Caroline Glick – Pourquoi l’Amérique Latine s’est retournée

Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

Suivant la trajectoire des USA, il est évident que le seul pays sur lequel Israël peut se reposer pour défendre ses intérêts, c’est Israël.

On peut excuser les Israéliens de se demander pourquoi le Brésil et l’Argentine ont annoncé de façon inattendue qu’ils reconnaissent un Etat palestinien indépendant avec pour capitale la capitale d’Israël. On peut pardonner aux Israéliens d’être pris par surprise par cette décision et la perspective que l’Uruguay, peut-être le Paraguay, le Chili, le Pérou, l’Equateur et le Salvador suivront leurs traces, parce que les media israéliens ont failli à rapporter les courants qui se développent en Amérique Latine.

Et cela n’est pas surprenant. Les media échouent à rapporter les tendances qui ont un impact sur le monde entier. Par exemple, quand le gouvernement turc a envoyé des partisans du Hamas pour défier le blocus maritime de Tsahal sur la côte de Gaza contrôlée par le Hamas, les media ont été surpris que la Turquie, alliée d’Israël, soit soudain devenue l’alliée du Hamas et l’ennemi d’Israël.

Leur incapacité à rapporter la transformation graduelle de la Turquie en un Etat suprématiste islamique a entraîné les media à traiter ce qui était le couronnement d’un courant comme un développement nouveau et choquant.

La même chose se produit maintenant avec l’Amérique du Sud.

Alors qu’en Turquie, les media ont seulement failli sur la signification du courant singulier de l’islamisation de la société turque, les media ont constamment ignoré l’importance pour Israël de trois courants qui ont fait de l’adhésion de l’Amérique Latine en faveur des Palestiniens et contre Israël, une conclusion éminemment prévisible.

Ces courants sont l’ascension d’Hugo Chavez, l’influence régionale de l’alliance Iran-Venezuela, et la lâcheté de la politique étrangère des USA à l’égard de l’Amérique Latine et du Moyen-Orient. Considéré dans l’ensemble, cela explique pourquoi l’Amérique Latine s’aligne pour soutenir les Palestiniens.

Plus important encore, cela nous indique la façon dont Israël doit agir.

Au cours de la décennie passée, le dictateur vénézuélien Hugo Chavez a endossé le manteau de Fidel Castro comme chef du club anti-USA en Amérique Latine. Il a utilisé la richesse pétrolière du Venezuela, l’argent de la drogue et d’autres fortunes illicites pour attirer dans son orbite d’autres Etats voisins et les éloigner des USA. Le cercle d’influence de Chavez comprend désormais Cuba et le Nicaragua, la Bolivie, l’Uruguay et l’Equateur ainsi que le Brésil, le Paraguay, l’Argentine et le Pérou.

Des démocraties comme la Colombie et le Chili font aussi des pas dans la direction anti-américaine de Chavez.

Le choix de l’Iran par Chavez n’est pas un hasard, bien que cela y ressemblât quand l’alliance surgit d’abord vers 2004. L’empreinte de l’Iran en Amérique du Sud a grandi graduellement. Commencée dans les années 1980, l’Iran a commencé d’utiliser l’Amérique du Sud comme base de départ de ses opérations contre les USA et l’Occident. Elle a déployé les agents du Hezbollah et ses Gardes de la Révolution et d’autres ressources du renseignement et du terrorisme le long de la triple frontière non gouvernée entre l’Argentine, le Paraguay et le Brésil. Cette base mise en place a permis alors à l’Iran d’organiser des attentats à la bombe sur des cibles israéliennes et juives à Buenos Aires au début des années 1990.

La présence de l’Iran sur le continent a permis de prendre avantage de la consolidation de Chavez au pouvoir. Depuis qu’il est au pouvoir en 2005, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a développé des alliances stratégiques avec le Venezuela et le Nicaragua.

Avec l’aide de Chavez, Téhéran étend son réseau d’alliances à travers l’Amérique Latine aux dépens des USA et d’Israël. D’un côté, Chavez et Ahmadinejad apparaissent comme un drôle de couple. L’un est marxiste et l’autre est un jihadiste messianique. Mais en y regardant de plus près, cela est parfaitement cohérent. Ils partagent les mêmes obsessions avec la haine des USA et la rage du pouvoir.

Chavez a démontré son engagement à se maintenir au pouvoir en écrasant ses opposants, prenant le contrôle du pouvoir judiciaire et des media, amendant la constitution et en volant les élections de façon répétée.

Dans le même temps, la campagne de sabotage de WikiLeaks contre les USA nous a livré un compte-rendu de première main de l’amplitude de la fraude électorale d’Ahmadinejad.

Dans un câble de l’ambassade des USA au Turkménistan daté du 15 juin 2009, soit trois jours après qu’Ahmadinejad eût volé les élections présidentielles iraniennes, l’ambassade rapporta une conversation avec une source iranienne concernant les vrais résultats de l’élection. La source iranienne qualifiait le vote de « coup d’Etat ».

Le régime déclara Ahmadinejad vainqueur avec 63 % des suffrages. Selon la source iranienne, il en obtint moins que le dixième. Comme le disait le câble : « Fondé sur des calculs des observateurs de campagne de l’opposant Hossein Moussavi présents dans les bureaux de vote dans tout le pays et témoins des décomptes des voix, Moussavi avait recueilli environ 26 millions (soit 61 %) des suffrages sur un total de 42 millions de votants le vendredi de l’élection, suivi par Mehdi Karroubi (10 à 12 millions)… Ahmadinejad avait obtenu au maximum 4 à 5 millions de suffrages, le reste allant à Mohsen Rezaï ».

Il n’existe pas de barrière le long de la frontière Iran – Israël. Les pays d’Amérique Latine qui adoubent l’Iran le font toujours au détriment de leurs liens avec Israël. La Bolivie et le Venezuela ont rompu leurs relations diplomatiques avec Israël en janvier 2009 après avoir pris le parti du Hamas dans l’Opération ‘Plomb Durci’. Dans des commentaires rapportés sur le site Web Hudson à New York, Ricardo Udler, le président de la petite communauté juive bolivienne, déclara qu’il y a une corrélation directe entre les liens croissants de la Bolivie avec l’Iran et l’animosité envers Israël. Selon ses termes : « Chaque fois qu’un officiel iranien arrive en Bolivie, il y a des commentaires négatifs contre l’Etat d’Israël et peu après, les autorités boliviennes publient un communiqué contre l’Etat juif ».

Udler a aussi prévenu, comme il l’a dit : « Il y a des informations des agences internationales indiquant que l’uranium de Bolivie et du Venezuela est expédié en Iran ».

C’était en octobre dernier. Avec l’Iran, il apparaît que si vous y mettez un doigt, vous y passez le bras entier. Ce mois-ci, nous avons appris que le Venezuela et l’Iran déploient conjointement au Venezuela des missiles balistiques de portée intermédiaire capables de cibler des villes américaines.

Pas de doute : l’alliance irano-vénézuélienne et sa force croissante en Amérique Latine expliquent en grande partie la pulsion soudaine de l’Amérique du Sud en faveur de la reconnaissance de la « Palestine ». Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Le dernier courant que les media israéliens n’ont pas remarqué, c’est l’impact que la politique étrangère des USA en Amérique du Sud et au Moyen-Orient a eu sur la position de nations comme le Brésil et l’Argentine envers Israël. Sous le gouvernement Bush, la politique sud-américaine des USA était un paquet de contradictions incohérent. D’un côté, les USA échouaient à soutenir les démocrates au Nicaragua dans leur combat électoral contre le dirigeant sandiniste Daniel Ortega aux élections de 2007. D’un autre côté, les USA encourageaient de fortes alliances avec la Colombie et le Chili.

Sous le gouvernement Obama, la politique sud-américaine des USA est devenue plus directe. Les USA ont tourné le dos à leurs alliés et veulent s’humilier avec leurs adversaires.

En avril 2009, le président des USA Barack Obama écouta une divagation anti-américaine d’Ortega pendant 50 minutes au sommet des Amériques. Dans son propre discours, Obama prit ses distances par rapport à l’histoire des USA, disant : « Nous nous sommes retirés à certaines époques, et en d’autres temps, nous avons cherché à dicter nos conditions. Mais je vous promets que nous recherchons un partenariat équitable. Il n’y a pas un partenaire majeur et des partenaires mineurs dans nos relations ».

Malheureusement, la tentative de conciliation d’Obama n’a fait aucun bien. Le Nicaragua a envahi son voisin le Costa Rica le mois dernier le long de la rivière San Juan. Les forces d’Ortega draguent la rivière grâce à un projet parrainé par l’Iran pour construire un canal le long de l’isthme du Nicaragua qui rivalisera avec le Canal de Panama.

Même l’ambassadeur d’Obama à Managua admet qu’Ortega reste profondément hostile aux USA. Dns un câble de février publié illégalement par WikiLeaks, l’ambassadeur Robert Callahan argumenta que l’offensive de charme d’Ortega envers les USA « ne présageait sûrement pas d’un nouvel Ortega amical, avec qui nous pourrons travailler à long terme ».

Ce n’est pas seulement le refus des USA de se défendre contre les semblables de Chavez qui pousse ceux du président du Brésil Luiz Ignacio Lula da Silva et de la présidente d’Argentine Cristina Fernandez de Kirchner, à adouber Chavez et l’Iran.

Ils répondent aussi aux signaux des USA à l’égard de l’Iran et d’Israël.

La politique d’Obama de contacts et de sanctions envers l’Iran n’a aucune chance d’empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires. Et exactement comme les Arabes et les Européens, les Sud Américains le savent. Il n’y a pas le moindre doute sur le motif de Lula de signer un accord nucléaire avec Ahmadinejad et Recip Erdogan de Turquie au printemps dernier : c’était sa certitude que les USA n’ont aucune intention d’empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires.

Du point de vue de Lula, il n’y a pas de raison de participer à la comédie des USA pour empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire. Il peut bien lui aussi se placer du côté du vainqueur. Et puisque Obama ne se soucie pas que l’Iran gagne, l’Iran gagnera.

Les mêmes règles s’appliquent pour Israël. Comme les Européens, les Arabes, les Asiatiques et tous les autres, les Latino-américains ont clairement remarqué que le seul objectif constant de la politique étrangère d’Obama, c’est de contraindre Israël à accepter un Etat palestinien hostile et de céder tout le territoire dont il a pris le contrôle en 1967 aux acolytes du chef de l’OLP Mahmoud Abbas et au dictateur syrien Bashar Assad. Ils observent qu’Obama a refusé d’exclure la possibilité de reconnaître un Etat palestinien même si celui-ci est déclaré sans traité de paix avec Israël. C’est-à-dire qu’Obama se refuse à s’engager lui-même à ne pas reconnaître un Etat palestinien qui sera de facto en état de guerre avec Israël.

L’impression qu’Obama est totalement engagé dans la cause palestinienne a été renforcée cette semaine plutôt qu’atténuée avec l’annulation de l’accord Netanyahou – Clinton concernant l’arrêt de la construction juive en Judée, en Samarie et à Jérusalem. L’accord portait sur une interdiction supplémentaire de construction de 90 jours, en échange d’une promesse des USA de ne pas demander de nouvelles interdictions ; de soutenir Israël au Conseil de Sécurité de l’ONU pour une durée limitée contre une exigence palestinienne de déclarer l’indépendance sans la paix ; et de vendre à Israël 20 avions supersoniques F-35 star fighter dans un certain délai.

Cela a été abandonné parce que Obama ne voulait pas coucher par écrit les engagements de Clinton – aussi piètres soient-ils. C’est-à-dire que l’accord est tombé à l’eau parce qu’Obama ne voulait pas faire la moindre promesse pour maintenir l’alliance USA – Israël.

Cette politique signale aux émules du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay qu’ils peuvent aussi se joindre à Chavez avec l’Iran et tourner le dos à Israël. Personne ne les remerciera s’ils restent à la traîne derrière les USA dans leur stratégie politique pro-iranienne et anti-Israël. Et en devançant les USA, ils ont le bénéfice dû à ceux qui mettent le doigt dans l’œil de Washington.

Quand nous comprenons les tendances qui ont conduit aux actions hostiles de l’Amérique Latine à l’encontre d’Israël, nous réalisons deux choses. D’abord, alors qu’Israêl aurait pu trouver le moyen de retarder cette action, cela ne l’aurait probablement pas empêchée. Ensuite, suivant la trajectoire politique des USA, il est de nouveau évident que le seul pays sur lequel Israël peut se reposer pour défendre ses intérêts – contre l’Iran et les Palestiniens aussi – c’est Israël.

 

 caroline[at]carolineglick.com

Lire l’article original en anglais sur Jerusalem Post

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1039 0 Dec 11, 2010

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