Le Liban entre le 13 octobre 1990 et le 13 octobre 2010 : vingt ans après Hafez al-Assad, Mahmoud Ahmadinedjad arrive en vainqueur. Est-ce irréversible ?

Le 13 octobre 1990, l’armée syrienne a achevé sa mainmise sur le Liban, en entrant au Palais présidentiel de Baabda, alors usurpé par Michel Aoun. Le 13 octobre 2008, le même Michel Aoun s’est rendu à Téhéran, après un passage obligé en Syrie. Aujourd’hui, vingt ans jour pour jour, Mahmoud Ahmadinedjad se rend au Palais présidentiel libanais pour confirmer ce que Hassan Nasrallah avait prédit : le Liban fera partie de la Grande République Islamique d’Iran. Avec un retard de près d’une demi-heure, l’avion du président iranien, Mahmoud Ahmadinedjad, a atterri à l’Aéroport International de Beyrouth à 9h02 (heure locale). Cette visite officielle de deux jours comprend plusieurs étapes symboliques dont des visites à Cana et Bent Jbeil (Sud), une localité considérée par le Hezbollah comme ” la capitale de la résistance “. Ahmadinedjad ne manquera pas non plus le ” musée de la Résistance “. Le président iranien sera reçu par son homologue libanais Michel Sleimane, le président du Parlement Nabih Berri, venu l’accueillir à l’aéroport, ainsi que le Premier ministre Saad Hariri, bien que la majorité parlementaire et la majorité de la population libanaise désapprouvent la visite provocatrice, durant laquelle Ahmadinedjad doit signer plusieurs accords et protocoles d’accord, notamment dans les domaines pétrolier, gazier et électrique. Les divisions que suscite cette visite poussent à la prudence et, de ce fait, il n’est pas encore certain que le président de la République islamique soit accompagné par son ” représentant au Liban “, Hassan Nasrallah, dans ses périples au Sud. Selon la télévision ” Al Arabiya “, Nasrallah se contenterait de ses apparitions par écrans géants interposés. Le cortège présidentiel iranien s’est rendu au palais présidentiel de Baabda (nord-est de Beyrouth) en empruntant l’ancienne route de l’aéroport, en passant à la lisière de la banlieue sud de la capitale, le fief du Hezbollah. Le parti chiite a massé la population tout le long du trajet, avec un service d’ordre impressionnant. Des chants en langue iranienne sont diffusés pour honorer ce visiteur de marque, qui vient confirmer sa volonté de faire du Liban ” une province maritime de l’empire perse ” . Cependant, selon plusieurs sources, le président iranien ne se rendra pas à la frontière avec Israël et ne lancera pas des cailloux en direction de l’Etat hébreu, ou selon les termes de Téhéran, ” vers la Palestine occupée “. Et ce, pour éviter de provoquer l’ennemi sioniste. Pourtant, il avait multiplié ses promesses de rayer l’Etat hébreu de la carte et sa visite au Liban aurait pu lui procurer une belle occasion pour honorer ses promesses. Mais l’objectif le plus pressé de l’Iran n’est pas de détruire Israël – ça viendra plus tard – mais de soumettre le Liban, à travers le Hezbollah. Les ” guerres verbales ” contre Israël sont fictives, destinées à mobiliser les opinions publiques arabes et à mieux contrôler la carte palestinienne. En effet, le choix de la date de la visite officielle au Liban est très symbolique. Le 13 octobre est gravé dans la mémoire collective des Libanais : il y a vingt ans, jour pour jour, l’armée syrienne entrait au Palais présidentiel de Baabda pour chasser le général Michel Aoun, qui avait usurpé le titre de président par intérim et qui avait usé et abusé de sa communauté. Aoun, en étroite collaboration avec ceux qui allaient devenir ses maîtres, avait en effet lancé, en l’espace de deux ans, deux guerres perdues : la guerre de libération contre la Syrie ; puis la guerre d’élimination des Forces Libanaises. Cette élimination était commanditée par Hafez Al-Assad comme une condition sine qua non permettant à Aoun de devenir Président. Après le retour d’Aoun de son exil parisien (2005), il s’est allié au Hezbollah puis à la Syrie (2006), dans l’espoir de devenir Président . Peine perdue. Après son allégeance au parti chiite et à Bachar Al-Assad, et ses nombreuses visites à Damas, Aoun s’est rendu à Téhéran, le 13 octobre 2008, soit le jour du 18ème anniversaire de sa défaite – âge adulte qu’il n’a pas encore atteint politiquement ! Aujourd’hui, au 20ème anniversaire, il accueille Ahmadinedjad à Beyrouth comme le ” nouveau maître du pays “. Ces deux vidéos d’archive qui suivent, datant des années 1980, montrent Hassan Nasrallah, lors d’une conférence d’endoctrinement, expliquer à ses disciples son projet pour le Liban : ” nous ne voulons pas un Etat islamique au Liban, mais nous œuvrons pour que le Liban fasse partie de la Grande République Islamique d’Iran, dirigée par Dieu et par son Vicaire, wali el-Faguih, qui détient la Vérité et dont les ordres sont indiscutables… “. Dans la seconde vidéo, Nasrallah reconnait que ” les déclarations politiques et diplomatiques font partie de la manœuvre. L’essentiel est ailleurs “.

IMG/flv/nasrallah.flv

Lire l’article complet sur MediArabe.info

Share This

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.