EMMANUEL NAVON Mettre fin au monopole du pétrole : Le rôle d’Israël

Jerusalem Post 10/11/2010 – Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

La technologie révolutionne l’utilisation de l’électricité et des biocarburants de transport.

L’émergence de la Chine comme importateur majeur de pétrole provoque des tensions géopolitiques avec les USA pour assurer la fourniture de pétrole. Les ressources en pétrole de la Russie – explication significative de l’agressivité croissante de la politique étrangère de ce pays – sont aussi une préoccupation pour les USA., comme l’est l’épuisement prévu des ressources mondiales en pétrole dans les décennies à venir. La solution à ce problème consiste à mettre fin au statut monopolistique du pétrole en faisant la promotion de l’usage de biocarburants et d’électricité pour les transports – une chose pour laquelle Israël peut contribuer grâce à son avance technologique dans les voitures électriques et les biocarburants de seconde génération.

Plus que toute autre source d’énergie, le pétrole est au coeur de tensions géopolitiques du fait de son monopole comme source d’énergie pour le transport (par terre, mer, et air). La dépendance des USA par rapport au pétrole n’est pas liée à la production d’électricité. Seulement 1 à 2 % de l’électricité utilisée aux USA est générée par le pétrole. De même, seulement 2 à 4 % de l’électricité de l’UE est produite à partir de pétrole. Puisque les économies des pays industrialisés ne génèrent plus d’électricité à partir du pétrole, la promotion de l’électricité nucléaire ou de l’énergie renouvelable n’aurait pas d’effet sur la réduction de la dépendance au pétrole.

La construction de davantage d’usines nucléaires, de panneaux solaires et d’éoliennes réduirait seulement l’utilisation du charbon et du gaz dans la production d’électricité.

Cela aurait un impact positif sur l’environnement, mais virtuellement aucun impact sur la consommation de pétrole. Les USA sont presque autosuffisants pour la production d’électricité, mais totalement dépendants pour le pétrole importé pour les transports.

 

En fait, l’Amérique est plus dépendante des importations de pétrole aujourd’hui qu’ils ne l’étaient il y a 40 ans, du fait de baisse de la production domestique. En 1973, Les USA importaient 35% de leur consommation de pétrole, à comparer à 60% en 2007.

La seule manière de réduire vraiment la dépendance au pétrole dans un pays comme les USA est de changer la source d’énergie utilisée par les moteurs.

Il existe deux alternatives réalistes : l’électricité et les biocarburants. Alors que l’hydrogène semble sur le papier être la troisième alternative, il demeure impraticable et coûteux. L’hydrogène n’existe pas dans la nature sous une forme utilisable et doit donc être séparé des matériaux (comme l’eau, le gaz naturel ou le charbon) dont il fait partie pour être utilisé comme combustible.

Incidemment, la technologie israélienne révolutionne l’utilisation du transport électrique et des biocarburants. Le scientifique Yitzhak Barzin a fondé ‘GreenFuel’*, compagnie qui produit un combustible biologique à partir d’algues marines. L’entrepreneur Shaï Agassi a fondé ‘Better Place’* en 2007, avec pour objectif de réaliser des voitures électriques acceptées dans le monde entier.

 

En Janvier 2008, Better Place a signé un accord de partenariat avec Renault-Nissan pour lancer un projet de nouvelle voiture électrique.

Renault-Nissan fabrique les véhicules alors que Better Place construit le réseau de chargement électrique, qui permettra à ses clients de faire leur recharge où qu’ils stationnement.

 

Plus significativement, des stations d’échange des batteries permettront aux conducteurs de changer simplement leur batterie déchargée contre une autre en pleine charge en moins de temps qu’il ne faudrait pour remplir son réservoir. Ces stations seront distribuées exactement comme des stations d’essence, et l’échange de batterie n’impliquera pas de coût supplémentaire, puisque le client ne paie que pour le kilométrage.

 

Alors qu’Israël est parmi les premiers « pays d’essai » pilotes de Better Place* (la compagnie réalise aussi son modèle au Danemark et à Hawaï), le gouvernement a fait peu de choses pour la promotion des biocarburants. A l’opposé, l’UE et les USA ont adopté des politiques qui rendent les biocarburants obligatoires. La directive de la Commission Européenne sur l’énergie renouvelable exige que 10 % des carburants soient composée de biocarburants d’ici 2020. Beaucoup des avions légers fabriqués en Europe utilisent maintenant un bio-diésel, aussi bien pour son coût que ses qualités aériennes.

 

L’US Air Force introduit l’utilisation de carburants synthétiques fabriqués à partir de gaz dérivé du charbon ou de la biomasse. Son objectif est d’utiliser un mélange 50-50 de carburant d’avion synthétique et traditionnel pour la moitié des besoins de son aviation d’ici 2016. De même pour l’US Navy, elle teste des biocarburants sur les turbines des bateaux. Elle a aussi lancé récemment un bateau amphibie d’attaque qui fonctionne avec un moteur électrique à basse vitesse. L’ambition ultime de la Navy est de développer des bateaux tout à l’électricité.

 

Israël est sûrement conscient du besoin de détrôner le pétrole, et a pris récemment des initiatives à cet égard (comme le lancement de la conférence internationale de l’énergie renouvelable sur une base annuelle en 2007, la création de l’Institut pour la Politique de l’Energie Renouvelable à l’IDC en 2008, et la mise en place d’une commission nationale pour le remplacement des carburants fossiles en 2009). En septembre, le gouvernement a décidé d’investir près de 200 millions de NIS (shekels) en R&D pour les 10 années à venir destinés à créer des alternatives au pétrole. (Le plan fait aussi appel aux donations du secteur privé pour que l’argent du gouvernement soit augmenté à un niveau de 180 millions de shekels par an).

 

Pour éviter la dépendance périlleuse à des voitures exclusivement électriques (une rupture provoquée par des catastrophes naturelles pourrait paralyser les transports de régions entières), des prises de véhicules électriques hybrides circulant à l’électricité mais passant automatiquement à un carburant liquide (dont un biocarburant) quand la charge électrique est consommée seront très probablement les véhicules les plus répandus dans l’avenir. De plus remplacer des voitures à l’essence par des voitures électriques réduirait seulement partiellement la dépendance mondiale au pétrole du fait de l’utilisation massive du pétrole par des bateaux et des avions (aussi bien civils et militaires. D’où l’importance des biocarburants.

 

La controverse sur les biocarburants est trop vaste et complexe pour être discutée ici. Une remarque importante, cependant, c’est qu’ils n’ont pas besoin d’être produits à partir de récoltes alimentaires.

Des biocarburants de « seconde génération » sont produits à partir des déchets, des algues et de la végétation non alimentaire.

Un exemple est l’éthanol cellulose.

Un autre exemple, ce sont les algues, qui doublent leur masse en quelques heures et produisent 30 fois autant de pétrole par hectare, comme les tournesols.

Plus significatif, les algues dévorent le dioxyde de carbone, principal responsable du réchauffement climatique. Faire pousser des algues comme une récolte permet la production de biocarburant.

 

Il persiste un fait curieux, cependant, c’est que les biocarburants sont virtuellement inexistants dans le paysage des transports d’Israël. Le gouvernement doit être plus proactif à cet égard. En contribuant à briser le monopole du pétrole sur le transport, Israël ne fera pas que renforcer sa valeur stratégique vis-à-vis des USA et de l’Europe, il pourrait aussi donner à ses voisins producteurs de pétrole une bonne raison d’être plus pragmatiques.

Lire l’article original en anglais sur Jerusalem Post

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569 0 Nov 11, 2010

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