Les mandats d’arrêt syriens, un choc politique sans effets judiciaires ; le gouvernement déstabilisé

Entre le régime syrien et le Premier ministre, Saad Hariri, c’est la rupture. Les mandats d’arrêt contre Marwan Hamadé, trois hauts magistrats, deux officiers supérieurs des FSI, de proches conseillers du Premier ministre, d’anciens députés et ambassadeurs et de journalistes ne peuvent être compris que comme un coup fatal donné au rapprochement qui s’esquissait entre Damas et la personne de Saad Hariri, avec lequel la Syrie semble avoir coupé les ponts, après avoir vainement tenté d’obtenir de sa part un remaniement gouvernemental et une renonciation à la justice internationale.

Survenant alors que le président syrien se trouve en visite en Iran, ces accusations sont également un coup sévère porté à l’accord syro-saoudien destiné à préserver au Liban la stabilité gouvernementale et sécuritaire.

Le député Marwan Hamadé, directement concerné par ces mandats, a affirmé hier à L’Orient-Le Jour que la décision syrienne est « un choc politique sans effets judiciaires », précisant que M. Saïd Mirza « ne va certainement pas prendre note d’un mandat demandant sa comparution en justice ».

Le député Okab Sakr a dénoncé cette « étrange » mesure et jugé qu’elle représente « un choc » au processus d’établissement des relations de confiance entre le Premier ministre et le régime syrien. M. Sakr a demandé au chef de l’État et au gouvernement de réagir « fermement et de façon tranchée » à ce développement et a jugé indispensable que M. Nabih Berri (نبيه ب& demande au Parlement, ou au moins à une commission spéciale, de faire justice d’une demande concernant un député jouissant de l’immunité parlementaire. M. Sakr a également estimé nécessaire que le Conseil supérieur de la magistrature et le ministère de l’Intérieur réagissent à cette ingérence inadmissible dans les affaires internes du Liban, de la part d’un autre appareil judiciaire entièrement inféodé au pouvoir politique de son pays. Enfin, M. Sakr a invité les ordres de la presse et des rédacteurs à réagir en conséquence.

« Il s’agit d’un fait sans précédent dans les relations d’État à État », a affirmé de son côté une source politique qui a requis l’anonymat. Et d’estimer qu’en aucun cas Interpol ne tiendra compte de mandats d’arrêt émis par un État portant encore, avec l’Iran et la Corée du Nord, le stigmate du terrorisme, aux yeux de la communauté internationale.

Pour sa part, le directeur général des FSI, le général Achraf Rifi, a assuré qu’Interpol ne tiendra pas compte de ces mandats, jugés « politiques ». Et de rappeler qu’un mandat syrien délivré par le passé à l’encontre de Walid Joumblatt n’avait pas été exécuté.

Seule la justice internationale, après une instruction considérable, est à même de lancer des mandats d’arrêt de la sorte, a estimé la source politique citée. « Ce qui s’est passé est sans précédent, c’est une atteinte intolérable aux institutions libanaises, un coup de folie », a encore affirmé cette source, qui en veut pour preuve d’autres noms figurant sur la liste syrienne, comme ceux de Detlev Mehlis ou de Abdel Halim Khaddam. « C’est un délire judiciaire », a encore jugé cette source, qui place cette initiative extrême dans le cadre d’une tentative désespérée de détourner le tribunal international de ses conclusions présumées et de les réorienter loin du Hezbollah.

 

Un ciel menaçant

En tout état de cause, ce coup de tonnerre intervient dans un ciel déjà plombé et menaçant. Ainsi, on a estimé très probable hier que le chef de l’État élimine le point touchant au financement du TSL de la réunion du Conseil des ministres qui sera consacrée aujourd’hui au projet de budget 2011. On sait, en effet, que le Hezbollah est opposé au paiement par le Liban, en 2011, de sa quote-part du budget du TSL

Le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, qui doit intervenir en Conseil des ministres sur le dossier des « faux témoins » ayant induit l’enquête internationale en erreur, dans les premiers temps, a affirmé hier que le Liban ne pourra se dérober à ce sujet, la somme qu’il doit payer n’étant que le reliquat d’un engagement financier quinquennal pris en 2007 et dont le paiement de 2011 n’est que le dernier versement.

« À mon sens, ce paiement n’a même pas besoin d’une décision du gouvernement, encore moins d’un vote », a affirmé hier le ministre, confiant que le Conseil des ministres pourra trancher le problème.

« Mais quel que soit le résultat du vote, a affirmé M. Najjar, nous ne ferons rien qui mette en péril la stabilité gouvernementale. » Et de considérer comme « hautement improbable » que le chef de l’État se dérobe, personnellement, à cet engagement international, même si des personnalités comme Nabih Berri (نبيه ب& soulèvent le caractère inconstitutionnel du traité instaurant le tribunal international, qui ne porte pas le paraphe du chef de l’État, comme le prévoit la Constitution.

En tout état de cause, une dérobade du Liban à son engagement financier ne paralysera pas le TSL, a encore jugé M. Najjar, qui affirme que le secrétaire général de l’ONU dispose de fonds spéciaux dans lesquels il peut puiser, en cas de besoin.

Pour hier, hormis le coup de tonnerre des mandats syriens, l’essentiel de l’actualité a consisté dans des déclarations faites par les uns et les autres. Le jugement de M. Walid Joumblatt, lui, est déjà fait : le tribunal ne vaut pas un bain de sang et la discorde au Liban. En somme, il est plus facile de tuer Rafic Hariri que d’accuser le Hezbollah de l’avoir tué.

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