Le piège

A force de faire une fixation sur la nécessité ou non de geler à nouveau la construction dans les implantations pour permettre la reprise des négociations avec l’Autorité palestinienne,on oublie en général la deuxième condition posée par Abou Mazen. Et c’est dommage parce qu’elle vaut la peine qu’on s’y attarde quelque peu. D’autant qu’elle a d’ores et déjà été acceptée par les Américains, ce qui ne surprendra personne, et par les Israéliens, ce qui est plus étonnant. Abou Mazen a exigé que durant les trois prochains mois, les négociateurs ne discuteront que d’un seul sujet, à l’exclusion donc de tous les autres: les frontières du futur Etat palestinien. Si donc demain Bibi trouve la formule qui permette de convaincre les ministres du Likoud de voter contre leurs propres principes tout en ayant l’impression de le faire pour la bonne cause, les représentants israéliens et palestiniens ne parleront ni des réfugiés ni de Jérusalem, ni de l’incitation à la haine d’Israël que l’on trouve toujours dans les manuels scolaires palestiniens, ni du Hamas, ni de la démilitarisation de la Judée-Samarie, mais uniquement des frontières. Or, amis lecteurs, pourquoi pensez-vous qu’Abou Mazen ait imposé cette condition? Elémentaire, mon cher Bibi. Les Palestiniens ont depuis longtemps renoncé à parvenir à un accord quelconque avec Israël. On les comprend. Pourquoi en effet perdre du temps à dialoguer avec les Juifs alors que l’on peut obtenir bien davantage en exerçant sur eux des pressions qu’Obama se fait un plaisir d’imposer? En fait, l’idée de l’Autorité palestinienne est d’obtenir un Etat sans être obligée de reconnaître l’Etat Juif ou de lui accorder une quelconque légitimité. Sans être tenue de faire la moindre concession sur Jérusalem, sans s’engager à ne pas signer d’accord militaire avec ses paisibles voisins, sans devoir restreindre son droit à utiliser l’espace aérien comme bon lui semble, sans renoncer à contrôler les sources d’eau, sans accepter une présence militaire israélienne sur le Jourdain… Or il suffit pour cela que la majorité automatique de l’ONU décide unilatéralement la création de l’Etat Palestinien, avec la bienveillance des occidentaux et la complicité d’Obama. Tous les porte-parole palestiniens le disent ouvertement: si les pourparlers n’aboutissent pas, ils demanderont à l’ONU de reconnaître leur Etat. Or il n’y a à l’heure actuelle qu’un seul obstacle à cette démarche: les instances internationales ne peuvent reconnaître un Etat sans frontières. Or les frontières de l’Etat palestinien sont au centre de la controverse avec Israël. L’administration américaine ne peut quand même pas imposer à Israël des frontières qu’il jugerait inacceptables. Le plan d’Abou Mazen est donc d’une simplicité enfantine: forcer Israël à discuter « dans un premier temps » des frontières et obtenir en quelques mois un accord israélien sur le sujet. Au moment où les Israéliens demanderont alors de passer à la question suivante: prérogatives et limites de l’autorité du futur Etat, démilitarisation, reconnaissance du caractère juif de l’état hébreu, statut de Jérusalem, limitation du droit des réfugiés palestiniens au retour, etc. Abou Mazen fait capoter la négociation sous un prétexte quelconque, et avec l’accord israélien sur le tracé de la frontière en poche, demande à l’ONU de voter la reconnaissance de son Etat. Le 23eme Etat arabe est né, voté à l’unanimité par les Nations Unies moins deux voix (Israël et la Micronésie) et avec une abstention (les Etats-Unis). Vous me direz: mais si le scénario est clairement annoncé, comment se fait-il qu’Israël s’y engouffre tête baissée en acceptant d’y tenir le rôle qu’on cherche à lui faire jouer: celui du dindon de la farce? Bonne question dont je vous laisse, amis lecteurs, imaginer les multiples réponses possibles. Reste à espérer que la coalition au pouvoir sera suffisamment clairvoyante pour aider Netanyahou à éviter le piège. C’est fou l’effet qu’une menace de crise politique peut parfois avoir sur nos dirigeants… Arrêtez-moi si je dis des bêtises….

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