Caroline B. Glick – Le défi de WikiLeaks

Jerusalem Post Dec. 3, 2010 / 26 Kislev, 5771 – Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

A l’ère du politiquement correct de Gauche, les démocraties peuvent-elles défendre leur sécurité et leurs intérêts nationaux ?

Ne vous méprenez pas à ce sujet. L’opération WikiLeaks en cours contre les USA est un acte de guerre. Ce n’est pas seulement un délit criminel de publier des centaines de milliers de documents classifiés du gouvernement des USA avec une malignité préméditée. C’est un acte de sabotage.

Comme des actes de la guerre de mouvement sur des champs de bataille militaires, la guerre de l’information de WikiLeaks contre les USA a pour objectif de les affaiblir. En révélant les secrets du gouvernement américain, elle cherche à embarrasser et discréditer l’Amérique d’une manière qui rend presque impossible pour l’Amérique de réaliser soit une diplomatie usuelle, soit de construire des coalitions de champ de bataille pour vaincre ses ennemis.

Jusqu’à présent WikiLeaks a publié plus de 800,000 documents classifiés des USA. Ils ont révélé des informations classifiées sur les opérations des USA en Irak et en Afghanistan et ils ont divulgué 250.000 câbles diplomatiques.

L’un des aspects les plus affligeants de l’opération WikiLeaks est la réplique impuissante des USA. Cette opération est en cours depuis avril. Et les USA connaissaient déjà l’attaque dans les semaines et les mois préalables. Pourtant, les USA n’ont pris aucune mesure efficace pour se défendre. De façon pathétique, tout ce qu’ils ont pu faire à ce jour a été d’émettre un mandat d’arrêt international contre le porte-parole de WikiLeaks, Julian Assange sur des accusations de viol en Suède.

Le USA n’ont pas saisi le site Web. En dehors du soldat de l’armée américaine Bradley Manning qui est à l’origine de la plupart des fuites vers le site Web, personne n’a été arrêté. Et les USA apparaissent impuissants à empêcher le site Web de poursuivre sa dernière menace de publier de nouveaux documents destinés à affaiblir l’économie des USA le mois prochain.

Ni le président des USA Barack Obama, ni aucun de ses principaux conseillers n’a eu quelque chose de pertinent ou d’utile à dire concernant cette agression. Le secrétaire d’Etat à la Défense Robert Gates a assuré aux journalistes que les dommages provoqués par la publication des opérations américaines sur le champ de bataille, les rapports classifiés de réunions et les évaluations des chefs d’Etats étrangers et d’autres informations sensibles n’auront pas un impact durable sur la puissance ou le statut des USA.

Ignorant le fait que l’opération est conçue spécifiquement contre l’Amérique, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a dit que c’était : « une attaque contre la communauté internationale ».

Alors que l’objectif déclaré des agresseurs est d’affaiblir les USA, le porte-parole d’Obama Robert Gibbs les a qualifiés de « criminels, d’abord et avant tout ». Et le procureur général des USA Eric Holder a dit qu’il vérifie dans les codes juridiques pour déterminer comment poursuivre le personnel de WikiLeaks.

Les documents en fuite soulèvent en eux-mêmes une profonde ironie. Pour l’esprit : les USA ne veulent pas lever le petit doigt pour contrer un acte de guerre de l’information qui a révélé au monde que les USA ne veulent pas se défendre ainsi que leurs alliés, contre les menaces militaires les plus graves mettant en péril la sécurité internationale aujourd’hui.

Malgré l’unanimité des alliés arabes les plus proches des USA sur la nécessité de détruire militairement les installations nucléaires de l’Iran – une unanimité confirmée par les documents révélés par WikiLeaks – les USA ont refusé de prendre des mesures. Au lieu de cela, ils s’accrochent à une stratégie duelle de sanctions et de contacts, dont chacun reconnaît l’échec répété et l’inanité pour un succès dans le futur.

En dépit de la preuve que la Corée du Nord transfère des missiles balistiques avancés à l’Iran via la Chine, là aussi confirmée par les documents publiés illégalement, les USA continuent de pousser dans le sens d’une politique de contacts fondée sur l’idée que le vote de la Chine a de la valeur au Conseil de Sécurité de l’ONU pour des sanctions contre l’Iran. Ils continuent de mettre en avant une politique justifiée par leur confiance infondée dans l’intérêt de la Chine à contraindre la Corée du Nord.

Malgré le fait que les dirigeants des USA, y compris Gates, reconnaissent que la Turquie n’est pas un allié crédible et que ses dirigeants sont des islamistes radicaux, comme c’est documenté dans les documents classifiés, les USA ont donné leur accord pour vendre à la Turquie cent avions F-35s. Les USA continuent de soutenir la candidature de la Turquie comme membre de l’UE et bien sûr adoubent la Turquie comme partenaire majeur de l’OTAN.

La publication de la perception réelle des USA sur la Turquie n’a pas le moins du monde entamé l’absence de volonté de leurs dirigeants de se confronter à la réalité. A la suite du dévoilement par WikiLeaks de milliers de documents de l’ambassade des USA à Ankara discutant de l’animosité turque à l’encontre des USA, Clinton s’est envolée pour la Turquie par le premier vol pour ce que le New York Times a qualifié de « voyage international de contrition ». Là, elle a ciré les pompes des émules du ministre turc des affaires étrangères et de l’idéologue islamiste Ahmet Davutoglu qui fut assez aimable pour opiner que l’affirmation de Clinton sur la publication des câbles du Département d’Etat était « le 11 septembre de la diplomatie ».

La question la plus importante soulevée par l’ensemble du désastre WikiLeaks c’est : pourquoi les USA refusent-ils de se défendre ainsi que leurs intérêts ? Qu’est-ce qui ne va pas à Washington ? Pourquoi autorise-t-on WikiLeaks à détruire leur réputation internationale, leur crédibilité et leur capacité à conduire des relations internationales et des opérations militaires ? Et pourquoi ont-t-ils refusé d’affronter les dangers provenant des émules de l’Iran et de la Corée du Nord, de la Turquie, du Venezuela et des autres membres de l’axe du mal, dont même les officiers du département d’Etat reconnaissent la collusion pour saper et détruire le statut de superpuissance des USA ?

La réponse apparaît double. D’abord, il y a la question de la lâcheté.

Les dirigeants américains ont peur de combattre leurs ennemis. Ils ne veulent pas d’une confrontation avec l’Iran ou la Corée du Nord ou le Venezuela ou la Turquie à cause de cela, parce qu’ils ne veulent pas traiter des questions difficiles sans réponses faciles, ou sans moyens de défense infaillibles pour faire disparaître les problèmes.

WikiLeaks a démontré qu’il n’existe pas de lobby Israël complotant pour conduire les USA vers une guerre au service des intérêts juifs. Il y a quelque chose qui s’approche d’un consensus international : l’Iran est la tête du serpent qui doit être coupée, comme le potentat saoudien l’a décrit. Pourtant, cette opinion consensuelle est tombée dans des oreilles américaines sourdes depuis sept ans. Cela malgré le fait que les gouvernements Bush et Obama ont certainement reconnu que si les USA devaient attaquer les installations nucléaires de l’Iran ou bien aider Israël à le faire, en dépit de tout le cinéma de détresse publique excessive et de désignation à l’opprobre d’Israël, les Arabes, les Européens et les Asiatiques fêteraient l’opération.

La seconde explication de ce comportement est idéologique. Le gouvernement Obama ne prendra de mesure concertée contre WikiLeaks parce que ce faisant, cela compromettrait son adhésion aux panacées du politiquement correct gauchiste. Ces opinions affirment qu’il y a quelque chose de fondamentalement erroné dans l’affirmation de la puissance des USA et donc, les USA n’ont pas le droit de se défendre eux-mêmes. De plus, Rien de ce que les Arabes ou tous les autres gouvernements non occidentaux font n’est fonction de leur volonté. C’est plutôt fonction de leur réponse aux USA ou à l’agression israélienne.

C’est ainsi qu’à la suite des révélations de WikiLeaks, il a été mis fin à la fiction qu’Israël est derrière le remue-ménage sur le programme d’armes nucléaires de l’Iran. Juan Cole, l’idéologue anti-Israël et théoricien de la conspiration favori du gouvernement Obama a publié un article dans le journal ‘The Guardian’ déclarant qu’il faut reprocher à Israël la peur des Saoudiens envers l’Iran. Si les masses arabes n’étaient pas aussi remontées sur l’agression israélienne à Gaza, déclarait-il, les dirigeants saoudiens n’auraient pas été contrariés par l’Iran.

C’est cette sorte d’illogisme qui permet au gouvernement Obama de continuer de prétendre que le monde n’est pas un lieu pénible et qu’il n’y a aucun problème qui ne pourrait être résolu en faisant pression sur Israël.

De même, Fred Kaplan dans le magazine ‘Slate online’ a prétendu que les fuites ont montré que la politique étrangère du gouvernement Obama est un succès parce qu’elle est parvenue à convaincre la Chine de sanctionner l’Iran à l’ONU. Mais bien sûr, ce que les documents montrent, c’est que la Chine transgresse ces sanctions, rendant inepte tout l’exercice à l’ONU.

Et la voix de Gauche de la ‘raison’, la page éditoriale du New York Times, a félicité le gouvernement Obama pour son courage dans le rejet des plaidoyers des Etats arabes et d’Israël et son magouillage pendant que les centrifugeuses iraniennes tournent. Selon le New York Times, le vrai courage consiste à défier la réalité, la nécessité stratégique et les alliés, pour défendre les dogmes et le politiquement correct.

Peut-être la meilleure manière de démontrer l’irresponsabilité du comportement des USA, est-elle de comparer ses actions avec celles d’Israël, qui a subi un cas semblable de vol de données, à bien plus petite échelle, au début de l’année.

En avril, le public a appris qu’à la fin de son service militaire dans Tsahal, une secrétaire du bureau du Commandant du Quartier Général nommée Anat Kamm, avait copié quelques deux mille documents hautement secrets sur son disque dur mobile. Après avoir quitté l’armée, elle fut embauchée comme ‘reporter’ par le portail d’extrême Gauche ‘Walla News’ alors partiellement détenu par le journal d’extrême Gauche Haaretz. Kamm donna les documents qu’elle avait volés au journaliste du Haaretz Uri Blau qui commença de les publier en novembre 2008.

Haaretz usa de son pouvoir considérable pour discréditer l’enquête sur Kamm et Blau en déclarant de façon mensongère à des journalistes étrangers que toute l’histoire était une question de liberté de la presse et que Kamm était persécutée comme journaliste plutôt que poursuivie pour la trahison commise pendant son service militaire.

Face au tollé international prévisible, Israël resta ferme. Kamm est jugée pour vol de secrets d’Etat dans l’intention de nuire à la sécurité de l’Etat et Blau, qui s’est enfui à Londres, est revenu en Israël avec les documents volés. Alors qu’on peut beaucoup critiquer la manière d’agir d’Israël dans ce cas, il n’y a pas de doute que malgré sa faiblesse internationale, les autorités israéliennes n’ont pas esquivé leur devoir de défendre les secrets d’Etat.

L’ironie du scandale WikiLeaks est la lâcheté qui existe au fondement de cette histoire. Fondé en 2006, WikiLeaks était suppose servir la cause de la liberté. Il proclamait qu’il défendrait les dissidents en Chine, dans l’ancienne Union soviétique et d’autres lieux où les droits de l’homme demeurent un terme vide de sens. Mais alors, la Chine a rendu la vie difficile à WikiLeaks et depuis quatre ans, Assange et ses collègues ont déclaré la guerre aux USA, présumant avec raison que contrairement à la Chine, les USA prendraient leurs attaques en faisant le mort. Pourquoi prendre des risques en défendant des dissidents dans un Etat policier quand il est tellement plus facile et plus gratifiant de tenter de détruire des sociétés libres ?

Assange et compagnie ne sont pas les premiers à suivre cette voie. ‘Human Right Watch’, créé pour combattre en faveur de ceux écrasés sous la botte soviétique, dépense désormais les millions de dollars donnés par George Soros pour aider des terroristes dans leur guerre contre les USA et Israël. ‘Amnesty International’ a oublié depuis longtemps qu’il a été fondé pour aider des prisonniers d’Etats policiers et au lieu de cela, se consacre à attaquer les maux imaginaires de l’Etat juif et des démocraties occidentales.

Et cela nous ramène à la vraie question soulevée par l’attaque de WikiLeaks contre l’Amérique. Les démocraties peuvent-elles aujourd’hui se protéger ? A l’ère du politiquement correct de Gauche avec son principe fondateur que le pouvoir occidental est le mal et que la liberté de nuire aux démocraties est inviolable, les démocraties peuvent-elles défendre leur sécurité et leurs intérêts nationaux ?

 

caroline[at]carolineglick.com

Lire l’article original en anglais sur Jerusalem Post

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716 0 Dec 4, 2010

1 comment

  1. 'Ami Artsi

    Je trouve que Caroline B. Glick devrait ouvrir les yeux et se réjouir que Julian Assange et son site Wikileaks (d’ailleurs approuvés par Binyamin Netanyahou) existe ! Elle devrait se méfier de ses emportements idéologiques qui la mènent à des erreurs apocalyptiques, elle devrait ressentir de l’indignation pour un homme traqué, menacé d’arrestation, de mort, accusé du jour au lendemain d’un viol alors qu’il n’était accusé de rien jusqu’à ses révélations, Caroline B. Glick devrait se souvenir que Wikileaks n’a pas divulgué des secrets défense mais des discussions diplomatiques confidentielles, elle devrait se souvenir que la politique opaque est en contradiction avec la politique honnête et démocratique. Ce genre d’action, courageuse et salutaire, permet de déjouer les jeux hypocrites de la politique de 99% des pays du monde qui ont conduit les nations du monde à faire d’Israël un coupable idéal, un bouc émissaire, l’action de Wikileaks est une action valeureuse et je souhaite longue vie et réussite à Wikileaks et à Assange. Enfin, taper sur un homme traqué, persécuté, dénoncé, devrait lui donner de violentes nausées comme elle en donne à n’importe quel humain normalement constitué.

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