Yana Grinshpun : Le Petit Robert et la grande révision sur Israël

26 Novembre 2021 à 11h57 | Au-delà de la polémique du “iel”, la linguiste dénonce des définitions orientées et des partis pris idéologiques du dictionnaire autour du conflit israélo-palestinien.
 
Le Petit Robert est sous les feux de la rampe et tout le monde en parle. Mais ce texte ne portera pas sur le nouveau-né par insémination artificielle : “iel”. Les linguistes se sont déjà demandé quelles en sont les formes pronominales correspondant à un complément d’objet direct et indirect, d’autres ont remarqué les incohérences d’accord (“iel est con” reste toujours masculin, hélas), d’autres encore ont vu que le neutre a curieusement une forme féminine “ielle”. Bref, tout cela a déjà été dit et qu’ “iels” se débrouillent comme ils peuvent. Après tout, la créativité lexicale est à l’honneur et le français commun est d’ores et déjà “has been”. Allons, enfants de la matrie, laissons “iels” faire.
 
Les dictionnaires sont réputés décrire le patrimoine linguistique aussi objectivement que cela est possible. Or, les ouvrages lexicographiques ne sont pas “neutres”, ils sont fabriqués par des êtres humains qui ne sont pas exempts de préférences idéologiques. Ils sont engagés dans les débats sociétaux, ils ont leurs opinions en matière d’enseignement, de langue, d’usages, etc. Il est donc impossible d’exclure le fait que des choix tout à fait personnels transparaissent dans les dictionnaires. Alain Rey, dans sa préface de La lexicographie militante écrit à propos des discours lexicographiques : “On voit ici que la décision de produire un dictionnaire, que le projet lui-même peut faire partie d’une action militante qui peut dépasser en l’englobant l’activité lexicographique même”.
 
Le militantisme peut être bénéfique pour l’avancement vers l’émancipation, le progrès et toutes les bonnes causes socio-politiques ; de cela, il n’y a aucun doute. Le Petit Robert a toujours été considéré par les linguistes comme un dictionnaire progressiste dans le sens où il essayait de tenir compte de la grande variété des usages. Mais il peut aussi, tout en affichant son implication au bénéfice des bonnes causes faire le contraire, en proposant une terminologie sujette à caution, pour ne pas dire révisionniste.
 
Prenons par exemple Le Robert Junior (CE, CM, 6°), éd. 2020 qui contient une partie “Noms propres”, fort utile aux enfants qui doivent préparer leurs exposés pour les cours d’histoire-géographie. On y découvre une vision de l’histoire très particulière : “Juda (royaume de)-Royaume du sud de l’autorité palestinienne. Il fut fondé vers 931 avant Jésus-Christ par les tribus de Juda et de Benjamin. Le roi de Babylone Nabuchodonosor II le détruisit après avoir pris Jérusalem à plusieurs reprises (597 et 687).”

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162 5 Nov 27, 2021

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