Liban – La bombe syrienne : une bévue judiciaire et un coup de Jarnac politique

Un pavé énorme dans la mare. La justice syrienne a transformé en mandats d’arrêt les convocations adressées antérieurement, sur plainte du général Jamil Sayyed, à 33 personnalités. Dont le député Marwan Hamadé ; le directeur général des FSI, le général Achraf Rifi ; l’ancien président de la commission d’enquête internationale, Detlev Mehlis ; son adjoint Gerhard Lehmann ; le procureur général près la Cour de cassation, Saïd Mirza ; le commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire, Sakr Sakr, et le conseiller de presse du président du Conseil, Hani Hammoud. Ces mandats sont communiqués à l’Interpol pour exécution et affichés aux postes-frontières.

Une attaque manifestement politique. Sur le plan judiciaire, elle ne tient pas la route. D’abord, la justice syrienne n’a évidemment pas à se mêler d’une affaire libanaise et encore moins d’une affaire internationale. Ce sont en effet des figures de proue locales, mais également des cadres de l’ONU (à l’époque des faits) que le général Jamil Sayyed qualifie de fabricants de faux témoins. Un détail en passant, selon les indications du bureau de l’ancien directeur de la Sûreté générale, l’appareil syrien, en passant des convocations aux mandats d’arrêt, aurait sauté l’étape technique des mandats d’amener. Mais qui peut le plus peut le moins, et cela vaut en matière de sottise.

Pour rester dans le domaine juridique, il est élémentaire que des autorités suivent la procédure légale en vigueur et respectent les conventions internationales ainsi que les accords bilatéraux et les instances en place. En dehors de ces voies, toute démarche relève d’une vindicte irrecevable autorisant la partie lésée, ou visée, à user de la réciproque par le biais de ses institutions. L’on entend ainsi le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, rappeler qu’il existe des règles de conduite bien déterminées régissant les rapports entre États, de même que des accords à respecter, obligatoirement, tous ensemble. C’est-à-dire qu’on ne peut en sélectionner certains arbitrairement et en négliger d’autres. À partir de là, les responsables libanais vont étudier les moyens à mettre en œuvre pour répondre à l’initiative syrienne. Après des contacts avec Damas, aux fins d’éclaircissements.

Cependant, pour les loyalistes du cru, ce sont des considérations politiques qui sont derrière l’opération. Elle survient, notent-ils, après le sommet irano-syrien de Damas qui a confirmé l’intangibilité de l’alliance entre les deux pays. Un démenti à ceux qui avaient pensé que le rapprochement de la Syrie avec l’Arabie saoudite l’éloignerait de l’Iran. L’énigme qui reste à résoudre est que le président syrien Bachar el-Assad a effectué une visite commune au palais de Baabda avec le roi Abdallah d’Arabie saoudite, pour publier des résolutions en faveur de l’apaisement sur la scène locale, tout en déclarant que la sécurité est une ligne rouge. Mais, de Téhéran où il se trouvait, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, déclarait que « le sommet irano-syrien a insisté sur la nécessité de maintenir la détente au Liban, pour couper court à cette discorde qu’Israël cherche à exploiter ». Il n’a pas mentionné l’équation S-S, c’est-à-dire le partenariat sur le Liban avec l’Arabie saoudite. Le même avait déclaré que le TSL est politisé. Dès lors, on se demande après l’intervention subite de la justice syrienne, qui ne fait que jeter de l’huile sur le feu au Liban, si Damas ne tourne pas le dos à son entente avec l’Arabie saoudite, ainsi qu’à l’apaisement au Liban.

Autre volet de ce revirement : la Syrie s’est activée pour faciliter la conclusion d’un arrangement irano-américain sur la personne de Nouri al-Maliki comme chef du nouveau gouvernement irakien. Elle a ainsi résilié un précédent accord avec l’Arabie saoudite sur le soutien au deuxième postulant principal irakien, Iyad Allaoui.

Et comme le président Saad Hariri est notoirement proche des Saoudiens, la mesure de la justice syrienne, qui implique certains de ses collaborateurs ou amis politiques, est visiblement dirigée contre lui. Fini donc le chant des sirènes sur la normalisation relationnelle. Prestation dont l’apogée était la rencontre du chef de l’État syrien, du reste renouvelée, avec le Premier ministre libanais. Cela faisait du reste un bout de temps que des prosyriens indiquaient que Damas estimait que Hariri n’avait pas tenu ses engagements, à savoir faire cesser les critiques de ses partisans à l’encontre de la Syrie.

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