Présidentielles françaises : Sarkozy cumule les erreurs stratégiques et se rapproche de la Syrie. Dominique de Villepin se trompe de méthode, critique l’interdiction de la Burqa et caresse l’Algérie

Une source arabe du Golfe nous a livré ses regrets de voir la droite française partir dans une campagne électorale prématurée pour les présidentielles de 2012, en cumulant les erreurs stratégiques et tactiques. Traditionnellement appréciée dans les monarchies pétrolières du Golfe, pour son libéralisme, la droite française se tire une balle dans le pied et fait le lit de ses adversaires. Dans son analyse, notre source refuse de s’ingérer dans le débat franco-français, tant au niveau de la réforme des retraites et de ses conséquences, que sur les affaires présumées d’écoutes ou de pressions exercées sur des journalistes d’investigations, encore moins sur les affaires qui ont éclaboussé la classe politique ces derniers mois. Notre source se limite à observer particulièrement la politique française dans la région et à ses retombées sur le débat en France. Le point crucial de cette lecture, faite pour nous par un diplomate qui a passé plusieurs années à Paris avant de rejoindre le ministère des Affaires étrangères dans son pays du Golfe, porte sur deux aspects des relations entre la France et ses dirigeants d’une part, et le monde arabe d’autre part. Avec beaucoup de regret et une crainte certaine pour l’avenir de la droite française, tiraillée entre plusieurs courants (Sarkozyste, Villepiniste, Nouveau Centre, MoDem…), notre interlocuteur a énuméré ” les erreurs stratégiques déjà cumulée par l’équipe présidentielle dans l’établissement des relations avec l’autre rive de la Méditerranée “. Ainsi, notre source peine à cacher sa déception quant aux ” gesticulations qui ont fait perdre un temps précieux à l’Elysée “. Et d’expliquer : ” la Présidence française a voulu courir plusieurs lapins à la fois, et les a tous loupés. Au nom de la rupture avec la politique de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a parié sur le plus mauvais cheval en misant sur sa «nouvelle amitié» avec le régime syrien, rejeté par l’ensemble de la communauté internationale “. Or, le résultat de ce pari est sans appel : ” la France a perdu d’importants contrats dans le Golfe ; le roi Abdallah d’Arabie a reporté deux visites officielles en France, avec les conséquences économiques désastreuses ; le tout, sans rien obtenir en Syrie “, estime le diplomate. Pis encore, selon notre source : ” Nicolas Sarkozy persiste dans cette voie en voulant recevoir le général Michel Aoun (15 novembre). Pourtant, ce dernier et ses lieutenant, souvent détenteurs de la nationalité française (Simon Abi Ramia et Nabil Nicolas) ne ratent pas une occasion sans déverser leur haine et leur hostilité à la France “. Or, le plus dangereux selon notre interlocuteur, est que ” l’invitation adressée à Aoun répond (comme l’a confirmé le quotidien ” Al-Hayat ” dans son édition du 8 novembre ) à une demande syrienne transmise par Michel Samaha à l’entourage du président Sarkozy. Ce faisant, l’Elysée donne l’impression, au mieux, d’être déboussolé, au pire, d’être menacé. Cette menace semble être liée à la fois à la sécurité du territoire français et à celle des militaires français déployés au Sud-Liban (FINUL), littéralement otages du Hezbollah “. Cette hypothèse semble d’autant plus crédible que le quotidien ” Asharq Al Awsat ” du 2 novembre dernier a révélé le plan d’action militaire préparé par le Hezbollah et ses alliés pour mener un coup d’Etat au Liban dès la publication de l’acte d’accusation par le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL). Selon notre interlocuteur, ” en recevant Michel Aoun, la France aura coopté par avance le coup d’Etat. D’autres sources affirment en outre que la Syrie attend la mise en exécution de ce plan pour intervenir militairement au Liban afin de remettre de l’ordre et empêcher toute contagion vers son territoire, en comptant bien entendu sur la nouvelle amitié avec Paris pour empêcher ce dernier de réagir et de s’opposer à son retour au Liban “. Déboussolée, la France le serait en raison de la multiplication des interlocuteurs et des intervenants dans les dossiers étrangers, au niveau de la Présidence. Ce qui engendre des contradictions périlleuses et des dysfonctionnements préjudiciables. Ainsi, tout en affirmant soutenir le TSL, la France accueille ses détracteurs qui menacent de détruire le Pays du Cèdre pour empêcher la justice de passer ! Or, constate notre source, ” cette situation créé un véritable malaise au sein des élus et des militants de l’UMP pour lesquels ces «gesticulations» trahissent leurs principes et détruisent l’image d’une France puissante, réduite désormais à exécuter les ordres de Bachar Al-Assad et à coopter le Hezbollah. Ce sentiment est aggravé par la perte de respectabilité ressentie par les Français dans les monarchies du Golfe. Ils estiment être victimes de sanctions liées à la politique diplomatique de Paris “. A ces erreurs stratégiques cumulées par l’équipe élyséenne s’ajoutent les erreurs tactiques de ses concurrents pour les présidentielles. Notre interlocuteur relève ainsi la gravité de deux événements en particulier qui ont précédé la virulente attaque verbale menée le 7 novembre par l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin. ” Le premier événement est la visite de Villepin au Qatar, en janvier dernier, et ses prises de positions depuis Doha contre la loi interdisant le port de la Burqa en France, et contre les pressions exercées sur la liberté du culte. Le deuxième fait marquant est la virulente sortie d’un proche de Villepin depuis Alger, à travers la presse arabophone algérienne, fin octobre “. En effet, en marge du Salon du Livre d’Alger, l’ancien ministre de l’Egalité des chances du gouvernement Villepin, Azouz Begag (d’origine algérienne), a vivement critiqué la politique de Sarkozy et invité les Français à voter Villepin, ” le seul capable de sortir les relations franco-algériennes de la crise “. Dans le quotidien ” Ech-Chorouk ” du 30 octobre , Begag a enfoncé le clou en affirmant que ” Sarkozy a adopté le discours de l’extrême droite, s’est allié aux harki et autres mouvements sionistes, et a cautionné la loi du 23 Février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés et valorisant le colonialisme “. Devant la presse algérienne, Begag s’est félicité d’avoir été le premier Français d’origine
algérienne à avoir mené les élections régionales en tant que tête de liste. Et malgré son échec, il affirme ” avoir ouvert une porte pour marquer l’avenir.

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