas en soi critiquable mais est politiquement très inflammable. Les extrémistes ainsi qu’une large partie des palestiniens considèrent à présent qu’il y a un danger. C’est la raison pour laquelle Benjamin Nétanyahou est très attaché au maintien du statu quo. Tout ceci explique l’irrédentisme d’un nationalisme arabe de Palestine qui a longtemps puisé sa radicalité sur dans la religion. Il y a donc une double raison de ne pas arriver à la paix avec les juifs. Il y a la raison politique puisque l’autorité palestinienne est une terre arabe. Il y a la raison religieuse, puisque c’est une terre d’Islam. Il n’est pas question de céder un pouce du Dar-al islam du monde musulman.

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556 0 Oct 23, 2015

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