37 ans après la guerre du Kippour, le Procès-verbal de la réunion du Cabinet révéle de nouvelles vérités

La presse israélienne consacre une large place à la publication par les Archives nationales de comptes-rendus des réunions du cabinet de guerre des 6, 7, 8 et 9 octobre 1973, les premiers jours de la Guerre de Kippour. Ces documents provoquent aujourd’hui encore de vives émotions en Israël où cette guerre meurtrière reste, 37 ans plus tard, un vif traumatisme… Huit autres protocoles de 1973 ont été révélés : Golda Meir envisageait une opération « folle » contre la Syrie / Yehonathan Lis ““ Haaretz Les Archives nationales ont autorisé hier la publication de huit nouveaux protocoles des réunions présidées par le Premier ministre Golda Meir au cours de quatre premiers jours de la Guerre de Kippour. Ces protocoles donnent un aperçu exceptionnel des préparatifs militaires et diplomatiques qui furent effectués durant les heures qui ont précédé l’offensive des armées égyptienne et syrienne. Ils décrivent dans le détail l’existence d’une source au sein des services de renseignement qui a fourni des informations fiables concernant l’attaque attendue le jour même, ce qui a permis aux responsables politiques israéliens d’envisager une action préventive contre la Syrie et l’Egypte. Ces protocoles rendent aussi compte de la relation étroite qu’entretenaient à la veille de cette guerre le roi Hussein de Jordanie et les dirigeants israéliens. Moshé Dayan, le ministre de la Défense de l’époque, a proposé au cours de ces réunions de mobiliser même des hommes qui, du fait de leur âge, n’appartenaient plus à l’armée de réserve ainsi que des Juifs vivant à l’étranger. Il a également proposé d’attaquer d’une manière sans précédent des cibles à Damas et dans ses environs, même si cela devait coûter la vie à des civils et entraîner une riposte contre Tel Aviv. Le cabinet de guerre a aussi envisagé de convoquer des jeunes de moins de dix-huit ans et de leur faire suivre des entraînements, pour qu’ils soient prêts à combattre si la guerre se prolongeait. Les participants à ces réunions plaçaient aussi de nombreuses espérances en l’arrivée de l’hiver qui aiderait Israël, du moins sur le front syrien. En tout état de cause, la décision était sans appel : « Nous n’avons pas le droit de capituler, c’est une question de principe ». Ces protocoles font à nouveau ressortir l’inconscience israélienne face aux capacités militaires des armées arabes. Le matin même du Yom Kippour, le chef des renseignements militaires, Eli Zeïra, estimait encore que le président égyptien, Anouar el-Sadate, n’oserait pas déclencher une guerre contre Israël. Face à cette opinion, et contre l’avis de Moshé Dayan, le Premier ministre Golda Meir a décidé malgré tout de mobiliser 200 000 réservistes pour pouvoir faire face à la situation si une guerre éclate. Par la suite, Golda Meir et les hauts responsables militaires ont fait des efforts exceptionnels pour obtenir une aide militaire conséquente des Etats-Unis, quarante avions de combat et quatre cents chars. Le Premier ministre envisageait même d’effectuer, sans en informer le gouvernement, une visite de vingt-quatre heures aux Etats-Unis pour y rencontrer le président Richard Nixon afin de le convaincre d’aider Israël. Post-traumatisme / Nahum Barnéa ““ Yediot Aharonot Que nous apprennent ces comptes-rendus ? Ils traduisent tout d’abord de manière concrète l’ampleur du choc subi par les dirigeants israéliens. A six heures de l’offensive égypto-syrienne, alors que les informations en provenance du terrain indiquent clairement qu’une guerre est sur le point de se déclencher, les participants aux réunions plaçaient leurs espérances dans les propos apaisants du chef des renseignements militaires, Eli Zeïra : « Ils sont prêts, mais Sadate n’a pas encore donné l’ordre. Il est pourrait se rétracter ». Vingt-huit heures plus tard, Moshé Dayan parlait en des termes désespérés : « C’est une guerre pour la terre d’Israël. La ligne de front du canal de Suez est perdue. Je suis certain que la Jordanie va se joindre à la guerre. Il faut se préparer à une guerre longue ». Les comptes-rendus montrent aussi à quel point Israël était dépendant du gouvernement américain. Cette dépendance est absolue, que ce soit pour obtenir précipitamment des avions et des chars ou pour le vote d’un cessez-le-feu au Conseil de sécurité. Le détresse israélienne était si grande que Golda Meir a proposé de partir secrètement pour Washington pour rencontrer le président Nixon en tête à tête et lui rappeler pourquoi il déteste tant les Russes et le convaincre d’accorder une aide d’urgence à Israël pour ne pas laisser une victoire aux Russes (ce qu’il finira par faire, grâce au pont aérien). Le troisième élément ce sont les personnalités qui ressortent des propos du Premier ministre, Golda Meir, du ministre de la Défense, Moshé Dayan, et du chef d’état-major, David Elazar. : Golda Meir fait preuve de caractère, de bon sens et de leadership. Elle ne panique pas. Concernant les aspects militaires, elle pose de nombreuses questions, souvent bonnes. En quelques heures, Moshé Dayan se transforme. De chef militaire, il devient commentateur et le vainqueur orgueilleux se mue en défaitiste. David Elazar tient, lui, des propos plus pondérés et propose de tenir les positions à tout prix. Le quatrième point à noter est qu’au cours de ces trois premiers jours déterminants, ce sont surtout les décisions qui n’ont pas été prises au cours de ces réunions qui ont pesé : pas d’attaque préventive ; pas de demande de cessez-le-feu ; pas de riposte d’exception. Le sort de la guerre ne s’est pas décidé lors de ces réunions au bureau du Premier ministre mais sur le terrain, grâce au sang des soldats. La Guerre de Kippour, qui a débuté par une terrible déroute, s’est conclue par une victoire qui a fait naître le processus de paix avec l’Egypte et des décennies de calme le long de la frontière syrienne. Cela aussi il faut s’en souvenir lorsque l’on parle d’échec lors de la Guerre de Kippour.

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